mardi, 31 mars 2009

Il Divo

Film italien (2008), réalisé par Paolo Sorrentino, avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Fanny Ardant

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Il est un homme qui ne dort pas en Italie, et qui consomme des aspirines plus que de raison. C’est Giulio Andreotti. Sa vie, ce sont les affaires de l’Etat. Ou plutôt les affaires tout court. Autour de lui gravitent des satellites nommés mafia, Cosa Nostra, Vatican.
Andreotti connaît par cœur les ressorts d’une politique italienne que l’on sait accablante. Les pots de vin sont légions. Tout homme s’achète, ou se vend, et tout cela dans une ambiance ou naïveté et cynisme, indifférence et goût du sang se côtoyent, se mélangent, et enfantent des affaires malhonnêtissimes incontournables. Faut-il avoir les mains sales pour entrer dans le gouvernement d’Andreotti ? Ou bien apprend-t-on à les salir à son service ?
Il Divo, réalisé par le Napolitain Paolo Sorrentino, s’attache aux dernières années de la vie politique active de cet homme, et s’empare de la très douloureuse question de la démocratie italienne. Confisquée par d’horribles grigous qui la ridiculisent à l’intérieur comme à l’extérieur, noyautée par des organisations criminelles de tous poils, l’Italie s’empoisonne. Ce film illustre cet état de fait sur le mode de la dérision, tout en tressant une couronne d’orties fraîches à Andreotti et la Démocratie chrétienne.

La mise en scène, virtuose et grandiloquente, très esthétique, interpelle pendant environ cinq petites minutes, puis lasse. Le sujet, définitivement, ne s’y prête pas. L’approche trop moderniste vire même par moment à la frime, au bling-bling d’avant-garde. On se croirait parfois dans un sketch des Guignols de l’Info. Pastiche volontaire ou maladresse dû à un sujet qui finit par échapper à tout contrôle ?

A la fin, un sentiment de vive irritation submergera sans doute le spectateur, qui n’aura pas tout compris de ce qu’il vient de voir, mais qui sortira néanmoins de la salle avec l’essentiel : une vive inquiétude concernant ceux qui nous gouvernent. En aiguisant le sens critique du spectateur, Il Divo se sauve lui-même du néant dans lequel sa forme risque à chaque instant de le plonger. Cet équilibre instable, improbable et pourtant réussi, vaut à lui seul le coup d’œil.

lundi, 16 mars 2009

Valkyrie

Thriller historique (2008), réalisé par Bryan Singer, avec Tom Cruise, Kenneth Branagh, Carice Van Houten, Bill Nighy

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Ces gens, dont parle ce film, ont voulu tuer Hitler. Au nom de la résistance à la barbarie du régime nazi ? Moins qu’en raison de l’imminence de la chute et de l’humiliation de l’Allemagne. L’opération qui échoua portait le nom de Walküre. On s’en souvient aujourd’hui outre-Rhin comme du Staufenberg-Attentat, du nom de son principal instigateur.
Disons que les comploteurs nourrissaient un mépris profond pour cet homme de rien, sorti du néant pour engloutir le Reich dans l’abîme de la folie.

De ce complot contre Hitler, on a voulu tirer un film. Avec Tom Cruise en Graf von Staufenberg.
Il en ressort une impression d’amateurisme et d’à peu près déroutante. Même si l’on considère qu’il ne faut pas être d’une précision maniaque dans la réalisation d’un thriller, même historique, on demeure en droit de se demander dans quelle mesure on peut dire, écrire ou filmer n’importe quoi sur les évènements de la Deuxième guerre mondiale.
Pour preuve, il est difficile de savoir quel est le titre exact du film, et plus encore s’il est correctement orthographié ou non. Et ce n'est qu'un exemple. Le reste est de la même eau.

En allemand : die Walküre
En français : la Walkyrie (Selon Le Petit Larousse 2003)
En anglais : the Valkyrie

La Walkyrie est la deuxième partie de la Tétralogie de Wagner.

jeudi, 12 mars 2009

Gran Torino

Film américain (2008), réalisé par Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Christopher Carley, Bee Vang, Ahney Her, Brian Haley, Geraldine Hughes, Dreama Walker, Brian Howe, John Carroll Lynch, William Hill

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Est-il besoin de redire quel grand réalisateur est Clint Eastwood ? Attendait-on réellement confirmation de son talent d’acteur ? Gran Torino est donc un cadeau précieux, puisqu’il nous offre un Eastwood double, à la réalisation et au jeu. D’autant plus fragile qu’il n’en reste plus des comme lui, des classiques qui aiment le début, le milieu, la fin. Ces gens qui sont des artistes par accident ; leur vision du monde emprunte à la poésie à leur corps défendant, presque contre leur gré.

Si la vie l'avait voulu, Clint Eastwood aurait tout à fait pu devenir le protagoniste de Gran Torino. C’est son double anonyme, non bridé par les contraintes de la bienséance de la vie publique.

