dimanche, 19 août 2007
Paris, en août
4h45 : Ô déplaisante sonnerie de portable ! A cette heure-ci, c’est carrément pas supportable, pire qu’une revendication flamande.
4h50 : Premier et dernier rappel : se lever maintenant, où alors je rate le train et adieu le Thalys. Ce qui, franchement, s’avérerait bien dommage.
5h10 : Lavé, habillé, éveillé dans une certaine mesure, du moins. Sac prêt, avec boisson, portefeuille (sans argent, fâcheux), chats encore endormis. On se met en route, en voiture ; à cette heure, je trouverai une place aux alentours de la gare.
5h18 : Dans le train, trois petites minutes avant son départ. La place se fait déjà rare, tandis que le jour n’est même pas encore debout. Les voyageurs occupent déjà de nombreuses places dans le wagon.
6h24 : Gare du Midi. Je vais rapidement chercher des sous au distributeur automatique. Il n’y a pas de queue, pour une fois. J’attends ma pote imbécile heureuse préférée, qui me rejoint quelques minutes plus tard, munie de la tête des grands jours, les yeux pétillants de vie et d’énergie.
Petit déj au Panos, viennoiseries bien grassouillettes, femme qui parle toute seule à portée de table, qui me déconcentre. Pas un exploit, compte tenu de l’heure, j’arrive péniblement à aligner deux mots, idem pour ma convive.
7h13 : Le Thalys démarre, et à vive allure il nous transporte vers Paris * C’est une blonde *. Dans le train, nous chantonnons quelques airs, péchés dans nos mémoires : « Le Gitan », « Et j’entends siffler le train » (De Richard Anthony, bien sûr !), « Avec le temps » (Pour mettre de l’ambiance ; bouge ton corps !), « San Francisco » (« C’est une maison bleue, adossée à la colline, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé… »), « Twist à Saint Tropez » (« Ca fait partie de l’ambiance ! »), « Oh ! Laura » (Plusieurs versions admises), … A force d’étaler notre répertoire : « Nostalgie, la légende », nous ne voyons pas le temps passer, nous sommes là.
08h38 : Dans le métro. Christelle s’étonne du bruit. Hé oui, par rapport au métro de Bruxelles, ce n’est pas aussi propre, aussi silencieux. Un temps d’adaptation, et Krikri se familiarise avec son nouvel environnement. Moi je suis déjà venu, je peux me la péter avec ma connaissance pointue du fonctionnement du métropolitain. C’est rare que je ne passe pas pour le provincial de service, autant en profiter !
09h00, environ : Nous sortons sous un ciel bleu timide, mais encourageant. D’après les sources de Krikri, on attend vingt-cinq degrés dans Paris ma bonne ville. La pyramide du Louvre nous accueille, elle et ses soi-disant 666 losanges et triangle, dixit Dan Brown. Il faudra un jour qu’on révèle aux fans de son livre qu’en réalité, le monument compte 673 panneaux vitrés, c’est le service de presse du musée qui l’assure. Je ne m’amuse pas à vérifier, je me prête plutôt de bonne grâce à une séance de photographies « made in Les Imbéciles Heureux © ».
09h30 : Arrivés devant le musée d’Orsay, après une marche « bellamente ». En chemin, j’ai remarqué que les affiches de cinéma ne reflètent pas une grande originalité. L’affiche du film « Rintintin » évoque davantage « Rex, chien flic » ou « Derrick ».
Face aux caisses du musée, une longue file de plusieurs centaines de touristes, la plupart, peut-être tous, d’origine étrangère.
Je me veux rassurant : « D’ici une vingtaine de minutes, nous serons dedans ! »
10h20 : Nous achevons juste de déposer le sac de Krikri au vestiaire. Le temps d’attente s’est prolongé au-delà de mes estimations, je bats m’a coulpe. Je n’en puis mais, n’est-ce pas ?
A l’intérieur, on commence par une recherche intensive des toilettes pour un pipi de confort, cette commission qui laisse le promeneur tranquille, grâce au confort offert par une vessie vide.
Ensuite, nous entamons notre tour, en commençant par les statues classiques d’artistes académiciens dans le grand hall. On s’amuse beaucoup à observer de près les vêtements des héros de l’endroit, et les attributs « virils » pour le moins modestes des nus masculins.
Au détour d’un corridor, nous entrons dans une exposition sur la main. Oui, la menotte, membre privilégié du cerveau (Ca ne s’invente pas !), qui en dit long, comme chacun s’en doute, d’ailleurs les photographes du XIXe siècle n’y sont pas allés de main morte, ils considèrent les pinces comme un élément à part entière, en tout cas c’est ce qu’on tente de nous faire croire, surtout quand on aborde la photographie d’un cheval, qui possède des jambes, en effet.
On comprend qu’on n’a pas grand-chose à attendre, main dans la main Krikri et moi nous prenons la tangente. On photographie une malheureuse qui se protège d’une rafale de phalanges, puis on poursuit notre tour. On s’arrête un bon moment devant un sol vitré sous lequel on retrouve une maquette du quartier de l’opéra. Ma copine, prise de vertige, n’ose s’aventurer au-dessus du monument miniaturisé, et lorsque je l’y entraîne (« Moi, j’ai peur de rien ! »), elle s’ingénie à marcher en suivant une des rainures métalliques.
11h30 : Moi, je fais plein de trucs, depuis ce matin. Alors là j’ai les dents. On visite encore un peu, on s’attarde devant Courbet, et puis on se met à la recherche du couteau et de la fourchette qui invite le visiteur à se rendre au restaurant du musée d’Orsay. Or, c’est décevant, ce restaurant : cher, et le menu n’a pas l’air top.
De guerre lasse, on rebrousse chemin. * Pour nos amis, c’est la consternation ! * On s’assied sur un banc, on se dit qu’on piquerait déjà volontiers un petit somme, une sieste profonde et délicieuse. On ne trouve plus le courage de visiter les galeries l’estomac vide.
A force, on trouve un soupçon de courage pour aller voir les impressionnistes. Bien nous en prend : sur le chemin, on tombe sur la brasserie qui propose une restauration rapide. Super, on va faire la queue, ça vaut la peine, c’est moins cher. En tout cas en valeur relative, car dans l’absolu, dix euros cinquante cents pour une lasagne (Pas plantureuse, oh que non !). Quant aux consommations, on entre carrément dans le registre du racket. Quatre euros un thé glacé, et autant pour un coca, ça va, il y a de quoi tenir un siège !
Après ce repas trop peu roboratif, je décide de prendre le dessert le plus lourd proposé : gaufre de Liège avec chantilly, chocolat fondu et crème glacée. Invraisemblable, gras, calorique, vulgaire, mais mangé sans rechigner.
14h00 : Séance de glandouille sur la terrasse panoramique, avec vue imprenable sur Montmartre, accessible uniquement en été. On se fait encore pas mal de réflexions sur les gens que l’on croise, puis on poursuit notre chemin, direction la galerie des impressionnistes à l’étage. On déborde d’énergie.
16h30 : On a quitté le musée, et après avoir failli perdre ma casquette à la suite d’un coup de vent farceur (Un sympathique touriste japonais aura la gentillesse d’arrêter la course folle de mon couvre-chef …), on embarque sur le bateau-bus. Service proposé par la ville de Paris, on bénéficie d’une remise substantielle en présentant le ticket d’entrée du musée d’Orsay. On embarque, et vogue la galère, on découvre les monuments. C’est la première fois que j’emprunte la Seine. Séquence émotion.
17h et quelque chose : On débarque à l’arrêt « Champs Elysées » (« J’m’balladais, sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, j’avais envie de dire bonjour à n’importe qui. N’importe qui, et ce fut toi. » Genre : toi ou une autre, tu sais, finalement …) Christelle souffre des pieds, meurtris la veille par une paire de ballerines sanguinaires. On marche « bellamente », en tout cas je m’y emploie, mais pas toujours évident avec mes jambes de sauterelles. On progresse à son aise, à la recherche d’un endroit pour … manger. On subit de mauvaises influences, je crois, on ne songe plus qu’à son estomac on dirait ! Enfin, on jouit quand même aussi de notre parcours sur la plus grande avenue du monde (« Il suffisait de te parler, pour t’apprivoiser. » Genre : tu étais une fille facile dès le départ …).
Nous finirons par manger dans un fast-food belge, très sale par ailleurs.
19h15 : Métro, à nouveau. Ma pote semble à nouveau fort mal à l’aise. C’est vrai qu’ici il règne la saleté, la touffeur d’un réseau souterrain, la frénésie des gens pressés et pas forcément heureux de se trouver là.
On atteint donc la Gare du Nord avec plaisir. Là, on prend encore une consommation, vendue ici aussi à prix d’or (« Ah si j’étais riche ! »). On se bat un peu avec les pigeons, fort familiers dans le coin, puis on embarque. Notre voiture, comme c’est souvent le cas pour moi, nous attends à l’autre bout du quai.
Sur le chemin du retour, nos paroles perdront beaucoup en cohérence, mais nous rigolerons encore beaucoup, le tout en musique, car comme chacun sait, les belles histoires, en France, finissent toujours en chanson.
15:10 Publié dans Collaboration entre Krikri et BEPP, Paris tout ce que tu veux | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
vendredi, 06 avril 2007
Paris, le retour - Part II
Le bruit des premiers clients pénétrant dans la salle à manger de l’hôtel me réveille et me renseigne sur la minceur des parois de ma chambre, la seule au rez-de-chaussée. Néanmoins, je ne m’en suis pas aperçu durant la nuit ; j’ai dormi comme une bûche. Je m’éveille lentement, profitant de la tiédeur des draps. Je pense avec beaucoup d’excitation à la journée qui m’attend à quelques centaines de mètres d’ici.
Je sais depuis la veille que deux autres membres du jury logent dans l’hôtel. L’un d’eux a même déposé sa carte à l’accueil, à mon attention. J’apprécie l’initiative. Comme moi, il vient de Belgique. Je me sens presqu’en terre connue.
Je me douche puis range déjà mes petits effets personnels, refais le lit (Ca donne bonne impression, non ? Quand on quitte sa chambre en ayant pris soin de ne pas laisser le souk derrière soi. Non ?) et passe à la salle du petit-déjeuner. Le réceptionniste, après m’avoir souhaite la bonne journée, m’indique que mes « collègues » de France Télévisions (C’est pas tout à fait ça, mais enfin rêvons un peu, il n’y a pas de mal !) m’attendront à 9h00 dans le hall. Génial, on me prend en charge, j’adore !
Le petit déjeuner est excellent, quant à lui : pain croustillant, petites viennoiseries, craquelin (J’ignorais que les Français étaient déjà si évolués qu’ils servent du craquelin … * chauvinisme inside * Ils n’appellent peut-être pas ça comme ça non plus …), du gruyère, du Kiri (« Ooooooh ! les vaches ! * culture pub inside *), du Nutella en barquette, … Je me cale bien l’estomac.
