lundi, 06 juillet 2009
Le Pantalon - Alain Scoff
Le Pantalon est un récit de la guerre 14-18, rédigé par Alain Scoff au début des années 80 et porté à l’écran (télé) par Yves Boisset dans les années 90.
Il ne vient plus très souvent à l’esprit des gens de parler encore de la « grande guerre », tant elle ne fut pas grande, sinon par le nombre de vies gâchées, volées. C’est toute une génération que les Etats, gangrénés par leur nationalisme, a sacrifiée, de la manière la plus sotte. Se privant de sa jeunesse, ils laissèrent au lendemain de l’Armistice du 11 novembre un monde sans jeunesse qui allait faire porter en germe le fascisme et le nazisme. Aujourd’hui encore, nous sommes les héritiers de la guerre 14-18.
Alain Scoff a voulu mettre en évidence dans son récit édifiant l’absence de considération des hauts gradés de l’armée pour la vie humaine. Autres temps, autres mœurs : à l’époque, la chose militaire pouvait attendre de ses soldats, jeunes citoyens enrôlés, qu’ils se fassent tuer pour l’honneur et la patrie. La population acceptait la perte de leurs enfants comme une espèce de mal nécessaire (Il est vrai que l’opinion, par le biais de la censure de la presse, était tout à fait manipulée par l’armée, justement. De nos jours, et c’est là un des plus nobles progrès de notre Occident, il est très douloureux de perdre le moindre de nos militaires de métier…). Les officiers de la guerre 14-18 ont abusé de cet « acquis », jusqu’à la nausée : les combats dans les tranchées exigeaient qu’on sacrifiât des centaines de vie pour prendre parfois quelques dizaines de mètres, même moins, à l’ennemi. Après le champ de guerre, les survivants accomplissaient des corvées rudes , alors qu’ils étaient parfaitement exténués.
Ainsi instaura-t-on, pour lutter contre les désobéissances des recrues, contre les désertions, des conseils de guerre furent créés. Leur objectif était de rétablir ordre et discipline. Ces tribunaux exceptionnels permirent dès lors d’exécuter des insoumis, des rebelles, condamnés pour des peccadilles. On en faisait des fusillés pour l’exemple. C’est le sort qu’on réserva à Lucien Bersot, boulanger au civil, qui avait refusé d’enfiler un pantalon d’uniforme crotté, probablement récupéré sur un cadavre, qu’on lui imposait en remplacement d’un pantalon de lin très fin, dans lequel il se gelait les couilles en cet hiver 1915.
Alain Scoff emploie dans ce pamphlet antimilitariste un style journalistique efficace. Hormis une histoire d’amour déchirante qui n’émeut pas, on ne peut rien reprocher à sa reconstitution. Elle met nos nerfs à vif, les larmes au bord des yeux. L’envie de crier son indignation.

Scoff Alain, Le Pantalon, édition JC Lattès, réédité chez France Loisirs, Paris, 1982
15:07 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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