jeudi, 02 avril 2009
Ricky
Film français (2008) réalisé par François Ozon, avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez

Imaginons un instant que des ailes commencent à pousser dans le dos d’un enfant en bas âge. Imaginons qu’il apprenne à voler. C’est à partir de ce postulat fantaisiste que François Ozon a réalisé Ricky, en plantant son récit dans une banlieue française triste. Katie élève seule sa petite fille, passe ses journées grises à la chaîne d’une usine aseptisée et dors dans un canapé-lit inconfortable. Cette vie pue la dèche. Arrive un beau jour Paco ; les deux se plaisent, entament une liaison, de laquelle naîtra Ricky, un petit monstre braillard attendrissant. Sa demi sœur oscille entre jalousie et élan protecteur, Paco s’éloigne peu à peu, Katie souffre. Cette vie puera toujours autant la déprime, désolé Ricky.
La mayonnaise ne prend pas pour le nouvel Ozon, malgré des ingrédients intéressants pris un par un. Le réalisateur, inventif comme à son habitude, lance le jeu par une scène où Alexandra Lamy (Kathie) apparaît, exténuée, à bout de nerf. Elle s’adresse à une assistante sociale, et déclare qu’elle ne s’en sort pas, qu’elle veut se séparer de son fils, qui pleure tout le temps, qui est difficile. Puis déboule un laconique : « Deux ans plus tôt ». On sait donc qu'il y a un drame, abandonnons à l’entrée tout espoir ; s’il est question d’ailes, il n’est pas question de liberté. Cette liberté est en négatif, on n'en parle pas mais on la pense sans arrêt ; ou aimerait gratter les couches et trouver, sous le béton, l’herbe verte.
Il y a, et c'est le meilleur du film, cette utilisation, ce chant lexical puissant de l’envol, de l’aile protectrice. Il faut voir cette famille recomposée bâfrer sur un poulet bien gras, dont on imagine plutôt que l’on voit les os se briser, la peau se déchirer, les chaires se faire broyer, il faut voir cela pour comprendre que de cet endroit on ne s’envole pas.
François Ozon adore le conte. Il tente, longtemps après Les Amants criminels, de concilier réalité et merveilleux. C’est un peu Ken Loach au pays de Tim Burton, ou Rosemary’s Baby filmé par les frères Dardenne, ou bien encore les contes de Perrault illustrée par des croquis de procès. Innovateur, certes, mais peu efficace. Ricky a l’austérité d’un téléfilm autrichien. En contrepartie du réalisme des personnages aux gueules dévastées par la nécessité, de ces combats humiliants pour obtenir une petite part de dignité, le fantastique des ailes de Ricky ne donne rien.
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mardi, 31 mars 2009
Il Divo
Film italien (2008), réalisé par Paolo Sorrentino, avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Fanny Ardant

Il est un homme qui ne dort pas en Italie, et qui consomme des aspirines plus que de raison. C’est Giulio Andreotti. Sa vie, ce sont les affaires de l’Etat. Ou plutôt les affaires tout court. Autour de lui gravitent des satellites nommés mafia, Cosa Nostra, Vatican.
Andreotti connaît par cœur les ressorts d’une politique italienne que l’on sait accablante. Les pots de vin sont légions. Tout homme s’achète, ou se vend, et tout cela dans une ambiance ou naïveté et cynisme, indifférence et goût du sang se côtoyent, se mélangent, et enfantent des affaires malhonnêtissimes incontournables. Faut-il avoir les mains sales pour entrer dans le gouvernement d’Andreotti ? Ou bien apprend-t-on à les salir à son service ?
Il Divo, réalisé par le Napolitain Paolo Sorrentino, s’attache aux dernières années de la vie politique active de cet homme, et s’empare de la très douloureuse question de la démocratie italienne. Confisquée par d’horribles grigous qui la ridiculisent à l’intérieur comme à l’extérieur, noyautée par des organisations criminelles de tous poils, l’Italie s’empoisonne. Ce film illustre cet état de fait sur le mode de la dérision, tout en tressant une couronne d’orties fraîches à Andreotti et la Démocratie chrétienne.
La mise en scène, virtuose et grandiloquente, très esthétique, interpelle pendant environ cinq petites minutes, puis lasse. Le sujet, définitivement, ne s’y prête pas. L’approche trop moderniste vire même par moment à la frime, au bling-bling d’avant-garde. On se croirait parfois dans un sketch des Guignols de l’Info. Pastiche volontaire ou maladresse dû à un sujet qui finit par échapper à tout contrôle ?
A la fin, un sentiment de vive irritation submergera sans doute le spectateur, qui n’aura pas tout compris de ce qu’il vient de voir, mais qui sortira néanmoins de la salle avec l’essentiel : une vive inquiétude concernant ceux qui nous gouvernent. En aiguisant le sens critique du spectateur, Il Divo se sauve lui-même du néant dans lequel sa forme risque à chaque instant de le plonger. Cet équilibre instable, improbable et pourtant réussi, vaut à lui seul le coup d’œil.
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lundi, 16 mars 2009
Valkyrie
Thriller historique (2008), réalisé par Bryan Singer, avec Tom Cruise, Kenneth Branagh, Carice Van Houten, Bill Nighy

Ces gens, dont parle ce film, ont voulu tuer Hitler. Au nom de la résistance à la barbarie du régime nazi ? Moins qu’en raison de l’imminence de la chute et de l’humiliation de l’Allemagne. L’opération qui échoua portait le nom de Walküre. On s’en souvient aujourd’hui outre-Rhin comme du Staufenberg-Attentat, du nom de son principal instigateur.
Disons que les comploteurs nourrissaient un mépris profond pour cet homme de rien, sorti du néant pour engloutir le Reich dans l’abîme de la folie.
De ce complot contre Hitler, on a voulu tirer un film. Avec Tom Cruise en Graf von Staufenberg.
Il en ressort une impression d’amateurisme et d’à peu près déroutante. Même si l’on considère qu’il ne faut pas être d’une précision maniaque dans la réalisation d’un thriller, même historique, on demeure en droit de se demander dans quelle mesure on peut dire, écrire ou filmer n’importe quoi sur les évènements de la Deuxième guerre mondiale.
Pour preuve, il est difficile de savoir quel est le titre exact du film, et plus encore s’il est correctement orthographié ou non. Et ce n'est qu'un exemple. Le reste est de la même eau.
En allemand : die Walküre
En français : la Walkyrie (Selon Le Petit Larousse 2003)
En anglais : the Valkyrie
La Walkyrie est la deuxième partie de la Tétralogie de Wagner.
20:13 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


