mardi, 30 juin 2009
Chéri
Film britannique (2009), réalisé par Stefen Frears, avec Michelle Pfeiffer, Rupert Friend, Kathy Bates

Stephen Frears est un auteur phare de notre époque. L’élégance et la fluidité sont sa signature, et chacun de ses nouveaux films crée une espèce de joie autour de lui. Sa production allie rigueur et fluidité. Ses films semblent faciles, l’on y entre facilement. Mais à cette aisance apparemment nonchalante répond une parfaite maîtrise du langage cinématographique, que l’on savoure depuis My Beautiful Laundrette jusqu’à The Queen, de Glenn Close à Helen Mirren en passant par Michelle Pfeiffer. Chéri célèbre les retrouvailles de l’inoubliable Présidente de Tourvel et du réalisateur.
Stephen Frears retrouve, à l’écriture du scénario, Christopher Hampton, admirateur de l’œuvre de Colette. Ce Chéri, transposition d’un de ses romans les plus forts, remettra probablement au goût du jour l’écrivaine féministe à l’écriture sensuelle.
Chéri raconte l’histoire de Léa de Lonval, une demi mondaine parisienne en fin de parcours, belle comme une journée d’été au mois d’août. Le fantôme de l’automne futur commence à jaunir quelques feuilles, tandis que son miroir cruel reflète un front moins lisse qu’autrefois. Afin de faire plaisir à une ex-courtisane de ses amies, Léa entreprend une liaison avec le fils de celle-ci, Chéri. Chéri est un dandy oisif, qui plaît aux dames, et à Léa. Six ans passent, et l’attachement entre les deux êtres jouisseurs se renforce. Jusqu’au jour où la mère de Chéri conclut un mariage entre son fils et une jeune fille fortunée. Léa et Chéri devront se séparer, et faire comme si leur attachement n’avait jamais été de l’amour.
Michelle Pfeiffer vieillit magnifiquement, et il n’existe probablement pas une autre grâce à Hollywood qui aurait pu interpréter avec autant de chaleur Léa de Lonval. Face à elle on admire la présence et l’aisance de Rupert Friend en oiseau nocturne impénétrable. Kathy Bates, en mère indigne, impose à nouveau son talent de second couteau comme un luxe indispensable à la coloration de tout film qui se respecte.
Tous ces talents se conjuguent donc pour un long métrage qu’il était impossible de rater. Beau et intelligent, il ne manque à Chéri qu’un petit supplément d’âme pour marquer les esprits, qui transcende le temps et l’époque. La beauté des costumes et des décors de ce drame du début du XXe siècle occupe beaucoup d’espace et encombrent un peu trop le récit, là où les vertugadins des Dangerous Liaisons mettaient en évidence les machiavélisme de Merteuil et Valmont. Mais faut-il bouder son plaisir ? Léa et Chéri ouvrent les portes de l’amour qui se joue du temps, qui fait semblant, et qui à la fin meurt, et enterre avec eux l’innocence des amants. Et ceci sent déjà assez le souffre.
10:08 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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