A 9h00, fin prêt, je laisse en otage mes bagages à l’hôtel, règle la facture et fais connaissance avec mes fameux « collègues » : mon compatriote, et un petit bout de femme corse d’adoption, débordante de peps, poétesse à ses heures. Nous nous mettons en route vers le palais des expositions, que nous trouvons d’ailleurs rapidement grâce à mon stupéfiant sens de l’orientation que je me suis découvert la veille. On arrive un peu trop tôt, mais ça ne fait rien, on peut discuter justement de notre (nos) coup(s) de cœur parmi les six challengers. Madame Corse et moi défendrons le même bouquin : fort !
A 9h30 précises, les portes du « Sérail » s’ouvrent. Le cerbère se montre d’emblée très pointilleux quant à la sélection à l’entrée entre ceux qui seront autorisés à passer ce portique de ce qui ressemble au Saint-des-Saints-des-mégas-VIP-je-me-la-pète, vu comment on est scrutés, et les refoulés, les damnés de la terre. Je sors mon invitation-France-Télévisions-y-a-aucune-raison-pour-que-je-me- la-joue-pas-non-plus : si jamais on ne me laisse pas accéder librement à l’intérieur, je fais un scandale. De plus, je suis armé d’un sac plastique classe rempli de six lourds essais qui pourraient bien se reconvertir en objet contondant le cas échéant pour assommer les agents récalcitrants. Méfiance !
10h00. Tout s’est finalement bien passé, mes livres seront défendus, par le verbe, et ne serviront pas de massue barbare. Les vingt-cinq membres du jury (quinze femmes et dix hommes) ont été invités à patienter dans des salons privés terriblement colorés, tellement qu’ils sont beaux et trop trop tendances. Enfin, je me moque, mais c’est sympa. Je ferais pas ça chez moi, mais c’est sympa ! Puis on nous a conduit, en rang d’oignons quasi (Mais je rassure tout le monde, je n’ai pas senti la moindre velléité de me rebeller, j’ai bien suivi la mouvement tout comme il fallait !) à un forum tout sérieux, à un mystérieux second étage, sans ascenseur en état de marche. Je n’aurais rien trouvé à y redire s’il ne s’était pas trouvé parmi nous une dame à mobilité réduite. Notez bien que France Télévisions n’y pouvait mais, ce sont les organisateurs sur place qu’il faut blâmer. Néanmoins, avec les moyens du bord, tout ce petit monde s’achemine vers la salle Tagore.
Là, tout n’est que paix, luxe, calme et volupté. Nous sommes reçu par les éminences de la télévision publique française, Olivier Barrot en tête. Et … ah, comment dire ça sans froisser personne n’y cracher dans la soupe ? Hé bien, disons que M. Barrot ne rayonne pas de jovialité. Je préfère la compagnie des jurés et des croissants, petits pains et autres mis à notre disposition.
Parmi les jurés, on trouve de tout. Moi, déjà, mais il s’agit là d’un sujet déjà abordé en abondance sur ce blog, il ne me semble pas nécessaire d’y revenir (Pour connaître mes précédentes aventures, clique un peu partout sur ce site !). Je découvre autour de moi un lettré pédant, bavard et narcissique, une jeune demoiselle tétanisée par le trac, un entrepreneur de gauche, une esthète passionnée de Pasolini, une dingue des mots (C’est le meilleur endroit pour en parler !), une folle de lecture à lunettes, un commercial dans le chocolat ex-libraire, une épicière, une enseignante, un deuxième enseignant, une norvégienne vivant en France depuis méga longtemps, une nana qui trouve que lire six livres c’est quand même du boulot (Heu…), un gars barbu bien sympa et qui me semble être un parfait humaniste, une fan de poésie, une amatrice de prophéties apocalyptiques, une bonne vivante se délectant de second degré, un diplômé, un germaniste profondément antipathique, une blonde, une jeune maman, un timide, … Bref, plein de monde.
Enfin la voix tellement consensuelle d’Olivier Barrot perce à travers le micro qu’on lui a installé. Autour de la table en U gravitent une foultitude de cameramen, de preneurs de son, et plein d’autres techniciens encore. Chacun aura le droit d’exprimer son point de vue sur son livre favori (Et basta, on n’est pas dans un club de lecture, ici, Madame !). Oh ! certes, dans le dossier de presse, on a peut-être prétendu qu’on pourrait parler de tout, mais enfin soyons logique, on n’aurait jamais le temps de tout faire, nous ne disposons que de deux heures.
…
Non, ça n’a pas été dit comme ça. Olivier nous a simplement ( Celui qui croit sincèrement que ce mec peut s’exprimer de manière concise sans s’écouter parler aura un gage !) expliqué qu’on aurait donc quelques minutes pour causer de son chouchou. Allez, c’est parti top chrono on commence !
Je ne vais pas me lancer dans la fastidieuse reconstitution de ses deux heures. Juste pour vous décrire :
1) Comment on vote. A la majorité absolue. A chaque tour de vote, le livre obtenant le moins de voix et impitoyablement éliminé. Au dernier tour restera donc deux essais en compétition ; le gagna sera couvert de gloire ; le perdant hué par la foule en délire.
2) Les six livres en compétitions sont, pour rappel :
- « Une brève Histoire de l’Avenir », de Jacques Attali ;
- « L’Art de raconter », de Dominique Fernandez ;
- « Comment parler des Livres que l’on a pas lus ? », de Philippe Bayard (Je rappelle qu’il ne s’agit toujours pas d’un gag…) ;
- « Marcel Duchamp », de Judith Housez ;
- « Antimanuel d’Economie », de Bernard Maris ;
- « Le Verbe contre la Barbarie », d’Alain Bentolila.
Le dernier-né de Jacques Attali est balayé dès le premier tour. Peu se sont montrés sensibles au millénarisme « éclairé » du grand homme qui de toute façon, ne se déplacera pas pour l’évènement. Le talonne de près le bouquin de Dominique Fernandez. Troisième, le guide du lecteur paresseux, de Philippe Bayard. Contrairement a ce que j’aurais cru, il a pu compter sur pas mal de défenseurs, séduits par le second degré de l’ouvrage. Quatrième à devoir s’incliner, la biographie de Judith Housez ne convainc pas la majorité ; certains s’interrogent même sur la pertinence de joindre une biographie à des essais pour la sélection. Enfin, le dernier tour, l’affrontement de deux survivants : il ne peut en rester qu’un ! Les partisans de Bernard Maris (Moi et mes soldats qui se sentent concernés par le monde qui les entoure et les dérives du capitalisme …) et ceux d’Alain Bentolila (Les autres, qui se sentent concernés par l’illettrisme et qui croient au pouvoir des mots contre la violence et l’injustice…) vont s’affronter dans une lutte sans merci. Oui, mais strictement réglementée par l’arbitre, Maître Barrot. Et finalement, c’est « Le Verbe contre la Barbarie », d’Alain Bentolila qui l’emporte. Nous allons à présent rejoindre le stand de France Télévisions pour remettre le prix à l’auteur, devant les caméras et les flashes et en présence de Dominique Fournier, directeur de l’action culturelle. On nous prie de ne rien dévoiler avant l’annonce officielle. Je ne peux m’empêcher de penser que franchement, très honnêtement, tout le monde s’en fiche un petit peu quand même.
Et c’est la grand messe, à midi tapant. On proclame le vainqueur dans le journal télévisé de France 3 en direct (Ma maman elle dit qu’on n’a rien vu de tel…). Puis les auteurs (Ceux présent, trois sur six, si je ne m’abuse, bonjour le snobisme ici !) déambulent parmi les invités au walking-dinner. Je me délecte des délicieuses petites choses offertes, du champagne, du vin blanc, de tout ça. Je discute avec Bernard Maris, que je trouve véritablement charmant : modeste, agréable, et tout. Il me dédicace même mon exemplaire de son antimanuel. Je berdelle encore avec un peu tout le monde, je joue au mondain (J’avoue que je me débrouille plus que convenablement…). Avant de partir, j’échange mon mail avec quelques uns des autres participants avec qui j’espère demeurer en contact.
Alors, au final, bonne expérience ? Je dirais même plus : excellente, unique, exaltante, géniale. Qui a l’occasion de se permettre ça ? Même si l’évènement ne dure que quelques heures, il en vaut indiscutablement la peine.
Ensuite, balade à travers les centaines d’éditeurs présent. Les grandes maisons d’édition prennent presque toute la place, du coup j’ai un peu l’impression de me déplacer dans une Fnac géante. Heureusement, je finis par tomber sur une petite maison de Lille, « Le Riffle », qui propose des livres (Qui l’eut cru ?) à la couverture très belle. Je lie langue avec eux, et finis par me laisser tenter par une de leur publication.
A 16h00, n’y tenant plus, je sors. Beaucoup de gens, pas beaucoup d’intérêt, la foire du livre de Paris ne provoque guère d’émotions en moi. Faut dire que là j’ai quand même eu ma dose. Je me rends dans un petit bistrot du coin, et commande une crêpe au Nutella, j’ai méga faim. Je commence à lire mes quelques nouvelles acquisitions. Une petite heure se passe ainsi. Dehors il pleut à torrent. Je repasse une dernière fois à l’hôtel et vais chercher mon métro.
Ligne 8 jusqu’à « Strasbourg – Saint Denis ». Là, je cherche la ligne 4. Il fait noir de monde, et je prends la place de deux éléphants avec tous mes sacs. En plus, je suis fatigué. Je ne trouve pas cette fichue correspondance. Je fais deux fois le tour de la station. On me bouscule en tous sens et j’en ai marre, ça m’énerve. Je commence même à paniquer un peu ; certes mon train ne part que dans trois bons quarts d’heure, mais bon, à ce train-là, je risque pas d’y être. Je décide de sortir. Je me sens un peu mal de me savoir sous terre et perdu. Et je fais bien : à peine sorti que la ligne 4 vers la Gare du Nord est indiquée. Ben merci, bravo l’organisation, comment je peux le deviner, c’est comme ça nulle part sauf ici, non mais franchement, Paris quelle ville de fous !
On l’aura compris, je râle sec. Et ce n’est pas tout. Au portique, il y a vraiment des grappes humaines pour passer. Pas le choix, je m’y engage. Je glisse mon ticket que j’ai acheté vingt minutes auparavant (Hé non ! Je ne fraude pas à Paris ! Question de priorités…) et… le portique demeure fermé, tandis que derrière moi, il y a déjà au moins dix personnes. Tant pis. Demi-tour et je bourre dans le tas. J’achète un nouveau ticket (Il faut du courage pour travailler là !), et repars. Miracle, ça s’ouvre. Là, c’est un parcours du combattant pour joindre la ligne. J’ai l’impression de parcourir des kilomètres et des kilomètres. J’en viens même à me demander s’il ne s’agit pas d’une liaison piétonne directe entre cette station et la Gare du Nord. Mais non, finalement j’arrive à quai. J’embarque dans le métro bondé, mais bondé comme j’ai jamais vu quelque chose d’aussi bondé. Mais il n’y a que deux arrêts jusqu’à ma destination, donc je prends mon courage à deux mains et plonge.
