mardi, 04 novembre 2008

Est-Ouest

Mon petit Ange traverse la nuit, endormi, tandis que le jour m’éclaire et que je vois le soleil timide de novembre, ses voiles nuageux nimbant le ciel bleu pâle. Il n’y a pas de vent, il fait froid, et je souris à la pensée que ce soleil rejoindra, en parcourant sa course éternelle, l’autre côté de la terre, lent, si lent, tandis que moi je n’ai qu’à penser à mon Ange pour le sentir contre moi.
Il fera noir chez moi ce soir, pendant que la journée démarrera là-bas. Le ballet du jour et de la nuit a moins de poids, que mon amour pour toi.
En moi il y a un feu qui veille, qui veille et qui veille encore, qui me réchauffe mieux que le soleil.

mardi, 21 octobre 2008

Le Portrait - Iain Pears

Le Portrait, de Iain Pears, est un roman à la psychologie racée. La profondeur de l’analyse émotionnelle des deux protagonistes, le portraitiste et le modèle, prête à l’admiration. Pourtant, le style y va par petites touches, tantôt impressionnistes, tantôt symboliques, parfois encore carrément expressionniste. Ne pas trop en dire sans verser dans l’incompréhensible ou l’opaque, ne point trop dissimuler sans céder au piège de la platitude. Peindre le portrait de l’un, critique respecté en Grande-Bretagne, laisser parler l’autre, le peintre solitaire. Sur une île franco-anglaise battue par le vent et la pluie, où les tempêtes se déchaînent souvent, où les gens sont frustres comme le roc, voici la rencontre de deux anciens amis, brouillés par d’anciennes histoires, des secrets et des humiliations mal digérées. Beaucoup plus mal qu’on ne le soupçonnerait dès la première ligne. Le premier chapitre s’appuie sur de chaleureuses retrouvailles, traversées par des fulgurances d’animosité. Le dernier chapitre s’articule autour de la haine, traversée à son tour par de brefs sursauts de tendresse, ou de nostalgie. Entre les deux, la montée en puissance de la vengeance et de la rancœur, au fur et à mesure que se poursuit la réalisation du portrait.

Iain Pears, après deux épais romans d’une qualité indéniable, Le Cercle de la Croix et Le Songe de Scipion, a écrit avec Le Portrait un roman court extraordinaire, en forme de monologue. Pour renforcer l’artifice, le peintre, maniant le pinceau, manie en même temps le verbe, et nous raconte leur histoire commune, au critique et à lui. Ainsi se dessine un piège qui lentement se referme, tant sur le portraituré que sur le lecteur.
Plaisir de lecture et qualité de l’intrigue sont les maîtres mots de ce Portrait.

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Pears Iain, Le Portrait, éditions Belfond (2006), réédité aux éditions 10/18, Collection Grands Détectives, Paris, 2007

lundi, 20 octobre 2008

Un Bateau pour l'Enfer - Gilbert Sinoué

1938, Allemagne. La Nuit de Cristal, « déclenchée » par l’assassinat du conseiller d’ambassade von Rath à Paris par Herschel Grynszpan, vient d’avoir lieu. La Nuit de Cristal, Reichskristallnacht, est en réalité l’œuvre du ministre de la Propagande, le nazi Joseph Goebbels : les SS, les SA, les jeunesses hitlériennes, la Gestapo, tout ce que le peuple, l’armée et les autorités allemands comptent d’excités vont déferler sur les synagogues, les quartiers et les habitations juifs. Les réactions de la communauté internationale seront unanimes à condamner le pogrom.
Hitler, soucieux de tromper le monde et de parfaire l’image acceptable de sa politique d’épouvante, autorise les Juifs à quitter l’Allemagne, à condition d’abandonner tous les biens, et d’obtenir un visa en bonne et due forme. Ceux qui parviennent à remplir cet exploit, qui tient de l’impossible dans l’Allemagne du IIIe Reich, embarquent le 13 mai 1938 à Hambourg sur le S.S Saint-Louis, navire de luxe de la HAL, la Hamburg-Amerika-Linie, et arborant les drapeaux à croix gammée en guise de pavillon. 937 passagers juifs allemands, dont la famille ou des connaissances à l’étranger ont financé le voyage, persuadés d’échapper à la cruauté nazie, d’être des privilégiés à qui on a offert la chance d’entamer une vie nouvelle à La Havane, Cuba.
Or, de l’autre côté de l’Atlantique, personne n’est disposé à les accueillir, bien au contraire. L’opinion publique, à La Havane comme à Washington ou à Toronto, est hostile aux Juifs, dans un climat social difficile, où l’antisémitisme est monnaie courante. Aussi, le 23 mai, le capitaine Schröder reçoit-il un câble immanent du gouvernement cubain l’interdisant d’accoster. On menace de renvoyer le S.S Saint-Louis à Hambourg. Schröder tentera tout pour empêcher cette infamie de se produire, multipliera les contacts, suppliera. En vain. L’Amérique, du nord au sud, fera mine de s’apitoyer sur le sort des passagers, tergiversera mais ne donnera jamais son accord. Le bateau finira par faire demi-tour vers l’Europe. Grâce à des organismes internationaux d’aides aux réfugiés juifs, les Pays-Bas, la Belgique, la France et la Grande-Bretagne ouvriront, enfin, leurs portes. Seuls les 288 rescapés accueillis par la Grande-Bretagne échapperont à l’invasion, à la persécution, à la déportation et aux camps de la mort.
Le capitaine Schröder, après la guerre, fut arrêté par les Alliés. Les survivants, reconnaissant, témoignèrent en sa faveur, et permirent sa libération. En 1993, l’Etat d’Israël lui accorda à titre posthume le titre de Juste des Nations.

Cet épisode honteux, ce voyage vers l’Enfer de l’indifférence et du pragmatisme, Gilbert Sinoué le relate avec un talent de conteur incontestable. Sa vision humaniste le pousse à une rigueur scientifique dans la documentation de son livre : articles de presse, rapports officiels, archives, lettres des passagers et témoignages des survivants, journal de bord du capitaine Schröder…
Néanmoins, il est étonnant que l’écrivain ait choisi le genre de la « bio-fiction » pour traiter d’un sujet aussi lourd. Deux personnages fictifs, les seuls, ajoutent une charge émotionnelle qui n’était pas du tout indispensable, la vérité se suffisant à elle-même. Ni roman ni ouvrage historique, Un Bateau pour l’Enfer nage entre deux eaux, au risque de parfois se perdre dans un sentimentalisme superflu.

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Sinoué Gilbert, Un Bateau pour l’Enfer, éditions Calmann-Lévy, Paris, 2005