mercredi, 05 août 2009

Brüno

Film américain (2009), réalisé par Larry Charles, avec Sacha Baron Cohen

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Sacha Baron Cohen, star invisible camouflée un temps en Ali G puis en Borat, est devenu en 2009 Brüno, gay, créateur autrichien de la mode. Son talent n’est hélas pas reconnu à sa juste valeur. Le mépris et le désamour de son propre peuple l’affligeant, il s’exile aux Etats-Unis. Sa mission : devenir une star. Point.

Le principe des films du comique anglais, qui consiste à imposer un scénario, délirant bien sûr, dans la vie réelle de personnes « piégées », peut parfois donner lieu à des fous rires, parfois à la consternation. Il amène en outre une réflexion sur les idioties de notre société, et sur notre capacité à gober n’importe quoi. Exemple : le mannequin que Brüno interviewe. Le faux naïf l’amène à expliquer combien il est difficile de défiler, de mettre d’abord la jambe gauche en avant, puis la droite.

Est-ce dérangeant, Brüno ? Oui, assez. Autant le côté parodie peut vraiment prêter à la rigolade, autant le côté Jackass peut mettre en colère : dénoncer des conneries par d’encore plus grosses conneries paraît pus révélateur d’une culture du vide portée à son paroxysme qu’une preuve de talent comique (Dont Sacha Baron Cohen ne manque pourtant pas…).

 Avec son personnage superficiel, à la sexualité hyper hardcore, en quête d’un graal de fumée, le fou-furieux entraîne ses spectateurs conquis par avance sur le terrain du déraisonnable, nous rappelle que le rire est aussi une réponse à une situation incohérente, que notre cerveau refuse d’accepter.

 

 

 

jeudi, 23 juillet 2009

Charles le Téméraire - La splendeur de la Bourgogne

 

Il suffirait de fermer les yeux pour s’imaginer dans la fraîcheur des pierres de Notre-Dame. S’abriter non pas du vent du large, mais de la chaleur moite d’un juillet torride de l’an 2009. Se pencher sur le gisant de Charles le Téméraire, en airain doré et pierre de touche, et examiner la moue impassible de son visage. On découvrirait alors une expression de contentement, l’assouvissement temporaire d’un désir vieux de cinq siècles. Charles de Bourgogne retrouve enfin en ses Etats le butin dont les Suisses s’étaient emparé en 1467 à Grandson. Il lui sera hélas repris dans les jours à venir.

 

L’exposition qui vient de s’achever à Bruges, Charles le Téméraire - La splendeur de la Bourgogne, regorge d’un renversant fatras d’objets d’art de l’ époque. Cette profusion s’explique par la tentation étatique et l’expansionnisme du duché de Bourgogne, née avec l’acquisition de ses fantastiques territoires par Philippe le Hardi, encrée dans la politique de ses successeurs Jean sans Peur et Philippe le Bon, fracassée avec Charles devant Nancy, sous les coups du duc René II de Lorraine. L’art et le raffinement seront les armes par lesquelles s’imposera dans les mentalités la puissance de l’Etat bourguignon. Au XVe siècle, la cour de Philippe le Bon passe pour la plus fastueuse, la plus brillante, et sans doute l’est-elle. « Bling-bling », dirait-on de nos jours, certes, mais imposante, intimidante. Parfaitement efficace pour ce jeune Etat dont la légitimité n’est pas le point fort, pas plus que sa cohésion. Des Pays-Bas à la Bourgogne, de Bruges à Dijon, il y a un vide que les ducs s’efforcent de combler, louvoyant entre les trois grandes puissances voisines, La France (dirigée par Louis XI, le grand ennemi de Charles), le Saint-Empire (Frédéric III, le père du futur beau-fils de Charles, Maximilien) et l’Angleterre.