On est pas lancé de dix secondes que… le métro s’arrête ! Aaaaaaaaah ! A chaque fois que je quitte cette cité de rontudju, ça arrive ! Quelle horreur. Céd, tu ne paniques pas, surtout tu restes calme, il va repartir, c’est une question de seconde, regarde les gens autour de toi ils ne manifestent aucun signe d’angoisse, ça leur semble normal, tout au plus un peu agaçant, allons détends-toi, dans cinq minutes tu retrouves l’air pur…
Après un temps abominablement long, le serpent urbain redémarre. Je n’ai jamais été aussi heureux de voir quelque chose redémarrer ! Il est grand temps que je regagne ma petite ville de province.
A la gare, j’attends pendant une petite vingtaine de minutes en dévorant le livre acheté aux éditions du Riffle l’après-midi. J’achète un café avec mes derniers cents et attends impatiemment l’arrivée du train.
Un peu avant 19h00, celui-ci entre en gare. Je fonce à ma place, et m’assieds. Aaaaaaaaaaah, quel bonheur ! L’aventure : cool, mais le repos du guerrier : merveilleux !
Une fois rentré chez moi, épuisé et affamé à nouveau, je range mes petites affaires. A chaque objet qui transite dans mes mains, des souvenirs neufs affluent déjà…
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lundi, 26 mars 2007
Paris, le retour
Hé bien voilà, c’est le grand jour, le départ pour Paris en ce jeudi 22 mars par un petit matin froid et humide, en complète contradiction avec l’hiver excessivement doux que nous venons de traverser !
C’est chargé de nombreux sacs et besaces que j’attends le Thalys sur le quai de Namur. Je n’ai pas particulièrement souhaité m’encombrer d’une grosse valise, peu pratique car volumineuse dans le métro. Le métro : ma hantise depuis hier soir. Comment vais-je faire pour trouver mon chemin parmi les souterrains mal éclairés et malodorants, grouillant de monde ? Allons, allons ! Tentons de ne pas paniquer, rien ne peut laisser présager que les choses se dérouleront négativement, bien au contraire. Un peu de prudence (Maintenir mes sacs convenablement fermés, histoire de ne pas tenter les pickpockets ; veiller à mes objets de valeur : portefeuille, appareils photo, etc.) suffira.
A 07h44, le train à grande vitesse entre en gare. Le voyage se passe bien ; confortablement installé dans le fond de mon siège, je lis consciencieusement les deux cents pages (Ah oui ! quand même…) du dernier livre des six essais sélectionné par France Télévisions. Car si je me rends tout seul comme un grand à Paris, c’est bien entendu dans le cadre de l’évènement culturel phare du premier semestre de cette année : le Prix Essai France Télévisions 2007, qui sera décerné après les délibérations du jury (Je compte parmi eux ; * Je me la pète inside *) au cœur même du Salon du Livre de Paris, situé Porte de Versailles. Porte de Versailles, là où se trouve mon hôtel, par ailleurs, là-bas au sud de la ville lumière, à l’opposé de la Gare du Nord la bien nommée où j’arriverai dans quelques instants. La capitale française s’annonce, en effet : des bâtiments immenses, des immeubles, laids pour la plupart, s’agglutinent le long des voies de chemin de fer. Plus de vert, plus de prairie, plus d’arbre, plus d’espace limpide ; justice une symphonie du béton en ut majeur… Ah! décidemment, je constate à quel point je ne suis qu’un sédentaire. Il m’en a fallu du temps pour me rendre compte de combien je serais un jour attaché à mon petit chez-moi.
Toutefois réside en moi une douce âme aventureuse, qui va diffuser dans le hall de gare la dose d’adrénaline suffisante pour pousser ma curiosité vers l’avant. Finalement, c’est carrément avec le sourire que j’achète mon ticket de métro pour la journée, tout en prenant soin de demander un plan global des lignes de métropolitain, histoire de parer à toute éventualité, deux précautions valant mieux qu’une seule, chacun en conviendra. Et d’ailleurs, ce précieux petit plan est immédiatement mis à contribution : j’examine effectivement ce qui, au premier abord, ressemble à s’y méprendre à une assiette débordante de spaghettis et je constate que chacune des pâtes représente un trajet supposé prendre du sens. Malgré cette difficulté (Toute relative, je l’avoue, il suffit de garder la tête froide pour s’y retrouver !), je m’en sors : ligne 4 jusqu’à l’arrêt : « Strasbourg – Saint Denis », puis ligne 8 jusqu’au terminus : « Balard ».
Il n’est que 10h15 lorsque j’arrive, fier comme Artaban, à l’hôtel. L’établissement me semble propret, la chambre et l’accueil chaleureux. Après avoir déposé mes bagages, je me mets en route vers les lieux touristiques. J’ai décidé la veille de visiter le musée du quai Branly, dédié aux arts premiers. J’emprunte à nouveau le métro, qui n’effraie plus du tout le provincial que je suis ; je l’ai domestiqué.
Il tombe quelques gouttes tandis que je quitte la station : « Marceau Alma ». Midi va bientôt sonner et je crève la dalle. Surprise : je tombe nez à nez avec la « Flamme de la Liberté » (devenue célèbre pour avoir protégé de son ombre généreuse les bouquets de fleurs par milliers laissés là par les admirateurs anonymes de la princesse Diana, championne posthume de rallie urbain tragiquement disparue en août 1997 dans le coin…), la Seine (En même temps, je me rends à un quai, il me paraît finalement logique que celui-ci longe une voie, et pourquoi pas fluviale ?) et la Tour Eiffel (J’ai l’impression de vraiment avoir l’air plouc à mort, là…). Je traverse le fleuve, ne résiste point à l’envie d’immortaliser ces instants magiques, jusqu’à ce que mes pas m’amènent à mon objectif initial. Un ami m’en a vanté la beauté récemment, due au génie de l’architecte Jean Nouvel. L’ensemble ne manque pas de classe, j’en conviens. Les formes sont audacieuses, mais harmonieuses. On se situe aux antipodes du Centre Beaubourg. Les couleurs brillent, chatoyantes, et égaient l’endroit, hyper urbain. Le végétal y taille sa place, avec une élégance toute raffinée. Oui, c’est bien le raffinement qui caractérise le mieux cet édifice. Le lendemain, un membre du jury m’expliquera certes que pour bâtir ce caprice d’un Président de la République sur le déclin (Une vieille tradition remontant à Georges Pompidou ne veut-elle pas que chaque chef d’Etat français laisse de lui une trace muséale majeure ? Beaubourg pour Pompidou, Vulcania Pour VGE – hors de Paris, certes -, les grands travaux du Louvre de Mitterrand, le musée du quai Branly, enfin …), il aura fallu détruire des arbres centenaires, mon avis sur cet espace unique ne risque pas de changer.
J’ai faim. Je jette un œil sur le menu de la cafétéria du musée, mais rien ne m’inspire. Je pousse un peu plus loin, en profite pour mitrailler la Tour Eiffel de mes flashes (« C’est tellement laid que j’y déjeune tous les midis pour être certain de ne pas la voir ! », disait Jules Renard en parlant d’elle. Je ne le suis pas trop sur ce coup-là…) puis tombe sur une brasserie. Peu enthousiaste, je détaille le menu. Plat du jour : poitrine farcie. Merci mais non merci. Je poursuis ma route, m’en retourne à la station : « Marceau Alma » où il me semble avoir aperçu moult troquets à la mine ma foi bien sympathique. Las ! Au fur et à mesure que je progresse se succèdent des hôtels de luxe, des boutiques de marques prestigieuses. Si bien que je m’interroge : où suis-je ? Je lève les yeux : avenue Montaigne. Je comprends mieux, du coup, et trouver un bistrot pas cher, convivial et bon enfant dans le coin, laisse tomber ! Je rebrousse une nouvelle fois chemin, repasse la Seine. Mon estomac gargouille à tout rompre. J’arrive enfin devant la cafétéria du musée (Je me suis entre-temps résolu à y déjeuner…). Stupeur ! Une file d’attente de plusieurs mètres s’est constituée durant mon absence. Moi qui déteste patienter, chaque jour un peu plus ! Hé bien ! soit ! Je vais commencer la visite du musée, et vers 14h (Il est alors 12h30…) je reviendrai casser la croûte.
J’avale un bonbon à la menthe pour calmer ma fringale (Compte là-dessus et bois de l’eau claire !), achète un billet d’entrée et loue un audio guide (Anne, ma meilleure amie, me l’a conseillé, car les informations à l’intérieur ne sont guère légion, et vu que j’aime bien apprendre … * candeur inside *). Une gigantesque rampe centrale en colimaçon accueille le visiteur. Véritable cœur du bâtiment, elle s’enroule autour d’un cylindre central transparent d’un imposant diamètre renfermant d’innombrables instruments de musique tribaux. Paradoxalement, l’impressionnante structure n’écrase pas, bien au contraire elle invite à la détente, au bien-être. Au-delà d’un muret arrimé à cette gigantesque ellipse, on aperçoit les salles en contrebas. Des ouvriers s’y affairent. Au sommet, les salles d’exposition. Le sens de la visite propose aux nouveaux arrivants de découvrir les arts, légendes, sociétés et rites des peuples « premiers » (Autrefois, nous disions sottement : « primitifs » !) de quatre continents : l’Afrique, les Amériques, l’Asie et l’Océanie.
Dans cette architecture résolument organique, je me déplace en toute liberté. Il existe certes des parcours, des voies à suivre, toutefois une certaine « insouciance » règne, à mille lieues d’un académise qu’interdit et invalide la distance, géographique aussi bien que temporelle, des sujets abordés. N’étant pas fondamentalement inconditionnel des arts premiers, je sors pourtant enchanté de la balade colorée, mystérieuse et assez mystique que je viens d’effectuer. J’avoue par contre avoir délaissé souvent l’audio guide, tant il m’est apparu plus important de laisser prévaloir l’esthétique des pièces par rapport au savoir érudit. La magie et l’évasion, pures.
