mardi, 30 juin 2009

Drag me to Hell

Film d’horreur américain (2009), réalisé par Sam Raimi, avec Alison Lohman, Justin Long, Jessica Lucas

 

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S’il ne fallait voir qu’un film d’horreur, de l’horreur pur jus, je parle, pourquoi pas le récent et excellent Drag me to Hell de Sam Raimi ?

Sans avoir forcément assisté à toutes les séances de chaque édition du Biff de Bruxelles, on comprend plus ou moins à quelle famille appartient ce film : l’horreur made in eighties. C’était ces affiches rouge orangé et noires sur les vitrines des vidéostores qui ont fait fantasmer tout gamin de dix ans parce que « ce n’était pas pour les enfants ».

Les amateurs connaissent eux surtout la patte de son réalisateur qui, outre trois Spiderman, est le papa de classiques tels que Evil Dead 1, 2 et 3, ou Darkman. Sam Raimi  se fend ici d’un retour génial à ses primes amours, réjouissant d’une part parce qu’il fourmille d’idées et de cohérence, et d’autre part parce qu’il représente la meilleure remontée à la surface des années 80, avec Mickey Rourke dans The Wrestler, et si l’on excepte le récent retour à l’avant-scène involontaire de Michael Jackson.

 

Dans leur scénario extrêmement vif et astucieux, Sam et son frère Ivan Raimi se plaisent à torturer d’une jeune employée de banque (Christine Brown, interprétée par Alison Lohman, avec beaucoup de talent ; la classe avec laquelle elle défend un personnage sans grande épaisseur en témoigne !), a qui vient la mauvaise idée, afin d’obtenir une promotion, de refuser le prêt qu’une vieille tzigane était venue quémander. Humiliée, cette dernière lui jette un sort, après un combat épique et farcesque. On trouve d’ailleurs là les deux principales composantes de Drag me to Hell, à savoir humour noir et épouvante ; le film d’horreur permet ce mariage détonnant qu’il a sans doute hérité du macabre moyenâgeux.

Pendant trois jours, le Malin va pouvoir malmener la malheureuse Christine Brown. Médium, spirites, fiancé et autres sacrifices rituels tenteront de se dresser entre le chasseur et la proie, mais leurs efforts seront rarement couronnés de succès. Cette lutte contre le Mal inspire beaucoup les frères Raimi, surtout dans la mesure où leur intelligence les pousse à en faire un affrontement Bien/Mal. Christine Brown inspire autant la compassion que l’irritation, et le spectateur, dieu cruel, prend un plaisir sadique à voir la blonde gourgandine martyrisée à outrance : des bras qui s’enfonce dans sa gorge, des forces invisibles qui la projettent en l’air et la font tournoyer comme un fétu de paille dans la tourmente, … Au royaume des ni bons ni mauvais, Christine Brown est reine, et son enfer se passera sur la barque de Charon plutôt que dans le chaudron de Lucifer.

 

Le pouls du spectateur battra fort, comme dans la maison hantée d’une fête foraine. La salle ne se retient pas de crier de peur ou de rire, et c’est l’un des délices du film d’horreur au cinéma que de sentir une onde parcourir l’assemblée réunie devant le grand écran. A ce jeu-là, Sam Raimi est un chef d’orchestre des plus brillants. Dans sa symphonie fantastique à lui, il ne s’épargne aucun classique, mais les arrange avec une infinité de créativité, et de doigté. Drag me to Hell finit par en devenir un miracle d’horlogerie, précis et régulier.

 

Enfin, on appréciera l’ironie (involontaire ?) de voir les malheurs d’une … banquière maudite. On n’aime pas trop les gens qui manipulent l’argent, ces temps-ci. « Sorcière ! » …

Chéri

Film britannique (2009), réalisé par Stefen Frears, avec Michelle Pfeiffer, Rupert Friend, Kathy Bates

 

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Stephen Frears est un auteur phare de notre époque. L’élégance et la fluidité sont sa signature, et chacun de ses nouveaux films crée une espèce de joie autour de lui. Sa production allie rigueur et fluidité. Ses films semblent faciles, l’on y entre facilement. Mais à cette aisance apparemment nonchalante répond une parfaite maîtrise du langage cinématographique, que l’on savoure depuis My Beautiful Laundrette jusqu’à The Queen, de Glenn Close à Helen Mirren en passant par Michelle Pfeiffer. Chéri célèbre les retrouvailles de l’inoubliable Présidente de Tourvel et du réalisateur.

 

Stephen Frears retrouve, à l’écriture du scénario, Christopher Hampton, admirateur de l’œuvre de Colette. Ce Chéri, transposition d’un de ses romans les plus forts, remettra probablement au goût du jour l’écrivaine féministe à l’écriture sensuelle.

 

Chéri raconte l’histoire de Léa de Lonval, une demi mondaine parisienne en fin de parcours, belle comme une journée d’été au mois d’août. Le fantôme de l’automne futur commence à jaunir quelques feuilles, tandis que son miroir cruel reflète un front moins lisse qu’autrefois. Afin de faire plaisir à une ex-courtisane de ses amies, Léa entreprend une liaison avec le fils de celle-ci, Chéri. Chéri est un dandy oisif, qui plaît aux dames, et à Léa. Six ans passent, et l’attachement entre les deux êtres jouisseurs se renforce. Jusqu’au jour où la mère de Chéri conclut un mariage entre son fils et une jeune fille fortunée. Léa et Chéri devront se séparer, et faire comme si leur attachement n’avait jamais été de l’amour.

Michelle Pfeiffer vieillit magnifiquement, et il n’existe probablement pas une autre grâce à Hollywood qui aurait pu interpréter avec autant de chaleur Léa de Lonval. Face à elle on admire la présence et l’aisance de Rupert Friend en oiseau nocturne impénétrable. Kathy Bates, en mère indigne, impose à nouveau son talent de second couteau comme un  luxe indispensable à la coloration de tout film qui se respecte.

 

Tous ces talents se conjuguent donc pour un long métrage qu’il était impossible de rater. Beau et intelligent, il ne manque à Chéri qu’un petit supplément d’âme pour marquer les esprits, qui transcende le temps et l’époque. La beauté des costumes et des décors de ce drame du début du XXe siècle occupe beaucoup d’espace et encombrent un peu trop le récit, là où les vertugadins des Dangerous Liaisons mettaient en évidence les machiavélisme de Merteuil et Valmont. Mais faut-il bouder son plaisir ? Léa et Chéri ouvrent les portes de l’amour qui se joue du temps, qui fait semblant, et qui à la fin meurt, et enterre avec eux l’innocence des amants. Et ceci sent déjà assez le souffre.