vendredi, 07 novembre 2008
Waltz with Bashir
Film israélien/allemand, réalisé par Ari Folman, avec Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag (Le Pacte)

Il est des films d’une maturité surprenante, qui indiquent que la prise de conscience générale de notre humanité et de notre manque d’humanité est en bonne voie. Et la prise de conscience peut précéder un processus d’amélioration. Et qu’y a-t-il de plus beau que de voir le genre humain s’élever vers d’autres idéaux ?
Mais avant de parvenir à ce niveau de béatitude, il faut affronter le passé, peuplé de démons plus ou moins graves. Celui qui agite Waltz with Bachir est gigantesque, effarant, absurde.
Ari habite en Israël, il est metteur en scène. Un soir, pluvieux et déprimant, un ami lui donne rendez-vous, et lui raconte un cauchemar récurrent qui le fait souffrir : il rêve qu’il est pourchassé par une meute de vingt-six chiens. Vingt-six, très précisément, c’est le nombre de chiens que cet homme a dû tuer au cour de la guerre du Liban. Le film s’ouvre d’ailleurs, pendant que le générique de début défile, sur cette poursuite de cabots enragés bousculant tout sur le passage. Ce contact déroutant amène Ari à lui-même rêver de cette période où il combattit dans l’armée israélienne au Liban. Il se voit immergé dans la mer face à Beyrouth, en compagnie de deux autres militaires. Commence alors une quête de vérité, de recherche de la lumière après plus de vingt ans d’obscurité, qui l’amène à reprendre contact avec des anciens compagnons d’armes éparpillés à travers le monde.
C’est à une véritable catharsis que se livre Ari Folman, le réalisateur. A travers des interviews à des rêves et des reconstitutions à partir de souvenirs précis, il tire le fil de sa guerre, et de la nôtre. Celle que nous avons vécue à travers les médias, en direct, ou via les archives de la télévision. Pas à pas, nous remontons le temps, nous sentons l’absurdité de la guerre, de toutes les guerres, le désœuvrement des soldats, aussi peu au fait du plan global du conflit (Si tant est qu’il en existe un !) qu’un agent administratif dans un grand ministère ou dans une grande entreprise ; son travail à lui consiste à tuer, et à se faire tuer. La guerre, jusqu’au bout, là où elle termine toujours, là où tout s’arrête : jusqu’au bain de sang. Sabra et Chatila. Les phalangistes libanais massacrant les réfugiés de ces deux camps, en représailles à l’assassinat de Bechir Gemayel, leader chrétien soutenu par Israël.
L’horreur appelle toujours l’horreur. Il faudra bien qu’on s’arrête un jour.
Et puis, il y a la forme, le dessin d’animation splendide, riche. L’art comme adjuvant à la catharsis ; une initiative novatrice mais surtout terriblement efficace. D’autant que les dernières images, pour bien rappeler le spectateur à une réalité qu’il connaît mais arrive très aisément à oublier, sont des vraies images d’archives, glaçantes.
On se sent très ébranlés après cela. Il faut du temps pour se remettre. Ne pas devenir fou comme ce photographe qu’évoque Ari Folman, qui supporta les images de la guerre tant qu’il les voyait à travers l’objectif, mais qui perdit la raison en voyant, après avoir égaré son appareil, de ses propres yeux, sans protection donc, un haras de purs-sangs arabes massacrés et agonisants là. Les animaux sont les plus innocents des innocents dans nos conflits, et on les avait malgré tout réduits à néant. Quelle laideur.
10:02 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 06 novembre 2008
Yess we can
« - Le stylo, vous l’avez volé, non ?
- Oui, mais vous comprenez, j’avais vraiment besoin de quelque chose pour écrire.
- Je veux pas le savoir, vos papiers.
- Ils sont vierges, évidemment, mes papiers, monsieur, puisque je n’ai pas pu emprunter ce stylo.
- Ah, vous avouez ?
- Non, je déplore de ne pas pouvoir vous montrer mes papiers.