Ceci dit, mon portable indique qu’il est maintenant 14h15, information confirmée par mon système digestif, affligé du chômage technique auquel je le contrains. Un petit passage par la boutique de souvenirs (Ben oui, je suis touriste, non ?), puis zou ! à la cafétéria. J’engloutirais bien un gnou, un éléphant, une baleine bleue, un…
Incroyable ! Il y a encore une courte file devant les portes du restaurant. J’estime néanmoins que le temps d’attente ne s’éternisera pas. Cinq minutes passent. Dix. Onze. Douze. Rien ne bouge, tout demeure immobile comme si la mire s’était installée à demeure sur l’écran de ma faim. Agacé, je renonce et me retourne. Surpris, je découvre une assemblée de vieillards désagréables elle aussi figée, pareille à un monolithe mégalithique. Je force le passage, tant pis. Un bonhomme décrépi me jauge et me jette à la figure, méprisant : « Il y a une sortie de l’autre côté ! » Je réplique aussitôt : « Veuillez m’excuser, je fréquente peu l’endroit, et là je suis déjà engagé, pardon ! » En fait, il faut traduire mes propos comme suit : « Vire-toi, et vite, sinon j’te pète les genoux ! » Ceux qui me connaissent savent que quand j’ai la dent et que je sens comme un coup de pompe m’envahir, mieux vaut ne pas me contrarier. Or, un second octogénaire chenu m’apostrophe avec agressivité : « Mais on vous dit qu’il y a une sortie de l’autre côté ! » Je nie, bien que la moutarde me monte au nez, comme il se doit. Je continue ma progression, et une vioque à la voix chevrotante juge bon d’ajouter de sa voix doucereuse : « Il y a une sortie de l’autre côté ! » Ma réponse fuse : « Merci, madame, je pense qu’on me l’a déjà signalé ! » Des murmures indignés s’élèvent. Très bien, si la guerre est déclarée, allons-y allégrement. Je fonce, bouscule. Et quand le mécontentement atteint son paroxysme, juste après mon passage, j’articule bien fort à l’adresse de ces oreilles malentendantes : « Pardonnez-moi ce léger désagrément, messieurs dames, mais c’était bien plus facile de faire demi-tour parmi vous pour voler au passage vos portefeuilles que d’employer l’autre sortie ! » Sur quoi je me retourner et fonce droit devant moi, jouant à mon tour la comédie du jeune homme sourd comme un pot. Rétrospectivement, je suppose que j’aurais pu faire preuve de moins d’entêtement. Mais je me serais privé d’une chouette tranche de vie, et je ne le souhaite pas.
Je finis (enfin !) par manger un pavé de bœuf dans la brasserie qui ne me plaisait qu’à moitié et proposait de la poitrine. Le repas s’avère plus qu’honorable.
Tout en mastiquant, je décide de visiter ensuite le musée du quai d’Orsay. Après un tout petit détour par la pyramide de verre de Pei, je rejoins le fameux musée renfermant les merveilleuses toiles des maîtres du XIXe siècle. Pendant deux heures, peut-être davantage, je m’offre une promenade enchantée parmi Courbet, Millet (J’imagine que si son « Angélus du Soir » m’émeut tant, c’est parce que la reproduction qu’en possède ma marraine Jeanne – Enfin, c’est pas vraiment MA marraine, mais je ne vais pas entrer dans les détails, nous nous égarerions – me fascinait déjà alors que j’avais cinq ans…), Manet, et surtout les splendides impressionnistes : Monet, Pissarro, Sisley, Caillebotte, Guillaumin, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Toulouse-Lautrec, Renoir, Degas, Gauguin, Van Gogh, …
L'Angélus du Soir, Jean-François Millet
Déjeuner sur l'Herbe, Edouard Manet
Coquelicots, Claude Monet
Avenue de l'Opéra, Camille Pissarro
L'inondation à Port-Marly, Alfred Sisley
Raboteurs de Parquet, Gustave Caillebotte
Paysage de Neige à Crozant, Armand Guillaumin
Le Berceau, Berthe Morisot
La Mère et l'Enfant, Mary Cassatt
Seule, Henri de Toulouse-Lautrec
Le Bal du Moulin de la Galette, Pierre-Auguste Renoir
Dans un Café : l'Absinthe, Edgar Degas
Femme de Tahiti, ou : Sur la Plage, Paul Gauguin
L'Eglise d'Auvers-sur-Oise, Vincent Van Gogh
Sympatoche aussi : les expositions temporaires du musée sont librement accessibles (Ou en tout cas, personne ne m’a demandé ce que je faisais là…). C’est ainsi que j’ai eu la chance de voir l’exposition (de taille réduite, il est vrai) consacrée aux autoportraits de Léon Spilliaert, complément à la rétrospective consacrée à l’artiste par le Musée des Beaux-Arts de Bruxelles.
Avant de quitter le musée du quai d’Orsay, j’écrirai encore une ou deux lignes sur une initiative intéressante de l’institut baptisée : « Correspondances ». Des artistes contemporains sont ainsi invités à revisiter une œuvre classique de leur choix, et à ensuite exposer les résultats de leur expérimentation à côté des originaux. J’ai ainsi pu admirer une « redécouverte » signée Pierre et Gilles. Le célèbre couple de photographes ont relooké une œuvre d’un artiste « officiel » du XIXe, aujourd’hui parfaitement oublié, Vincent Feugères des Forts : « La Mort d’Abel ». Au final, la relecture propose un triptyque sensuel,lové par de lourds cadres dorés, kitsch au-delà de toute mesure, cernant la sculpture originale dont le socle est rehaussé d’un gazon synthétique et de délicates fleurs fluo en plastique. Magnifique, plus profond qu’il n’y paraît et abordable pour tous. Un éphèbe mort sous quatre angles différents.
La Mort d'Abel - Vincent Feugères des Forts (1865), réinventé par Pierre et Gilles (2007) ; pour une vue d'ensemble, n'hésitez pas à cliquer ici.
Le soir tombe. Le ciel s’irise de teintes rosées très tendres. Les légendaires monuments parisiens se découpent à la manière d’ombres esquissées à l’encre de Chine. Je vais voir Notre Dame, en effectuant un détour par l’Hôtel de ville.
J’ai à présent bien mal aux chevilles. Je regagne mon auberge, me rafraîchit un peu, regarde les Guignol de l’Info à la télé. Je dîne d’une énorme et délicieuse salade auvergnate, suivie d’une tarte tatin maussade, quant à elle.
Il est 21h40, je ferme définitivement (pour ce soir) la porte de ma chambre. Il me reste des pages et des pages du mon dernier bouquin à avaler pour demain. Pas question d’arriver en ignorant la moindre ligne.
Suite au prochain épisode …
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mercredi, 30 août 2006
Paris 30 juillet
07h45 : Ai vraiment hâte de retrouver mon lit douillet au soir. Cet hôtel est pourri jusque dans la literie.
07h46 : Punaise, il fait encore aussi chaud dehors. Mais le ciel se voile, je sens comme une pluie qui menace de rincer Paris. Ai eu une bonne idée de me réserver le Louvre pour aujourd’hui, un peu comme un bon dessert à la fin d’un repas copieux et savoureux.
07h50 : M’enferme dans le placard – salle de bain. Se laver là-dedans relève de la gymnastique suédoise. Ca me rappelle la « salle de bain » dont je disposais dans mon « appartement » à Bruxelles. Bien ! Penser à l’appart d’Ixelles me permet de me croire soudainement dans un palace cinq étoiles, genre le Ritz.
08h30 : Le petit déjeuner. Heureusement que le jeûne n’a pas duré trop longtemps, m’étonnerait qu’on soit rassasiés avec ce qu’on nous sert ici… Tartine copieusement mon croissant de beurre, histoire d’emmagasiner un maximum d’énergie dans mon organisme.
09h10 : Espère que je tiendrai jusque midi avec ce que j’ai dans l’estomac. Ai descendu mes bagages, qui se sont alourdis depuis mon arrivée de vendredi, à cause de menus achats de quelques bouquins pas chers. Mon sac de voyage m’attendra donc dans un coin « sûr » de l’hôtel, à savoir le hall d’accueil. Me persuade qu’il n’y a rien de plus normal, que mes effets personnels ne risquent rien, et je m’en vais, le cœur léger, toujours avec la même équipée, Aline, Sylvain et Thibaut, vers le Louvre.
09h31 : Dans le métro. Joie ! Peux à présent me déplacer comme un vrai d’ici, sans les mains. Suffit de laisser les jambes suivre le rythme du wagon. C’est un peu chaotique, ça manque un peu de naturel, mais ça tient la route.
09h32 : on oublie, ai failli me viander. Heureusement, personne n’a fait attention à moi, enfin je ne crois pas. Mais vais prendre une place assise quand même. Faut être cascadeur pour réaliser ce genre de prouesses. Les parigots, vraiment…
09h40 : Arrivons devant le royal édifice. Petite note sur les lieux, sur la base des explications glanées au cœur du musée sur le sujet : le premier Louvre date du XIIe siècle, lorsque Philippe Auguste fit bâtir un puissant donjon circulaire entouré d’une enceinte pourvue de tours et de deux logis. A cette époque, les attaques, venant d’Angleterre notamment, se répétaient à un rythme soutenu, et l’autorité royale devait chaque jour se consolider. Au fur et à mesure que les siècles passèrent, le Louvre perdit son rôle défensif. A la fin du XIVe siècle, le terrible, Charles V décida de s’y installer à demeure, et fit réaménager l’ensemble par Raymond du Temple. Ce dernier eut à cœur d’allier l’exaltation de la puissance du royaume, le confort, relatif vu l’époque, et la mode, qui était alors au gothique.
Pourtant, par la suite, les rois, devant faire face à de graves troubles (Le Moyen-Âge, mine de rien, c’était quand même pas une sinécure !), quittèrent Paris, au profit du val de Loire, ou de l’Ile-de-France.
A la Renaissance, François Ier fera du vieux château un palais somptueux. L’architecture se modifia en profondeur le Louvre, et lui conféra plus ou moins l’aspect qu’on lui connaît encore aujourd’hui. Les travaux se poursuivirent sous Henri II, puis Charles IX. Catherine de Médicis, fit à son tour édifier (en partie) un autre palais, en dehors de la ville, au lieu-dit des Tuileries.
Henri IV, le brave Gascon, une fois reconnu par tout le monde comme le successeur de Henri III (L’histoire est complexe… Lisez donc « Fortune de France », de l’immense Robert Merle, et soudain vous saurez tout de l’Histoire de France aux XVIe et XVIIe siècles…), désireux d’affirmer Paris comme le centre politique et intellectuel, décida qu’il fallait relier le Louvre aux Tuileries. Mais Ravaillac planta sa lame dans la chair de Henri de Navarre avant que le projet ne soit achevé, et c’est son fils, Louis XIII, qui supervisa sa poursuite. Il confia notamment la décoration intérieure de la Grande Galerie à Nicolas Poussin. Louis XIV, le roi soleil, ordonna encore quelques agrandissements. Mais ce dernier, obnubilé par Versailles, délaissa bientôt le Louvre définitivement.
Au XVIIIe siècle, Louis XVI ne se rappelait que très peu que Versailles n’était qu’une résidence secondaire, coquette certes. Qui sait si la Révolution aurait eu lieu, si les souverains n’avaient pas abandonné Paris si longtemps ?
