jeudi, 12 mars 2009

Gran Torino

Film américain (2008), réalisé par Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Christopher Carley, Bee Vang, Ahney Her, Brian Haley, Geraldine Hughes, Dreama Walker, Brian Howe, John Carroll Lynch, William Hill

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Est-il besoin de redire quel grand réalisateur est Clint Eastwood ? Attendait-on réellement confirmation de son talent d’acteur ? Gran Torino est donc un cadeau précieux, puisqu’il nous offre un Eastwood double, à la réalisation et au jeu. D’autant plus fragile qu’il n’en reste plus des comme lui, des classiques qui aiment le début, le milieu, la fin. Ces gens qui sont des artistes par accident ; leur vision du monde emprunte à la poésie à leur corps défendant, presque contre leur gré.

Si la vie l'avait voulu, Clint Eastwood aurait tout à fait pu devenir le protagoniste de Gran Torino. C’est son double anonyme, non bridé par les contraintes de la bienséance de la vie publique.

Nous cueillons Clint cette fois sous le patronyme de Walt Kowalski, le jour de l’enterrement de sa femme. Il fut tout ce que l’Amérique n’est plus : un vétéran de la Corée, une guerre d’un autre siècle ; un ancien de Ford, du temps ô combien lointain de la splendeur du secteur automobile américain. Rien ne lui plait autour de lui. Dans ce quartier résidentiel, sa maison impeccablement entretenue est cernée de masures délabrées. La paupérisation y a introduit des gangs violents qui font régner leur loi, à savoir le chaos. Walt n’a plus que mépris pour ce monde-là, et préfère cultiver son jardin, bricole, bichonne sa Ford Gran Torino 1972, boit et fume plus que de raison. Irascible et acariâtre, Walt ne sait pas communiquer avec sa famille. C’est un vieillard bâti comme un roc, mais seul.
L’arrivée de voisins asiatiques, des Hmongs, va changer la donne. Le garçon qui habite là, Tao, est mis au défi par un chef de bande local de voler la Gran Torino de Clint-Walt. Mais le chien de garde chenu veille. Le projet échoue, Tao devient la cible du gang mécontent, et Walt-Clint s’improvise défenseur de la veuve et de l’orphelin, incarnant soudain « le » héros du quartier honoré comme un demi-dieu. Et il n’aime pas ça non plus.

C’est avec humour, fierté et rigueur que Clint Eastwood a réalisé cet opus formidable, un grand film qui n’est pas une étape anodine dans son parcours. Pas loin de passer octogénaire, il livre un premier testament qui entend transmettre trois messages : premièrement qu’il est bon de se mettre en colère pour de nobles causes, deuxièmement que ce n’est pas parce que tu appartiens à une minorité que tu es forcément un brave gamin, et troisièmement que les règles à suivre sont essentiellement celles que l’on se fixe soi-même. Elles font de nous de plus grandes personnes, car elles permettent de nous connaître mieux.

Gran Torino est à interpréter, entre autres, comme une ode à la force de ses convictions, de ses valeurs et de son âme. Refusant de confesser quoi que ce soit, comme Walt Kowalski qui n’a rien à confesser puisque ses blessures et ses pêchés lui appartiennent, Clint Eastwood émeut, et promet encore de nouvelles aventures. En prenant bien soin, toutefois, de rappeler à la fin de Gran Torino qu’il n’est pas immortel. Seul son souvenir restera. Enorme.

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