Nous cueillons Clint cette fois sous le patronyme de Walt Kowalski, le jour de l’enterrement de sa femme. Il fut tout ce que l’Amérique n’est plus : un vétéran de la Corée, une guerre d’un autre siècle ; un ancien de Ford, du temps ô combien lointain de la splendeur du secteur automobile américain. Rien ne lui plait autour de lui. Dans ce quartier résidentiel, sa maison impeccablement entretenue est cernée de masures délabrées. La paupérisation y a introduit des gangs violents qui font régner leur loi, à savoir le chaos. Walt n’a plus que mépris pour ce monde-là, et préfère cultiver son jardin, bricole, bichonne sa Ford Gran Torino 1972, boit et fume plus que de raison. Irascible et acariâtre, Walt ne sait pas communiquer avec sa famille. C’est un vieillard bâti comme un roc, mais seul.
L’arrivée de voisins asiatiques, des Hmongs, va changer la donne. Le garçon qui habite là, Tao, est mis au défi par un chef de bande local de voler la Gran Torino de Clint-Walt. Mais le chien de garde chenu veille. Le projet échoue, Tao devient la cible du gang mécontent, et Walt-Clint s’improvise défenseur de la veuve et de l’orphelin, incarnant soudain « le » héros du quartier honoré comme un demi-dieu. Et il n’aime pas ça non plus.

C’est avec humour, fierté et rigueur que Clint Eastwood a réalisé cet opus formidable, un grand film qui n’est pas une étape anodine dans son parcours. Pas loin de passer octogénaire, il livre un premier testament qui entend transmettre trois messages : premièrement qu’il est bon de se mettre en colère pour de nobles causes, deuxièmement que ce n’est pas parce que tu appartiens à une minorité que tu es forcément un brave gamin, et troisièmement que les règles à suivre sont essentiellement celles que l’on se fixe soi-même. Elles font de nous de plus grandes personnes, car elles permettent de nous connaître mieux.

Gran Torino est à interpréter, entre autres, comme une ode à la force de ses convictions, de ses valeurs et de son âme. Refusant de confesser quoi que ce soit, comme Walt Kowalski qui n’a rien à confesser puisque ses blessures et ses pêchés lui appartiennent, Clint Eastwood émeut, et promet encore de nouvelles aventures. En prenant bien soin, toutefois, de rappeler à la fin de Gran Torino qu’il n’est pas immortel. Seul son souvenir restera. Enorme.

vendredi, 06 mars 2009

Slumdog Millionaire

Film britannique (2008), réalisé par Danny Boyle, avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto

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L’inde est une contrée profonde et mystérieuse, entendez protéiforme et impénétrable pour les Occidentaux. Epices, étoffes, bidonvilles, jungles, religions et mégapoles se mêlent et se conjuguent à tous les temps dans nos esprits. Mais sous cette carapace que nous parvenons à appréhender, quelle chaire nous propose-t-on de dévorer ? Danny Boyle, qui avait réalisé auparavant un film de zombies, y va à pleine dent pour bâfrer, avaler sans mâcher un plat trop délicat pour son palais. Et le plus étonnant, c’est que tout le monde le suit. Nous sommes des goinfres et des incultes d’acclamer Slumdog Millionaire. Dérangeante cette impression de néocolonialisme qui entoure l’aura d’un film dickensien au scénario picaresque, inventif mais au propos assez limité.

Un gamin des taudis de Mumbay, Jamal Malik, participe à la version indienne de Qui veut gagner des Millions, et connaît toutes les réponses aux questions, un « phénomène » que personne, à part lui, ne pourrait expliquer. Des soupçons de tricherie évidents pèsent sur lui ; le présentateur du quizz à vingt millions de roupies le fait coffrer pour qu’il soit interrogé. Cet interrogatoire, pour le moins musclé, permettra aux enquêteurs de découvrir comment et pourquoi Jamal semble savoir tout ce qu’il doit savoir au bon moment, et pourquoi, question subsidiaire, il veut gagner des millions.

En fait, Jamal a vécu mille vies, et de son sens inné de l’observation lui vient un savoir qu’il ignore posséder. Mais ce n’est pas le sujet du film. Le sujet du film, c’est la destinée. Réponse D, c’est le dernier mot.

Mais finalement, c’est moins le film que l’objet filmique qui intéresse au plus haut point notre société de consommation en proie plus que jamais au doute et à la soif d’ailleurs. Moins ailleurs que la Chine, dangereuse, moins touristique que la Thaïlande (Où l’espiègle Danny Boyle avait déjà posé sa caméra jadis …), l’Inde est la terra incognita rêvée. L’exotisme pourrait donc bien être le pourquoi de cette pluie de récompenses qui s’est abattue sur Slumdog Millionaire, titre par ailleurs effectivement assez irrespectueux et condescendant.