Napoléon lui, comprit que pour asseoir son pouvoir, il devait réinvestir le Louvre. Mais il n’en eu guère le temps, et à part un petit arc de triomphe à l’entrée des Tuileries, le Louvre semble l’avoir méprisé…
Durant la restauration, pas grand-chose à signaler. Par contre, Napoléon III, le petit, marqua le palais de son emprunte en se souvenant des projets de Henri IV. C’est à l’empereur que l’on doit la jonction définitive du Louvre aux Tuileries. En outre, le palais devint plus « utile », puisqu’il abrita de nombreux locaux affectés à l’administration. Hélas, la Commune, soit la guerre civile faisant suite à la débâcle française face aux Prussiens, engendra la destruction des Tuileries par un incendie. En 1883, on décida de raser ses ruines.
Et le temps passa, inexorablement, jusqu’à ce qu’en 1981, François Mitterand, élu président de la République, inaugure son ère par les « grands travaux », dont le Louvre fut le centre. Aujourd’hui, le musée n’est donc plus cloisonné ; le public pénètre par la pyramide de verre de l’architecte Pei, et à partir de ce gigantesque hall d’entrée, se dirige librement (Une fois sa besace scannée par les vigiles…) vers la ou les sections qui l’intéressent (Après avoir payé son entrée, ça va sans dire !).
09h41 : Me fait donc scanner la besace. Cache mal ma fatigue, néanmoins, être enfin dans le Louvre représente une grande joie pour moi.
09h45 : Décidons de nous rendre en premier lieu dans la Grande Galerie, qui abrite les œuvres italiennes. Rencard avec Mona Lisa.
09h46 : Au passage, m’aperçois qu’il y a même moyen de faire un tour « Da Vinci Code », avec la voix de Jean Réno en guise de guide.
09h50 : Crois que je vais beaucoup marcher, aujourd’hui. C’est gigantesque ici !
09h51 : Atteignons la grande galerie. Passons avec une indifférence inacceptable devant des Raphaël, des Botticelli, et arrivons devant la Joconde, la star incontestée de l’endroit, la princesse devant laquelle les touristes et amateurs d’art du monde entier viennent se prosterner.
Quand j’avais 17 ans, mon professeur d’histoire de l’art nous a un jour déclara que le sourire de Mona Lisa n’avait rien de transcendent, que seule la légende avait pu déchaîner autant de théories, de ragots. Car pour le véritable historien de l’art, poursuivait-il, ce n’est pas tant la dame (En est-ce bien une ?) à l’avant-plan qui doit fasciner, mais bien l’arrière-fond, qui présente pour la première fois dans l’art occidental une perspective sinueuse.
Ca, c’est son avis.
Car au-delà de cet aspect purement technique et désenchanteur, il y a cette femme, une inconnue, peut-être (voire sûrement) Lisa Gherardini, l’épouse d’un notable florentin, Francesco di Bartolomeo di Zanoli del Giocondo (Non, ce n’est pas de mémoire !), dont le portrait, vieux de presque cinq cents ans, fixa à jamais une forme de l’idéal féminin. Quant à Léonard de Vinci, on ne le présente plus. Grand maître du prieuré de Sion (Heu non, pas ça !), un des plus hauts esprits de l’humanité, en même temps qu’un des plus grands créateurs de la peinture. Notons encore que de Vinci travailla quatre ans au portrait de Mona Lisa, et ne le considéra jamais comme achevé, ce qui expliquerait pourquoi il l’emporta avec lui en France, à l’invitation de François Ier.
Pour le reste, certains ressortent de leur rencontre avec la Florentine déçus, certains éblouis. Quoi qu’il en soit, visiter le Louvre sans lui faire un petit coucou serait du dernier snob.
Dans la même salle se trouvent encore pas mal de toiles de Véronèse, grand maître de l’école vénitienne dont les noces de Cana, qui pâtissent du succès de sa triomphante voisine. Dommage, car cette immense composition, dans laquelle Véronèse a représenté, plaisantin, Charles Quint, François Ier (Encore lui ?) Soliman, ou encore ses potes le Titien et le Tintoret, impressionne par sa théâtralité, sa fougue, ses chatoyantes couleurs.
10h21 : Plane littéralement dans la Grande Galerie, en compagnie de Fra Angelico, Pisanello, Uccello, Andrea Mantegna, Vittore Carpaccio ; de la Vierge aux rochers, du Saint Jean-Baptiste, de La Vierge, de l’Enfant Jésus et Sainte Anne du même de Vinci ; de Raphaël,du Titien, du Corrège, du Tintoret, du Caravage, …
Le Couronnement de la Vierge - Fra Angelico
Portrait d'une jeune princesse - Pisanello
La Bataille de San Romano - Uccello
La Crucifixion - Andrea Mantegna
Vénus et les Grâces offrant des présents à une jeune fille - Botticelli
La Prédication de Saint Antoine à Jérusalem - Vittore Carpaccio
La Vierge aux rochers - Leonard de Vinci
La Vierge, l'Enfant Jésus et Sainte Anne - Leonard de Vinci
Saint Jean-Baptiste - Leonard de Vinci
Saint Georges luttant avec le dragon - Raphaël
Le Concert champêtre - Le Titien
Le Mariage mystique de Sainte Catherine - Le Corrège
Le Couronnement de la Vierge ou le Paradis - Le Tintoret
La Mort de la Vierge - Le Caravage
10h55 : Croise Aline en « Espagne ». Nous dirigeons vers la galerie française.
11h02 : Galerie française, avec Delacroix, Géricault, David, … Emotions devant la mort de Sardanapale, ou le Radeau de la Méduse, Dante et Virgile aux Enfers, …tous ces immenses tableaux qui exaltent la liberté, qui évoquent la passion furieuse, le fantastique. Comment rester insensible face à de pareilles merveilles ?
La Mort de Sardanapale - Eugène Delacroix
Le Radeau de la Méduse - Théodore Géricault
11h15 : Fonçons, en passant à côté de la Victoire de Samothrace, de la Vénus de Milo, et prenons la direction de « l’Egypte antique ». Sens des fourmis dans les jambes. Ai faim.
11h55 : Dois bien dire que je n’ai pas été très attentif, l’estomac se noue, ai trop faim. Aline accuse la fatigue aussi. Fais beaucoup de photos. Le lieu m’inspire. Me prends pour Juliette Greco, je rêve à Belphégor. Croise un fantôme. Sa photo bientôt dans l’album consacré à Paris.
12h00 : Fidèles au rendez-vous, Sylvain et Thibaut nous attendent pour aller quérir notre repas. Craque pour une énorme et débordante assiette de crudités. Au prix où on a le toupet de vendre ça, en même temps… Mais l’assiette évoque déjà assez la pyramide de Pei comme ça sans que je risque d’encore y ajouter un radis. Le gars derrière sa caisse a l’air de me regarder d’un drôle d’air, comme si j’avais piqué l’embarquement pour Cythère et que j’avais essayé de le planquer sous les carottes râpées. Reste digne. Oui, mon assiette est bien remplie, et alors ?
12h34 : Avons fini de nous sustenter. Moment de farniente. Personne n’a envie de bouger encore. Ressentons les nombreux kilomètres parcourus depuis deux jours dans la plante de nos menus petons (44, pour moi).
12h59 : Décidons malgré notre épuisement extrême de reprendre la route. Les autres vont me quitter bientôt pour visiter une expo « Star War » (Les lasers, tout ça…) à la Villette.
13h00 : une exposition temporaire attire mon attention. Ca tombe bien, j’y ai accès. Joie. Profondeurs vertes, de Mike Kelley. Celui-ci présente, à l’occasion d’une grande exposition sur le rapport entre les artistes américains et le Louvre, une installation multi medias alliant musique, films et textes littéraires. L’artiste s’inspire pour le thème de célèbres toiles de la peinture américaine (« Watson and the Shark » de John Singleton Copley et « Recitation » de Thomas Wilmer Dewing). Envoûtant, effrayant. A vivre.
13h24 : Mes amis s’en vont à la Villette. Je m’offre encore trois heures dans les entrailles du musée.
15h00 : Sors de la section consacrée à l’égyptologie. Un rêve de gosse, en fait. Jamais vu autant de pièces, sauf peut-être au British Museum, il y a dix ans, mais j’étais trop jeune pour apprécier à sa juste valeur les trésors exposés, ou encore lors d’une exposition sur l’Egypte de l’ancien empire, visitée en 1999 au Petit Palais avec papa.
Extraordinaire voyage à travers l’ancien, le moyen et le nouvel empire, parsemé de sarcophages, de hiéroglyphes, de délicates sculptures, de statues monumentales à la gloire des pharaons, de momies, … Un vrai bonheur que je savoure à chaque pas. Je prends encore des photos, n’hésitant pas à me coucher sur le dos pour capter le meilleur angle. Après tout, personne ne me connaît ici !
Le scribe accroupi
15h01 : Tiens, comme le laissait présager la couche nuageuse épaisse de ce matin, il pleut abondamment à présent…
15h23 : Suis sorti quelques instants de l’enceinte du musée au profit d’une galerie couverte pour aller chercher quelques liquidités. Je compte bien acheter le guide du Louvre, qui se vend à un prix raisonnable et qui me semble très complet.
15h45 : Ai enfin trouvé le deuxième étage ! Là, je parcours de plus en plus rapidement les salles. A ma grande surprise, découvre qu’effectivement, on peut se dégoûter de voir tant de chefs d’œuvre. Un peu comme pendant les fêtes, quand on se surprend à ne plus avoir envie de foie gras de canard…
17h00 : Ai quitté Watteau, van Ruysdael, Fragonard, Boucher, et tous leurs amis, à regret. M’offre un brownie, que je ne parviens pas à savourer à mon aise. Dommage, il était bon…
17h26 : Dans le métro. Allez, j’essaie une dernière fois… Oui… Oui, je tiens… Attention, une secousse… Ouais, c’est bien… Oui encore… Et j’arrive à destination ! J’y suis arrivé !
Fier comme un paon, je sors de la rame de métro à Château Rouge, et remonte vers l’hôtel.
17h59 : Vérifie que les valises n’ont pas bougé. Ok… Par contre, il n’y a personne à la réception. Normal, je suppose, dans ce bouibouis…
18h03 : Prend place avec mon bouquin sur une terrasse, sous une tonnelle, à l’abri des averses. Commande un Perrier citron. Me demande si les autres seront à l’heure au rendez-vous.
18h15 : Quand même incroyable ça, personne n’est encore là ! Valait bien la peine que je me dépêche, tiens ! Ah, justement, quand on parle du loup, voilà Balbette et Nancy qui arrivent… Qui me font signe, et qui se dirigent tout droit à la terrasse du café d’à côté. Me penche. Toute la bande des foireux lutins sont là ! …
Bon… Admettons donc que je n’ai pas critiqué leur ponctualité. Aline, Sylvain et Thibaut reviennent aussi de leur périple dans les étoiles. Bien bien, toute la troupe se retrouve au grand complet.
