vendredi, 20 février 2009

Frost/Nixon

Film américain (2008), réalisé par Ron Howard, avec Michael Sheen, Frank Langella, Kevin Bacon, Rebecca Hall

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Frost/Nixon est au cinéma américain ce que The Queen est au cinéma britannique. Ces deux films, outre qu’ils partagent la même tête d’affiche, Michael Sheen, déploient un grand talent dans la mise en scène de la description de l’humain au cœur de la puissance. La confrontation entre un présentateur en quête de reconnaissance et un président des Etats-Unis démissionnaire en quête de compassion et de respect , c’est un sujet auquel il aurait paru étonnant de voir se frotter Ron Howard, le réalisateur de films insipides et parfois navrants. C’est pourtant avec les honneurs qu’il s’en sort et en réalité brille, livrant un film excellent, subtil et intelligent.

Après avoir démissionné de son poste de président des Etats-Unis après six années passées au pouvoir, Richard Nixon vit dans une belle maison californienne avec son épouse et son entourage. L’homme est malmené, décrié, et souffre de cette image de démon qui lui colle à la peau depuis l’affaire du Watergate. Un homme rêve d’exploiter le filon extraordinaire qu’il représente. C’est David Frost, un animateur britannique de variétés. Une interview de Nixon pourrait faire de Frost une référence dans le monde de la télévision. Pour Nixon, c’est l’occasion de redorer son blason, et d’encaisser du cash ; l’argent a plus que son importance pour ce renard chafouin. L’interview aura bien lieu.
Besoin de pouvoir. Nixon l’a perdu, Frost estime ne pas en avoir encore assez. C’est une course pour l’honneur auxquels les deux hommes se livreront.

Et c’est un vrai sommet du genre que réalise Ron Howard. Sans emphase, sans enfantillage, sans simplisme. Tout est dans la nuance, dans la classe et le style, celui du thriller politique, certes, mais de ceux qui se passent sans course-poursuite ou complot. L’affaire du Watergate était avant tout une histoire assez banale de malhonnêteté et d’âpreté au gain : c’est parce qu’elle touchait à des sphères si élevées qu’elle est devenue emblématique, et que chaque scandale est aujourd’hui affublé du suffixe : « gate ». Ron Howard en a capté toutes les implications, et les restitue avec force. Peut-être parce que le sujet l’intéressait, finalement. Les anges, les démons et Léonard de Vinci, est-ce vraiment ce qu’il comprend, ce qu’il aime, ce qui le fait vibrer ? La politique américaine, n’est-ce pas là sa passion ? Frost/Nixon tend à le démontrer.
Frost/Nixon est un temps fort de ce début d’année. Mieux : il résistera au temps. La prestation des deux acteurs principaux, laisse sans voix. Celle, extraordinaire, de Frank Langella surtout. Dorénavant, pour se remémorer l’image de Nixon, on pensera à lui d’abord, avant de faire l’effort d’imaginer à quoi ressemblait vraiment l’original. Un Oscar ? Sûrement pas, mais qu’importe.
Et, pour parachever ce petit miracle de cinéma, l’agenda de sa sortie ne pouvait être plus judicieux. Frost/Nixon débarque dans les salles au début d’une nouvelle ère, celle qui succède à huit ans d’administration Bush. Pas besoin d’en dire plus. Le silence est d’or.

mercredi, 04 février 2009

Louise-Michel

Film français (2008), réalisé par Gustave de Kerven et Benoît Delepine, avec Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, Mathieu Kassovitz, Philippe Katherine, Francis Kuntz

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Louise-Michel annonce la couleur ; le film ne flirte avec aucun consensus, ne tolère aucune compromission. Il ne s’agit pas d’un nouveau biopic sur la vie de la pasionaria des masses prolétaires du XIXe siècle : c’est une référence, un hommage, mot tant à la mode, qui autorise en fait le plagiat ou le pillage, c’est selon. Voilà au moins un des rares mérites de ce triste mélange lourd dingue d’extra-méga-gauche ; Louise Michel, la vraie, aura servi de maître à penser, ou de muse.

