lundi, 12 janvier 2009

Burn after reading

Comédie américaine (2008), réalisée par Ethan Coen, Joel Coen, avec John Malkowitch, Frances McDormand, George Clooney, Tylda Swinton, Brad Pitt, J.K. Simmons

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Du ryhtme, du savoir-faire et du plaisir. Le menu du dernier film des frères Coen est aussi bon qu’il en a l’air.

Osbourne Cox a fait les beaux jours du renseignement américain, mais les temps ont changé, et le voilà mis au placard. Miné par la colère, un petit problème d’alcool dans la peau, voici qu’Osbourne décidé d’écrire ses mémoires. Son épouse, une pédiatre revêche, le trompe avec un type, qui fabrique des chaises à bascules pour sa femme auteure de livres pour enfants à succès (L’auteure, pas les enfants). Puis Osbourne finit par égarer la disquette sur laquelle il a enregistré ses écrits. Elle tombe entre les mains de gérants d’un centre de gym, qui se disent qu’ils pourraient faire chanter celui qu’ils croient être un agent détenteur de secrets d’Etat de premier ordre.
Mais dans le pays merveilleux du cinéma, il arrive que tous les personnages soient des crétins. Qui ne comprennent rien à rien. Qui n’écoutent pas. Qui travestissent un peu la vérité. Qui n’aiment pas trop payer les conséquences de leurs actes.

Sur un air de dérision, voici une comédie extrêmement bien maîtrisée, avec son lot de bizarreries et d’humour noir sortis d’on ne sait où. L’imagination révolutionnaire des frères les plus en vogue du moment après les Dardenne et les Kaczyński émulsionne les particules de nos petits cerveaux trop peu stimulés. Sans se la jouer censeur du monde, non plus. Ce qui prouve qu’attraper la grosse tête n’est pas inéluctable. Ce qui prouve qu’on peut donner du plaisir aux gens sans être moins talentueux ou exigeant.

Outrageusement folichon, Burn after reading me semble lorgner du côté de Billy Wilder, un autre qui passait du noir très noir au comique « glauque » (Il faudrait trouver mieux, mais j’ai la flemme. Glauque, ce sera très bien …). Tiens, finalement, n’y aurait-il pas un lien de parenté entre celui-là et les frères ?

jeudi, 08 janvier 2009

Le Festival de Cannes - Frédéric Mitterrand

Ce livre a un jour atterri chez moi, il a toute une histoire, et je me suis senti le devoir de le lire. Non pas parce qu’il m’intéressait, non pas parce qu’il promettait, mais simplement parce qu'il avait été offert à mon père, et que le geste m’avait touché. C’était une collègue de mon Père qui le lui avait donné, pendant une hospitalisation. C’était le don d’une personne qui souffrait à une autre personne qui souffrait. Cette collègue est aujourd’hui décédée. Papa a tenté de lire, ce bouquin, puis a arrêté, parce qu’il a le bon sens d’arrêter une lecture quand elle lui déplait, à l’inverse de moi. Et puis, j’avais besoin que ce livre n’augmente pas le volume incommensurable des livres non lus. Un livre non lu est un livre qui n’a pas d’essence, ni d’âme. Il n’est qu’un objet. Il fallait que celui-ci en est une.

Un cadeau, c’est de l’espoir.
Ce livre, c’est le désespoir.

C’est le crépuscule d’un faux modeste qui a beaucoup aimé le cinéma. Alors il plante sa plume dans le sable de la Croisette, le temps de jouer les présidents d’un jury d’enseignants à l’édition 2006 du Festival. Ses impressions se répartissent dans la gamme des tristes, des misérables, des insignifiantes. Il focalise son attention sur des souvenirs volontairement crasseux, désabusés. Le spleen est son fond de commerce, le dégoût le parfum de son infusion dans laquelle il trempe des tas de petites madeleines, homo-érotiques toujours. Des fantasmes où le fils d’Erol Flynn joue le rôle de sa vie, où Brad Pitt revêt des frusques de gigolo affectueux, quelle pauvreté d’imagination.
Il faudra bien penser à s’ennuyer pendant que les autres s’amusent, surtout. La mélancolie sied bien à ceux qui n’ont rien à raconter. A l’ombre du père, pour commencer. Le fils Flynn, donc, qui n’a su respirer à l’ombre du gargantuesque père. A l’ombre de la mère, en guise d’épilogue, le fils d’une actrice italienne, j’ai oublié qui, ça m’ennuie de penser à ça. Mitterrand veut se le faire. Il veut se faire tout le monde, il aimerait qu’on l’aime. Raté.