18h45 : après avoir consommé une tarte à la crème douteuse pour ma Balbette et une boisson rafraîchissante pour les autres, nous allons chercher nos valises.
18h56 : les neuneus proposent de prendre le métro à une autre station que celle à laquelle nous nous sommes habitués. Je doute. Pourquoi changer une bonne habitude ? Et sont-ils certains qu’il n’y a pas une correspondance en partant de cette autre station ? Oui, oui, ils sont sûrs.
D’une part, ils n’ont quasiment pas pris le métro de tout le séjour, et sûrement pas seuls, et d’autre part, je ne fais nullement confiance à leur instinct, leur bon sens ou tout simplement leur cerveau. Mais bon, la fatigue nous assomme tous un peu, il pleut… nous les suivons.
19h07 : Non mais quelles purges ! Y a bien une correspondance, alors que de l’autre côté, à Château Rouge, c’est direct ! En plus, ces pigeons se sont déjà perdus… Pas possible ! La mauvaise humeur se jette sur moi comme misère sur le monde.
19h09 : faut changer à la prochaine station. Avec tout mon barda, je ne suis plus du tout tenté de jouer le Parigot blasé qui ne se tient pas à une barre… Ah, tiens, la lumière s’éteint. Cosy, une rame de métro dans l’obscurité.
« Mesdames et messieurs, suite à une coupure de courant, votre convoi est immobilisé pour une durée indéterminée. Veuillez nous excuser pour … »
19h09 + quelques secondes : j’ai des envies de meurtre qui me montent…
19h11 : On repart. Heureusement, parce que ça sent le chien mouillé, ici dedans, je deviendrais vite très agressif, moi, j’aime pas me sentir coincé, moi, surtout à cause de ces mollusques, qui ne sont même pas fichus de trouver l’entrée du métro, qui se sont déjà perdus entre l’hôtel et là, qui n’ont pas le QI d’un oursin, qui… Je me calme un peu. Après tout, moi j’arriverai au quai du Thalys à temps, je rentrerai tranquillement chez moi, moi, et finalement, ça me ferait bien rire s’ils rataient le train, coincés comme des blaireaux à Paris, sans hôtel…
19h20 : Comme je le disais, nous sommes finalement arrivés sans encombre à la gare du Nord. Les mollusques ont dû se perdre quelque part. Bien fait…
19h32 : M’absente un instant. Un gars me demande du feu pour allumer sa barre de shit. J’vois l’genre… Allez, tiens, mon briquet. On se met à discuter. Ben c’est marrant à dire, mais la racaille de Paris est franchement sympa. A la fin de la conversation, où je sais à peu près tout de la vie du mec, il me rend tout gentiment mon briquet, et me souhaite une bonne soirée.
19h36 : montons dans le train, les autres sont finalement arrivés. Ne leur adresse même pas la parole.
19h54 : Roulons. Echange des photos. « Admire » celles de la chef des neuneus. Cette tache a pris en photo les tentes distribuées aux SDF pour lutter contre la canicule. M’insurge. Comment peut-on photographier ainsi la misère des gens, comme s’il s’agissait d’un petit souvenir d’un endroit typique ou d’un détail cocasse ? Mais la propriétaire de l’appareil, de l’autre côté de la banquette, fait la sourde oreille.
Madame, je vous méprise…
20h00 : Il fallait s’en douter. La crème bizarroïde sur la tarte qu’Anne a engloutie à Montmartre lui détraque l’estomac. Malade, quoi. Nancy la charrie. Ris et pire, encourage.
20h30 : Retour à Bruxelles, gare du Midi. Je prends vivement congé de tout le monde, le train pour Namur arrive dans dix minutes
21h32 : Que d’images se bousculant dans ma tête ! Relis les petites notes prises au vol tout au long du séjour. Souris. Ai hâte de retrouver mes brigands, que Q.A. a sûrement chouchouté comme il se doit.
23h43 : Vanné. L’appart n’a pas changé. Largo et Cambouis ont été merveilleusement bien soignés. Je sombre… Demain… Le boulot…
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vendredi, 11 août 2006
Paris 29 août
7h30: Première constatation: trop bu hier soir chez Michou. Expérience à ne pas réitérer ce soir, si je veux toujours être frais pour la visite du Louvre. Me rappelle plus qui dort dans le lit jumeau à côté de moi. Ah oui, Nancy…
7h31 : Aaaaaaah, dehors c’est le four, à nouveau ! Fichtre.
8h03 : Petit déjeuner. Extrait :
« La serveuse : vous êtes combien à cette table ?
Chœur : Cinq.
Aline : Pourquoi, on est rationnés ? (Sous-entendu : déjà qu’on loge dans un hôtel pourri !)
La serveuse, timorée : Non, mais en fait c’est un croissant et un morceau de baguette par personne.
(Silence)
Aline : Oui, ben c’est ce que j’ai dit, mais avec d’autres mots… »
…
9h00 : Achat de petits pains au chocolat au Shopi du coin.
Quelle idée de servir des petits déjeuners tellement minables à l’hôtel ! Et juste de la confiture à … la confiture (Je refuse catégoriquement d’essayer de découvrir en quoi elle consiste !) pour tartiner sa baguette. Minable ! (A prononcer à la « Brabant Wallon »).
M’admire devant une glace. T-shirt noir Décathlon (A fond les formes), panta-short Zara, ou Celio, tennis blanches d’une marque dont le nom n’intéresserait personne.
9h51 : Devant Beaubourg. Spécial. Disons que ça n’a d’égal nulle part ailleurs. L’architecture est signée Renzo Piano et Richard Rogers. Culture : Le centre Pompidou (son autre nom) est né de la volonté du président de la République Georges Pompidou (Qui l’eut cru ?) de créer au sein de Paris un espace multiculturel dédié à la création moderne et contemporaine.
10h03 : Viens de comprendre que si on ne rentre pas pour commencer notre visite, c’est parce que le musée n’ouvre qu’à 11h. Comme c’est gai !
10h10 : Promenade et séance : « photos créatives » autour de la fontaine sise place Igor Stravinsky, juste à côté du centre : il s'agit la fontaine de Tinguely et Niki de Saint Phalle.
10 h27 : Bon ! Ben je crois qu’on a fait le tour ! A propos de tour, si on faisait celui du centre Pom(pom)pidou (Elle était facile…) ? Côté nord, puis sud, est, etc...
11h00 : Ca ouvre et la foule s'avance ! Merveilleux, prodigieux, génial, quelle audace, quelle authenticité !
11h01 : Ouvre mon sac à l’attention des vigiles. Me demande si Beaubourg compte parmi les cibles privilégiées des terroristes. Mais bon, les choses étant ce qu’elles sont, et sachant ce que l’on sait… De bonne grâce, je les laisse scanner des yeux ma besace.
11h03 : Hall d’accueil immense, file d’attente pas (encore) vraiment proportionnelle. Le prix en revanche bien. Découvre que l’art contemporain se consacre aux bourses bien garnies exclusivement. N’oublions pas que Pompidou était de droite, finalement.
13h14 : Sortons de « l’usine ». Aaaaaaah, l’art contemporain ! En fin de compte, c’est pas un tort que ça taxe autant ; combien d’arnaques pseudo artistiques là-dedans ? Difficile de séparer le bon grain de l’ivraie en tout cas. M’enfin, allez, je vais quand même citer quelques œuvres qui ne m’ont pas laissé indifférent. Citons d’abord l’exposition consacrée au mouvement des images, une « relecture de l’art du XXe siècle du point du vue du cinéma ». Des films projetés sur les cymaises de Beaubourg, donc, donnent à voir une forme d’expression mouvante. Mon numéro un dans la catégorie:
« Volstar Barbie », de Claude Lévêque, une pièce entièrement rose, éclairée de néons roses, avec une énorme chaussure talon aiguille à la Oldenburg ; viennent ensuite les défilements de Warhol, de Picasso et aussi d’artistes franchement moins connus (Adach, Hein, Judo, Rossler, etc.), les montages de Man Ray, de Braque, Delaunay, Beuys, Le Corbusier, les projections de Picabia, Richter, Becon, Arp. Et tous leurs amis. Ah ! Le mouvement dans l’art, une grande histoire d’amour ! Et comme le disait Sergueï Eisenstein, le célèbre cinéaste russe : « Le montage au cinéma n’est que l’application d’un principe plus général. » Entendez : y a pas que les films à voir, y a aussi une autre forme d'expression, plus prise de tête. En vrac encore : visite éclair de l’exposition consacrée à Jean Bazaine, Alfred Manessier et David Smith (J’aime bien celui-là !).
Me retrouve exténué après ce déferlement de considérations intellectuelles très complexes, et très inaccessibles pour mes six pauvres neurones.
13h15 : rassasiés de masturbation intellectuelle, nos estomacs crient néanmoins famine. Pause dans un bistrot parisien en face du centre Pompidou. Serveur infect. Repas valable.
14h15 : Un rien somnolant, nous partons à la découverte des Champs Elysées (Palalala !). Flânons dans les boutiques chiques, un peu gênés de nos habits de provinciaux. Vuitton, Zara, Renault (Je sais, c'est moins glamour, tout de suite, mais passons. Renault, donc, où nous découvrons une splendide Clio entièrement recouverte de bonbons à la fraise Haribo… Me demande si personne n’a essayé de manger la voiture. Ca sent tellement bon les fumets chimiques qui font saliver ! Sinon, un chouette show-room, avec en sus des expériences « five senses » à réaliser soi-même).
Chez Hugo Boss, découvre que je suis né pour porter ces vêtements. En plus, l’un des vendeurs me fait littéralement fondre : la créature la plus divine de la Création ! Grand, brun, regard d’un bleu azur profond, sourire enjôleur, … Hum…
16h30 : Séparation du groupe. Je retourne vers le musée d’Orsay.
17h00 : Suis arrivé trop tard à la caisse. Ne peux plus rentrer. M’en retourne vers les quais, où je me promène, l’âme sereine. Puis passe par Notre Dame. Discute quelques instants avec un libraire autochtone. La littérature le passionne. L’écouter est un régal.
18h30 : Retour à l’hôtel. Séance métro. Tente de ne pas me tenir à la barre pour faire vrai Parigot. Amélioration, mais peut encore mieux faire. Douche salvatrice. Envie de siester un petit peu devant la télé. Reportage passionnant sur l’archéologie en Afrique noire sur Arte. Je sombre.
20h00 : Arrivée du quasi grand complet de la troupe initiale. Décidons de dîner dans un petit bistrot typique de Montmartre. Flaire l’arnaque à plein nez.