 

De cette très belle exposition, on retiendra l’excellent choix des œuvres exposées et leur mise en valeur par une scénographie très léchée. L’événement relevait en effet davantage de la vitrine de prestige que de l’exigence académique. C’est que la Flandre aime à montrer sa prestance passée. De plus Bruges, écrin magnifiquement conservé de ces temps héroïques, s’entend à faire étalage de coquetterie. Il y a effectivement un cœur bourguignon qui bat encore en son sein. La fête bat dès lors son plein lorsque le Historisches Museum de Berne lâche la prise de Grandson (En réalité, l’exposition avait d’abord était visible en Suisse ; Bruges est la deuxième étape…). Juste retour des choses. Enfin, le Groeningemuseum, heureux détenteur de nombreux tableaux peints par les primitifs flamands (Hans Memling, Gérard David, Hugo van der Goes, …) ne perd jamais une occasion de rehausser (parfois jusqu’à l’excès) ses manifestations d’une sélection de ses propres fleurons. Ici, on reverra avec bonheur l’incontournable Vierge au chanoine van der Paele, tableau peint par Jan Van Eyck en 1436, et surtout le Tryptique de Saint Christophe ou Tryptique Moreel, peint par Hans Memling, peint en 1484, qui rappelle le rôle prépondérant des riches bourgeois mécènes dans les Etats bourguignons.

 

La Splendeur de la Bourgogne a bel et bien ressuscité ce printemps à Bruges. Résurrection soulignée par la délicate Tapisserie aux Mille Fleurs, qui laissera une impression inoubliable. Derrière les armes et symbole du pouvoir bourguignon, des milliers de fleurs brodées ; les entrelacs qu'elles forment sont une émanation du Paradis. Le spectre de Charles a dû sourire et pleurer en les revoyant.

 

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lundi, 06 juillet 2009

Le Pantalon - Alain Scoff

Le Pantalon est un récit de la guerre 14-18, rédigé par Alain Scoff au début des années 80 et porté à l’écran (télé) par Yves Boisset dans les années 90.

Il ne vient plus très souvent à l’esprit des gens de parler encore de la « grande guerre », tant elle ne fut pas grande, sinon par le nombre de vies gâchées, volées. C’est toute une génération que les Etats, gangrénés par leur nationalisme, a sacrifiée, de la manière la plus sotte. Se privant de sa jeunesse, ils laissèrent au lendemain de l’Armistice du 11 novembre un monde sans jeunesse qui allait faire porter en germe le fascisme et le nazisme. Aujourd’hui encore, nous sommes les héritiers de la guerre 14-18.

Alain Scoff a voulu mettre en évidence dans son récit édifiant l’absence de considération des hauts gradés de l’armée pour la vie humaine. Autres temps, autres mœurs : à l’époque, la chose militaire pouvait attendre de ses soldats, jeunes citoyens enrôlés, qu’ils se fassent tuer pour l’honneur et la patrie. La population acceptait la perte de leurs enfants comme une espèce de mal nécessaire (Il est vrai que l’opinion, par le biais de la censure de la presse, était tout à fait manipulée par l’armée, justement. De nos jours, et c’est là un des plus nobles progrès de notre Occident, il est très douloureux de perdre le moindre de nos militaires de métier…). Les officiers de la guerre 14-18 ont abusé de cet « acquis », jusqu’à la nausée : les combats dans les tranchées exigeaient qu’on sacrifiât des centaines de vie pour prendre parfois quelques dizaines de mètres, même moins, à l’ennemi. Après le champ de guerre, les survivants accomplissaient des corvées rudes , alors qu’ils étaient parfaitement exténués.

Ainsi instaura-t-on, pour lutter contre les désobéissances des recrues, contre les désertions, des conseils de guerre furent créés. Leur objectif était de rétablir ordre et discipline. Ces tribunaux exceptionnels permirent dès lors d’exécuter des insoumis, des rebelles, condamnés pour des peccadilles. On en faisait des fusillés pour l’exemple. C’est le sort qu’on réserva à Lucien Bersot, boulanger au civil, qui avait refusé d’enfiler un pantalon d’uniforme crotté, probablement récupéré sur un cadavre, qu’on lui imposait en remplacement d’un pantalon de lin très fin, dans lequel il se gelait les couilles en cet hiver 1915.

Alain Scoff emploie dans ce pamphlet antimilitariste un style journalistique efficace. Hormis une histoire d’amour déchirante qui n’émeut pas, on ne peut rien reprocher à sa reconstitution. Elle met nos nerfs à vif, les larmes au bord des yeux. L’envie de crier son indignation.

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Scoff Alain, Le Pantalon, édition JC Lattès, réédité chez France Loisirs, Paris, 1982