Le film qu’il fallait au bon moment, stupéfiant et accidentel effet miroir : Danny Boyle, comme Jamal Malik, n’est pas censé être couronné à la fin. Mais il l’est, contre toute attente, et malgré une concurrence plus intéressante mais beaucoup moins attractive niveau timing. On y soupçonnerait bien une tentation opportuniste du chef d’Hollywood, mais l’analogisme doit bien s’arrêter quelque part.

Dany Boyle a donc gagné des millions, ses acteurs beaucoup moins. La question s’avère éthiquement intéressante : le film a donné sa chance à des gosses de jouer la comédie au lieu de mener une vie de misère, et les a payés honorablement. Mais le succès commercial énorme justifierait à présent que leurs émoluments soient revus à la hausse. Ils le réclament, enfin surtout leurs parents. Et leur appât du gain me paraît assez justifié ; qui agirait autrement à leur place ? N’est-il pas gênant dès lors de nous asseoir dans nos belles salles obscures pour s’extasier devant leur misère chatoyante et bollywoodienne, sachant cela ? Que deviendront ces stars du moment ? En fait, qui connaît leur nom ?

Montage sauvage et épileptique, polémiques autour du film, succès de foule et succès critique… Faut-il vraiment voir Slumdog Millionaire ?

jeudi, 05 mars 2009

Appaloosa

Western américain (2008), réalisé par Ed Harris, avec Ed Harris, Viggo Mortensen, Renée Zellweger, Jeremy Irons

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Un cowboy, deux cowboys, une belle, une bande de méchants, et le tour est joué. A Appaloosa, Nouveau-Mexique, règne la loi du plus fort, celle exercée par le mauvais, Randall Bragg. Cole et Hitch vont mettre de l’ordre dans tout ça en remplaçant le sheriff abattu froidement par Bragg. La belle, Allison French, amène dans ses bagages et avec ses manières de la haute société un vent de fraîcheur, d’amour et de discorde dans tout cela.

Ed Harris se trouve, devant et derrière la caméra, peu inspiré par ses collaborateurs Viggo Mortensen, bon de toute façon parce qu’il est tout-terrain, Jeremy Irons, fainéant, et Renée Zellweiger, refaite et assez porcine. Le scénario colle aux poncifs du genre, mais hélas sans ce charme délicieux et indéfinissable, ce souffle magnifique qui faisait ces films de John Wayne, de Robert Mitchum, de John Ford et de John Huston.

Revolutionary Road

Drame américain (2008), réalisé par Sam Mendes, avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, Kathy Bates

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Le temps et l’usure sont les pires ennemis de Frank et April Wheeler. Leur quotidien se déroule dans l’ennui, l’amertume et la frustration, auxquels s’ajoute mensonges et mépris. Raison raisonnable et habitude ont tout rasé après leur passage, et l’herbe ne repoussera pas. C’est le cauchemar du couple où les deux se sont précipités l’un contre l’autre toutes griffes et dents dehors plutôt que de se protéger des ravages de l’acide des jours.
La honte gondole les âmes de Frank l’infidèle trop fade et April l’acariâtre.
Pour orchestrer le tout, il y a les regrets immenses de ne pas avoir fait ce qu’il fallait faire au bon moment. Les regrets qui amène April, ancienne actrice qui n’a pas eu la chance de vivre de sa passion, à rêver d’une vie à Paris, où tout est possible, où tout est gai, où la vie reprendrait ses droits. Frank, las, très las de son boulot morne et banal à mourir, se laisse gagner par l’enthousiasme de sa femme. Paris, oui…

Un film terrible à subir. Splendide dans la forme. Implacable sur fond. Un vrai scanner des aspirations des hommes et des femmes, des rêves évanouis, du champ des possibilités qui se réduit à mesure que l’âge grandit.

Il n’y a rien de complexe dans cette histoire du couple à rebours. Les promesses de non-conformisme et de bonheur sur le chemin de la révolution se morfondent dans le fond d’un tiroir oublié, et Sam Mendes réalise ce manque d’oxygène avec une finesse authentique. Il parvient à confronter son spectateur à ses pires ennuis, à ses lâchetés de chaque instant. Il s’inspire du besoin d’obéir à des canons de société, et filme finalement des individus broyés, avec en point d’orgue deux pics de tristesse, deux deuils qui se répondent avec désespoir : le deuil de la carrière d’actrice d’April au début, et le deuil de Franck, à la fin.

Kate Winslet est l’essence même de la perfection d’actrice ; il n’arrive que rarement que des interprètes parviennent à capter l’indicible d’un caractère. C’est un rôle qui marque une carrière, une période, le cinéma. A ses côtés, Léonardo DiCaprio ébahit lui aussi, et démontre à quel point il n’a jamais été rien d’autre qu’un tout grand parmi les tous grands.

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