21h00 : le bistrot où les connaisseurs voulaient nous amener est plein de chez plein, genre pas moyen d'y caser un Biafrais anorexique. Un gentil Parisien (Si, ça existe !) nous conseille de continuer tout droit pendant quelques centaines de mètres. On finira bien par tomber sur une petite gargote (Tiens, ce n’est pas une spécialité du Nord-Pas-de-Calais ? Private joke…) conviviale et bon enfant. Les purges qui nous accompagnent semblent très en forme. Racontent bruyamment leur expédition du jour. Ecoute à peine. Comme quoi, rien ne sert de parler fort, il suffit de dire des choses intéressantes…
21h09 : Avons trouvé de la place dans un bouisbouis assez … typique. La patronne m’énerve d'amblée. Elle gueule comme si les trompettes du jugement dernier avaient déjà retenti et assourdi l’ensemble de l’humanité. N’ai aucune envie que ce repas s’éternise.
21h14 : Tentative pour se mettre d’accord sur un programme commun. Impossible. Certains veulent choisir un menu (à un prix fort raisonnable il est vrai), d’autres un simple plat. N’aurai jamais la patience d’attendre trois services avec à ma table certains de mes compagnons de voyage. En plus, j'ai pas assez de place pour mes pattes de sauterelle. M’entête donc à ne prendre qu’une salade de chèvre avec lardons.
21h15 : Essaie de faire comprendre à la patronne qu’il serait préférable, pour les boissons, de servir directement deux bouteilles de rosé. En outre, aimerais bien une carafe d’eau, à la place d’une Badoit, car je n’aime pas l’eau pétillante. La patronne fait la sourde oreille. Toute en bouche, cette femme… Et en postillons. N’ai déjà plus faim.
21h19 : (Service peu rapide, malgré l’air affairé des serveurs et de la patronne. Beaucoup de bruits pour rien, beaucoup d’air brassé en vain, trop de mouches du coche, ici, finalement !). La discussion s’emballe avec les neuneus. Aline et moi nous retranchons dans une conversation privée à deux. Passons pour les snobs de service, ce qui, en fait, reflète un peu la réalité.
21h45 : En dépit des allées et venues incessantes de la patronne, atrocement laide par ailleurs, qui me bouscule à chacun de ses passages, attendons une éternité nos plats. N’aime pas du tout cet endroit.
21h51 : Les plats arrivent. Mange. Pas top. Faut bien se sustenter. Me rattrape sur le rosé.
22h00 : Ai fini mon assiette. Mon verre, aussi. Réfléchis à la pertinence de quitter la tablée sitôt que les mangeurs de menus auront fini leur plat principal. Ouais, me paraît bien, en fait…
22h15 : Les plats principaux n’arrivent pas.
22h16 : Vient de faire remarquer à la patronne que j’en ai marre qu’elle me fonce dessus à chacun de ses passages. Regard assassin. Même pas peur !
22h24 : Les plats ! Une véritable poésie que la « spécialité » du « restaurant » (Dépassement du quota du nombre de guillemets décemment acceptable dans une proposition, mais pas possible de faire autrement…) : des magrets de canard (gras) au melon de Cavaillon. Selon moi, la logique voudrait que les magrets soient au centre de l’assiette, et le riz en accompagnement sur le côté. Hé bien non ! Ici, c’est l’inverse. Un gros pâté de riz nageant dans une sauce orangée, tout droit sortie d’un sachet Knorr, enfin c’est mon avis, in the middle of the plate, et trois pauvres morceaux de canard autour… Haute gastronomie, chaud devant !
22h45 : Propose à Aline de s’arracher. L’idée séduit. On va préparer nos sous, et se casser vite fait, quitte à déclencher un tsunami de réactions douces-amères.
23h00 : A l’air libre. Huuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuum ! So nice ! Les autres nous ont expliqué qu’ils visiteront ce soir le seul musée parisien ouvert la nuit : le musée de l’érotisme. (« M’intéresse pas dans un musée, ça ! »)
23h08 : M’arrête acheter une crêpe au Nutella pour le dessert. Pas terrible. La glace d’Aline non plus ; elle finira d’ailleurs sa fulgurante carrière dans le fond d’une poubelle (La glace, pas Aline).
23h15 : Petite promenade dans les ruelles de la Butte. Délicieux moment de douceur et de rêverie, en bonne compagnie.
00h04 : Sur les escaliers du Sacré Cœur. Admirons Paris, la nuit. Ces lumières dessinent une ville lumineuse, et pour une fois, aucune mauvaise odeur ne vient nous rappeler que Paris, c’est bien pourri quand même. Dans ces moments-là, on comprend comment cet endroit s’est taillé la place de lieu le plus chou de la planète. « Paris, je t’aime quand même. »
00h45 : En route vers l’hôtel. L’ambiance au dehors est fort agréable, mais le sommeil nous gagne.
01h30 : Les schtroumpfs reviennent du musée de l’érotisme, avec toute la discrétion qui les caractérise.
02h42 : Crise d’angoisse rapidement jugulée. Trop d’émotions à l’intérieur de mon petit moi. Mes brigands me manquent. Demain… Le Louvre…
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jeudi, 03 août 2006
Paris 28 juillet
04h30: Ca sonne! Qui a osé programmer la sonnerie du réveil si tôt ? Pourquoi ? Ecole ? Boulot ? Jugement dernier ? Emerge tout doucement des brumes du sommeil. Paris ! Ah oui ! Se lever…
04h36 : D’accord, d’accord, je vais me lever, mais encore quelques minutes, d’accord ? On n’est pas pressé, le train part dans … pfff, longtemps !
04h42 : En fait, je vais appeler ma Balbette et lui expliquer avec toute la diplomatie dont je suis capable que je n’ai plus envie d’aller à Paris, puis je vais me rendormir jusque 14h, et consacrer le budget initialement prévu pour mon city-trip aux meilleurs restaurants namurois.
04h48 : Le problème, c’est que la veille Q.A. est passé. Briefing sur la nourriture des chats : où sont les croquettes, comment les servir, veiller à avoir de l’eau fraîche en permanence (important par temps de canicule), … Durée du briefing : dix minutes en comptant large. Durée de la dégustation de Bourgogne et de saucissons fumés : trois heures. Pertinence : 0.
04h54 : Gnarf…
05h00 : En plus, il faut encore prendre une douche, finir de préparer la trousse de toilette, remplir une dernière fois les gamelles, passer chez Q.A. déposer les clés de l’appart dans sa boîte aux lettres (J’ai oublié de faire les doubles hier soir en rentrant du boulot !), puis repiquer vers la gare. Quelle heure est-il ? …
05h06 : Lèèèèèèèèèèèèèèèève-toi ! Oh merde ! Serai jamais prêt !
05h36 : Voiiiiiiilà, les clés de l’appart sont dans la boîte aux lettres de Q.A. et moi, suis fin prêt. Les derniers préparatifs ont été menés tambours battants ; efficacité, rapidité. Chemine à présent d’un bon pas vers la gare.
05h37 : Viens de vérifier frénétiquement que mon billet de train se trouvait bien dans ma besace. Soulagement. Poursuis ma route.
05h48 : En nage. Il fait déjà chaud ce matin, surtout avec ce sac atroce dont la lanière me blesse l’épaule et qui pèse 5421 tonnes. Assois délicatement mon séant sur un des bancs rouge vif du quai. Le train est déjà arrivé. Impressionné par le nombre de gens déjà sur le pied de guerre, parés pour une journée de boulot. Sentiment de honte léger (2,5 sur l’échelle de la culpabilité) en pensant que le matin je me lève quand certains atteignent après dieu sait combien d’heures de train leur lieu de travail, et que j’ai encore le toupet de râler. Bâillements.
05h52 : J’embarque dans un wagon peu peuplé (Fort bien !). Seul sur ma banquette, super ! J’ouvre mon bouquin.
06h13 : Une bonne femme assise à quelques mètres de moi sirote bruyamment une boisson énergétique chocolatée. Ai immédiatement envie de prendre la bouteille et de la jeter par la fenêtre.
06h34 : Est monté dans mon compartiment un gros bonhomme qui, à chaque bâillement, émet une odeur fétide. Me demande si je ne vais pas changer de banquette, moi.
06h55 : Me voilà dans le hall de Bruxelles Midi. Dois être le premier. Le Thalys ne démarre qu’à 07h40. Vais aller fumer une cigarette dehors, et manger un petit pain.
06h56 : Hé, mais c’est plein de jolis gars disponibles ici ! Ai eu droit à deux superbes sourires de deux mecs over-mignons sur deux cents mètres. Bon, allez, ça n’engage à rien bien sûr, mais ils n’étaient obligés de me sourire aussi gentiment, surtout à cette heure matinale. Me sens bien, tiens !
07h05 : Petite papote avec Aline arrivée entre-temps. Discutons de la difficulté néo-urbaine d’abandonner ses amis les animaux, à la merci du bon vouloir de celui que nous avons désigné pour les nourrir durant notre absence. Discutons aussi de nos ex respectifs qui ne nous valent évidemment pas et ne retrouveront jamais des êtres aussi exceptionnels que nous.
07h25 : Arrivée de l’autre groupe. Enfin, une partie. Certains sont passés faire pipi et acheter des viennoiseries. Certes. Mais c’est pas un peu juste comme timing pour faire tout ça ? Balbette a l’air overbooké des gens qui organisent un voyage.
07h36 : Les derniers membres du groupe se pointent. Comprends assez vite à qui j’ai à faire.
07h38 : Note : en aucun cas ne prévoir d’activités communes avec ces gens-là une fois sur place.
09h00 : Arrivée Gare du Nord à Paris. Dans le métro, il y a des gardes armés jusqu’aux dents, sans doute dans le cadre du plan « Vigipirate ». Embarquement dans la rame en direction de Barbès – Château rouge.
09h30 : Avons trouvé l’hôtel sans trop de difficulté. Marche d’un pas décidé, tandis qu’une partie du troupeau reste à l’arrière. L’hôtel est pourri, le réceptionniste, un vieil asiatique, aussi aimable que Laurence Boccolini. En guise de salutations, nous avons droit à un : « OK ». Autre pays, autres mœurs.
09h35 : Sommes à cinq minutes du Sacré-Cœur. Chic chic chic !
10h00 : Le Sacré-Cœur s’avère aussi laid en vrai que sur les cartes postales. Art néo-byzantin kitshissime. La quintessence du style pompier. Mais tellement parisien, tellement incontournable. Photos. A l’intérieur, une myriade de touristes, une bonne sœur qui se signe en passant devant l’autel. Un confessionnal sur lequel des touristes font semblant d’avouer leurs pêchés. M’aperçoit avec horreur que c’est la Balbette et deux de nos « convives ». Vais me sauver avant que le vicaire ne se ramène et n’excommunie ces trois païens. Pas envie de m’attirer les foudres divines aujourd’hui, tiens ! Q.A. m’envoie un message : il a bien trouvé la clé dans sa boîte aux lettres. Fort bien, les brigands seront donc ravitaillés. De l’autre côté du monument, vue imprenable sur la ville lumière. Me plaît bien, ici… Punaise, qu’est ce qu’il fait chaud !