Mais ce livre ne serait plus le désespoir grâce à un tour de magie de ma composition. Il suffirait d’attendre qu’il fasse plaisir à quelqu’un. Qu’on l’offre encore. Ou qu’on l’oublie sur la banquette d’un bus, avec un post-it posé dessus, où l’on aurait écrit : « Lisez-moi. » Que quelqu’un le lise et pense : « Mais c’est merveilleusement bien écrit ! », ou : « Quelle émotion ! »

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Mitterrand Frédéric, Le Festival de Cannes, Editions Robert Laffont, Paris, 2007

mercredi, 31 décembre 2008

2008

En 2008, j’ai aimé finir Moby Dick, me promener sous la pluie, voir renaître les belles choses, vivre avec mon B.Q., découvrir la régénération de X-Files, déguster les délices des thés Mariage-Frères, parcourir l’exposition Cranach à Londres, marcher à Londres dans le froid et admirer les vitraux de Westminster traversés par le soleil de février, dormir sur mes deux oreilles, grimper sur la grande roue de la Place Sainte-Catherine, Bruxelles à mes pieds, écrire, caresser Cambouis, sauver Largo d’une explosion interne, m’échapper dans l’après-midi, retrouver du boulot, être là où j’en suis, me souvenir de Venise, chercher des vieilleries dans les caisses des revendeurs de bandes dessinées, courir le long de la Meuse, quitter Namur, placer mes livres dans une nouvelle bibliothèque, m’extasier devant les peintures de Séraphine de Senlis, écouter Maria Stuarda à Liège, laisser mijoter la ratatouille, manger des sushis, des sushis et encore des sushis, faire pleurer de joie ceux que j’aime, accompagner M. à Gand, puis subir par sa faute un film russe tourné à Charleroi, dire du mal de ceux que je n’aime pas, dire du bien de ceux qui le méritent, lire de l’Alexandre Dumas au lit, me goinfrer de Ben & Jerry’s, sourire même quand la situation ne s’y prête pas, tirer des plans sur la comète, admettre que l’optimisme est aussi une voie comme une autre, ne pas plaindre les actionnaires d’avoir perdu tout leur argent en ne faisant rien tout comme ils s’enrichissaient en se tournant les pouces, assister de loin et avec ferveur aux élections des USA, transir devant le dernier Clint Eastwood, accompagner mon neveu au cinéma et le voir happé par les images à peine entré dans la salle, me vautrer dans la fainéantise et prendre mon pied, me lever à 5h30 pour réaliser des revues de presse, m’émerveiller devant l’élégance de Max Ophuls et la prose de Maupassant, m’indigner contre tout ce qui n’est pas juste, purger mon cœur de certaines rancœur, jouer avec Tristé, revoir Paris, siroter de la soupe de poisson dans le froid, rouler à vélo dans Bruxelles, habiter à deux pas de Filigranes, chérir sans leur dire mes amis, prendre et puis jeter ce blog, lui dire au revoir puis le retrouver en lui reprochant de déjà être trop vieux, penser à tous ces boulots affreux qui j’ai enchaîné avant et me réchauffer le cœur en contemplant ce que j’ai obtenu, rire grâce à Tina Fey, ne quasiment rien acheter en vêtement et attendre l’année prochaine, éructer devant les outrages de Catherine Tate, écouter Once.

En 2008, je n’ai pas aimé Cloverfield, Bernard Werber, me demander si on avait bien fait d’emménager dans un loft humide et blanc, assister impuissant à la croissance des chiffres du chômage, sauver Largo d’une explosion interne, me goinfrer de tout ce qui contient du chocolat et du gras, être déçu par la fin de Carnivàle, me dépêtrer de tracasseries administratives interminables, attendre les nouvelles, m’ennuyer dans les théâtres bruxellois, trouver la portière arrière gauche de ma voiture défoncée et entendre mon assureur refuser de m’assurer tandis qu’il frôle la faillite, avoir peur sur l’autoroute, ne plus supporter les caprices de tout le monde, imaginer Sarah Palin vice-présidente des Etats-Unis, me couper du monde, avoir raté l’exposition Bacon à Londres, m’engueuler avec mon B.Q. dans cette même ville, les deux voyages de B.Q. au Mexique, voir l’exposition sur la Piéta de Michel-Ange à Bruxelles, me contraindre aux horaires farfelus de M., devoir gérer des annulations intempestives, constater qu’il y aura jusqu’à mon dernier souffle des contrariétés auxquelles il n’y a rien à faire.