- Vous n’avez pas de papiers, alors ?
- Si, mais ils sont blancs. »
14:27 Publié dans Débridage de Zarlobes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 05 novembre 2008
Barack Obama
Je n’ai pas dit un mot de Barack Obama. J’ai même un doute au moment d’écrire son prénom, je suis quasiment sûr qu’il y a un c entre le a et le k, mais j’en doute, en même temps. Mais de cette incertitude je me revendique. Parce qu’il n’y a d’abord pas eu matière à pavoiser, en tant qu’Européen, et ensuite parce que justement, j’ai considéré comme dangereux l’amour inconditionnel professé par l’Europe tout au long de la campagne du candidat démocrate. Et ça m’aurait énormément le même schéma se reproduise qu’avec John Kerry en 2004 : adoré de ce côté de l’Atlantique, ignoré plus ou moins poliment chez l’Oncle Sam.
La victoire toute fraîche de Barack Obama m’est donc un grand réconfort. Pas parce que John Mc Cain m’était très antipathique. Il était républicain, ce qui déjà est une tare pour qui n’est pas Américain, mais il était également très mal entouré, représentait plus ou moins malgré lui l’héritage de W. (Le plus exécrable souvenir de l’histoire politique des Etats-Unis ; son bilan réhabilite à lui tout seul Nixon …), et vit sans doute un tout petit peu à côté de la plaque en ce qui concerne l’argent. Sarah Palin aussi. Mais elle, elle vit dans un monde bien à elle, avec des croyances bien à elle, des valeurs bien à elle, et elle baigne dans une inculture sombre et une ignorance crasse de tout ce qui ne constitue pas son monde. A elle. Sinon, elle est sympathique.
Hier, les journaux jouaient encore à se faire peur. Et si, finalement, Barack Obama ne l’emportait pas ? A cause de la bêtise des électeurs, du système électoral étrange en vigueur, de la mobilisation des fondamentalistes religieux et des bouseux du fin fond de Salt Lake City, de la couleur de la peau des candidats, de la trop faible mobilisation ? Et nous, on s’est dit : « Ca m’étonnerait pas que finalement, ce soit Mc Cain qui gagne ! » Il est vrai que le grand écart entre Bush et Obama donne le vertige. Mais enfin, notre presse nous persuadant doucement que les Américains étaient assez idiots pour encore une fois voter pour les Républicains contre toute attente pour le plaisir de démentir les sondages, on se demandait si la perle rare n’allait pas nous passer sous le nez. Sauf qu’il y avait quand même des signes assez clairs pour se permettre de se montrer un peu plus affirmatif : les déclarations de l’un ou l’autre intellectuel US (Oliver Stone, Jonathan Demme, …), les budgets phénoménaux dont disposaient les Démocrates à une encablure de l’élection. Bref, tout ça pour dire que la presse européenne avait surtout la trouille de se planter et entretenait une espèce de superstition à trop vouloir « y croire ». Point de réserve, mais bien de la peur. Or, la peur ne fait pas bien écrire, et n’éclaire pas très loin.
Maintenant, on ressasse les difficultés qui attendent le 44e président. On ne pense pas à saluer le vote très citoyen des Américains, qui ne sont pas tombé dans le piège de l’effet de chose, qui veut que les gens ne votent pas comme ils l’indiquent quand on les interroge avant le scrutin (Sheriff, fais-moi peur !). On ne pense pas à signaler qu’en Europe, on n’a pas un seul chef d’Etat de couleur, et qu’on n’est pas prêts d’en avoir un. C’est une belle victoire que l’Amérique fête ce soir, c’est un signal très positif qu’elle envoie au monde entier, c’est du respect que m’inspire ceux qui ont voté pour le candidat le plus apte en remplir le job. Ce qui est une révolution par rapport à l’incurie de l’administration Bush et au foutoir qu’elle laisse en héritage à la planète.
09:10 Publié dans L'Antre de la Panthère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