10h30 : Séparation officielle du groupe. Aline, son frangin, Sylvain Ier, un pote à lui, Thibaut, moi, descendons vers la ville. Passe devant le carrousel vu dans « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Photos.
12h00 : Après avoir marché d’un bon pas, avons atteint les galeries Lafayette, les « chères galeries » des Parisiennes. Pluie d’enseignes chiques de grands magasins : Dior, Chanel, Vuiton, Dolce & Gabana, Armani, Cartier. Orgie de luxe. Me demande si j’étais parisien si je viendrais souvent claquer mon argent ici. Oui. Ben oui, bien sûr. Dès que j’en aurais. Admiration devant le puits de lumière. Beau. J’ai faim.
12h10 : Arrivée au restaurant « panoramique » des galeries, au dernier étage. Vue sur l’opéra Garnier. M’offre une copieuse assiette de crudités. Paris oui, mais ligne aussi. Faut absolument faire disparaître ces kilos en trop que j’accumule comme d’autres thésaurisent leur magot. Faut que j’arrête de faire du gras !
13h : Coup de pompe passé, on s’en va. Zou, à l’opéra Garnier. Comique, des panneaux d’information électroniques informent les passants que la chaleur règne sur Paris. N’aurais jamais pu le deviner, sans eux. Conseils : se tartiner de crème solaire (Zut ! Dans mon sac dans la consigne de l’hôtel. Enfin, consigne est un grand mot, plutôt dans un petit coin de la réception, pas du tout sécurisant, ça…), se couvrir la tête (Vais mettre un haut-de-forme. Sacrés Français !) et porter des lunettes de soleil. J’en ai ! Esprit, en plus, les lunettes. Un sur trois, c’est pas si mal.
13h14 : Devant le palais Garnier. Beau. Programmes sympas pour la prochaine saison ! Me demande si je vais pouvoir m’offrir une petite escapade de vingt-quatre heures cet hiver. Ca me ferait plaisir, ça. Voudrais visiter l’intérieur. Sur le parvis, quand on s’approche trop de l’entrée et qu’on y traîne trop, deux vigiles nous invitent poliment mais fermement à nous diriger vers la sortie.
« - Monsieur, la sortie c’est par là.
- Oui, mais je voulais juste…
- Vous ne pouvez pas rester là, monsieur. »
Rentre dans le bâtiment pour l’embêter et blesser son orgueil de mâle dominant. Admire ce temple de la bourgeoisie du grand siècle. Beau aussi. Mais faut pas croire que tout est beau, à Paris, même si j’ai l’air de l’insinuer. A commencer par les odeurs. Pas étonnant qu’on vende du parfum à tous les coins de rue dans cette ville, ça schlingue partout. Et il y a des nuances dans la puanteur : l’odeur de poisson pourri, l’odeur des gaz d’échappement, l’odeur de transpiration des badauds. Vais discrètement me filer un petit coup de déodorant.
14h : Place Vendôme. L’ai déjà vue. Pas top. Mais ça aussi, c’est Paris. Troupeau de pétasses, la démarche empruntée à Naomi Campbell, l’air prétentieux aussi. Suis sûr qu’en vrai, elles habitent dans un deux pièces pourri en banlieue, et que là elles jouent juste un rôle. Enfin, presque certain. Puis on s’en fout, j’vaudrais toujours mieux qu’elles !
14h30 : le jardin des Tuileries. Fraîcheur à l’ombre des… arbres (N’ai aucune idée de leur marque, disons des platanes). Granita à la framboise. Au diable le régime et mes bonnes résolutions. De toute façon, avec ce que j’ai déjà sué depuis ce matin ! Une douce torpeur m’envahit…
14h58 : Remise en marche, progression vers le Louvre. Le Louvre !! Youpie !
15h03 : Pause repos.
15h04 : Remise en marche.
15h10 : Pause repos. Dégouline.
15h15 : devant le Louvre. Magnifique. Somptueux. Prodigieux. Emouvant. Du haut de ces pyramides, des siècles nous contemplent. Wahooooou ! Trop beau ! (Là c’est du lourd, warning !). Suis tout fou. Le plus grand musée du monde. Mais de l’extérieur, on ne dirait pas que c’est un musée. Ce qui émane de l’édifice, c’est la puissance d’un régime ancien, la puissance du roÿ de France ! Suis tout fou, cherche à réaliser la photo parfaite. Finit par obtenir un résultat satisfaisant.
Et on aperçoit la Tour Eiffel aussi, de l’autre côté. Suuuuuuper ! Suis content.
15h30 : Pyramide de Pei. Beau. Comme quoi, les grands travaux du premier septennat de Mitterrand, ça a porté de beaux fruits.
15h40 : Pyramide inversée, en sous-sol. Moins beau. Croise des Américains armés du Da Vinci Code. Un pèlerinage, en quelque sorte. Drôle.
15h57 : M’assieds le long de l’aile Dunon, à l’ombre. Bouquine un peu. Délicieux instant. Ai complètement oublié les soucis du boulot. Me sens en vacances. Elévation de l’esprit. Dommage qu’on ne soit pas en hier, j’adore les city-trip par 0 / -5 degrés Celsius. Ca serait quand même plus chic, Paris, engoncé dans mon super manteau Hugo Boss (Suis né pour porter de l’Hugo Boss, moi...).
16h30 : Retour à l’hôtel avec Aline. Laissons les jeunes gens entre eux. Me débrouille comme un chef dans le métro. Admire les Parigots qui ne se tiennent pas comme les naufragés du radeau de la Méduse sur à une barre, qui lisent même en portant trois sacs à dos et qui ne tombent même pas. Vais essayer discrètement, tiens ! Me casse presque une dent. Recommencerai plus tard.
18h00 : Après avoir découvert la chambre (Beeeeeeeeerk ! Mais c’est que pour dormir et se rafraîchir, finalement, donc pas grave… ), prends une bonne douche.
18h25 : une de nos accompagnatrices, Nancy, me lit un mail de son patron reçu sur son Bloody Mary, ou un truc du style, je sais pas quoi, c’est un téléphone portable très perfectionné en fait : « J’ai rêvé que tu montrais ta queue à mon ex. Je ne savais pas qu’on était si proches. » Finalement, je prendrais bien aussi un Bloody Mary.
18h26 : « Tous ensemble » autour d’un verre (Les boissons sont hors de prix à Montmartre!) sur la terrasse d’un petit bistrot typique, genre « Les triplettes de Belleville ». Il ne manque qu’Yvette Horner et son accordéon. Grandes retrouvailles. Tout le monde raconte sa petite journée. Moi j’m’en fous. Introspection, mais pas trop. Les membres de l’autre groupe me déplaisent souverainement. Il y a là deux couples de beaufs, exemplaires ! Les deux bonnes femmes, surtout. Hormis leur différence d’âge, la couleur de cheveux et la teinte de la peau, on jurerait les mêmes. Bien en chair (Pas grave !), le visage vulgaire (Pitoyable !), les yeux dans le fond desquels on pourrait voir l’express de 27h68 passer (Mais quelles plaies !), une moue dédaigneuse au bord des lèvres (Vomitif !). Comment dire… J’peux pas ! Je croise leur regard, j’ai envie de les secouer.
Hum !
Passons à autre chose. Un Perrier citron !
19h15 : Promenade à Montmartre. Arrêt chez un bouquiniste sympa. Achats. Pas bien.
19h45 : Retour à l’hôtel. Mets une petite chemise chique de chez Springfield pour dîner dans un lieu « mythique » de Paris : « Chez Michou ».
19h46 : Cette chemise est affreuse, chiffonnée. Je vais pas y aller.
20h00 : Me suis finalement laissé convaincre. Une chemise froissée ne tuera personne. Puis je connais personne ici, donc ma réputation restera sauve.
20h14 : Devant « Chez Michou ». Un couple constitué d’un transsexuel et d’un mec très laid, mais alors laid de chez laid, vient de rentrer dans l’établissement.
Il est encore temps de ficher le camp. Envie de crier : « Aaaaaaaaaaaaaaah ! Sauve-toi ! »
20h15 : Suis quand même entré. Jusqu’ici, tout va bien.
20h16 : J’ai faim ! Oh cool ! on a une table juste à côté de celle du couple susmentionné. Encore heureux que les couples ringards sont pas venus.
20h17 : Me rends compte avec violence que Largo et Cambouis me manquent. Ah, on apporte les apéros. Tiens, les serveurs ont déjà mis leurs faux-cils et leur maquillage.
20h18 : Pas mauvais, ce petit cocktail. Un subtil dosage de champagne, de jus d’orange et de Grand Marnier.
20h20 : « Vous nous mettrez une bouteille de Bordeaux, et un bon petit rosé. »
20h30 : Entrée : tomates mozzarella. Bon. Un petit verre de rosé, là-dessus. Comiques les serveurs. Ils papillonnent autour de tout ce qui porte un pantalon. Adorables. Mais pas un physique facile. Moyenne d’âge : 45 ans, je dirais. Bah ! C’est bon enfant, finalement, cette cour des miracles. Ca c’est Paris, aussi.
20h50 : un serveur trouve que « je fais la gueule ». Ca doit être mon fameux air : « on a pas gardé les cochons ensemble ». Peine perdue, ils sont très familiers. Petit doigt du serveur pour me faire esquisser un sourire sur le bord du visage. Ne pas mordre. Je souris.
20h51 : Plat : souris d’agneau avec des petits légumes. Bon. Passe au rouge. Sympathique, ce Bordeaux.
21h00 : Qu’est-ce qu’on s’amuse ici ! Entouré de mes amis.
21h30 : J’ai eu droit à un bisou du serveur pour avoir bien mangé toute mon assiette. Qu’il est gentil ! Un petit coup de rouge, tiens.
22h00 : Le brie qu’ils ont servi ne doit pas avoir vu le frigo une seule fois de sa vie. Il va sûrement entamer un numéro de music-hall sur mon assiette. N’y touche pas. Rien que l’odeur me rappelle l’odeur des ordures chauffées à blanc par le soleil à la station Barbès tout à l’heure. Je redoute une remarque de mon ami le serveur.
22h09 : Non, finalement, il s’est abstenu. J’ai bien insisté sur le fait que j’étais vraiment désolé.
22h30 : le spectacle commence.
00h30 (On est déjà demain !) : Ben fortiche, leurs numéros. On a eu droit à une imitation de Madonna, de Marilyn Monroe (Pas pensé à vérifier si l’artiste avait poussé le mimétisme jusqu’à adopter les orteils crochus), de Jeanne Moreau, de Liane Foly, de Dalida, de Céline Dion, de Charles Aznavour (Je sais, c’est un mec, me pose plus de question…), de Zizi Jeanmaire, j’en passe. Aaaaaah, quelle belle soirée ! Ils savent y faire, à Paris. Ah ça, c’est pas des ploucs ! Aaaaaaah !
00h31 : Aaaaaaaah l’addition ! On laisse à nous cinq cinq cents euros sur la table.
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