Pour le reste, il faudra bien avouer que c’est parfaitement imbuvable. Se rattachant à un courant de films mixant avec plus ou moins de bonheur le drame social, la fantaisie, le surréalisme et le cynisme, Louise-Michel va aller se perdre sur des sentiers le long desquels il faudrait refuser de les suivre. Le seul aspect à sauver, c’est sans doute le portrait au vitriol des grands patrons, tous un peu voyous, dans le fond, si l’on en croit le couple Gustave de Kerven et Benoît Delepine, deux anciens Grolandais. Et le contexte actuel de leur donner mille et une fois raisons. Les salariés jouent aux dindons de la farce. Ce n’est pas drôle. Or, ce qui n’est pas drôle fournit souvent la meilleure matière première de la comédie.

Vous avez dit comédie ? C’est en tout cas sous cette dénomination que l’on nous a vendu la chose. Bien sûr, le qualificatif « social » permet de prendre des libertés et de donner un poids à ses propos. Or, la comédie n’est pas drôle. Ce n’est pas fin, ce n’est pas vraiment grossier, ce n’est pas extrêmement choquant ; un journal télévisé de 19h30 m’offusque bien plus. Ce n’est pas non plus « bien trouvé ». Finalement, le scénario est assez indigent, et tire des ficelles usées jusqu’à plus soif. Des pauvresses du Nord qui perdent leur job à la suite d’une délocalisation sauvage et hypocrite, et qui engagent un tueur à gages (maladroit) pour dégommer les responsables, on a l’impression de l’avoir déjà vu, lu, entendu.

Les rebondissements, alors, l’histoire, les personnages ? Les personnages sont indéfinissables. Des caractères répugnants, des losers cauchemardesques, des affreux jojos. Et patatra ! Voilà Yolande Moreau qui se prend les pieds dans le tapis, avec son jeu « cross-over » entre les Deschiens et Groland. Puis notre gloire nationale, Bouli Lanners, pas mauvais, accompagné du guest incontournable pour qui dit « provocation » : Benoît Poelvoorde, qui reconstitue dans son jardin de camping les attentats du 11-Septembre. Ca devrait nous faire rire (jaune), mais non, ça nous afflige.

Gustave de Kerven, Benoît Delepine, Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde ; toute une petite famille qui aurait dû donner le meilleur d’elle même, mais qui répète ce qui existait déjà. Louise-Michel se veut décapant, un concentré de vitriol. Il n’en est rien. Il s’agit d’un film qui rumine une envie de révolte, mais qui ronronne comme un vieux chat mou plus très agressif.

Oui, certes, « en ces temps de crise », comme on l’écrit souvent, un film de cette trempe peut réveiller les consciences. Mais il en faut plus, plus que des méchancetés gratuites et inoffensives, pour faire changer les choses. Etait-ce vers cela que Louise-Michel tendait ? Si non, alors cela prouve l’indigence de l’anarchie, qui brasse surtout du vent. Si oui, il y a de quoi être perplexe.

vendredi, 30 janvier 2009

Australia

Drame australien (2008), réalisé par Bazz Luhrmann, avec Nicole Kidman, Hugh Jackman, David Wenham, Ray Barrett, Bryan Brown, Tony Barry, Jamal Bednarz-Metallah, Damian Bradford, Tara Carpenter, Rebecca Chatfield

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Australia, c’est le grand personnage du film, tout le reste n’est que bruit et prétexte. Du coup, on pourrait craindre un vide de scénario. Oui, un peu ; il y a plein de films dans ce film, qui ne cohabitent pas forcément bien les uns avec les autres. On pourrait aussi redouter un manque de rigueur et de retenue de la part de Barz Lurhmann. Oui, en effet, c’est très chargé. On pourrait craindre la guimauve. Oui, indubitablement, « Somewhere over the Rainbow » se décline sous tous les tons, sous toutes les formes, sous toutes les coutures. Et pourtant, ça fonctionne. Le film vole, grâce à la Kidman ; il y a toujours moyen de tirer quelque chose d’intéressant de cette folle, malgré les nombreuses retouches chirurgicales qui commencent malheureusement à la transformer en une poupée de cire inquiétante.
L’épique, le glorieux, la bravoure, le panache, le mélo et les grands déserts : on s’amuse finalement beaucoup à suivre la love story entre le gardien, joué par « sexy » Jackman et la petite noble coincée, la Kidman, qui prennent sous leur aile protectrice un jeune Aborigène que des Autorités mal intentionnées veulent kidnapper à rééduquer. Fichue génération volée…
Le tout sous le regard bienveillant d’un gardien de la tradition aborigène, magicien et justicier à ses heures perdues. Pourquoi pas ? Ici, tout est permis. C’est l’Australie.