vendredi, 06 mars 2009
Slumdog Millionaire
Film britannique (2008), réalisé par Danny Boyle, avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto

L’inde est une contrée profonde et mystérieuse, entendez protéiforme et impénétrable pour les Occidentaux. Epices, étoffes, bidonvilles, jungles, religions et mégapoles se mêlent et se conjuguent à tous les temps dans nos esprits. Mais sous cette carapace que nous parvenons à appréhender, quelle chaire nous propose-t-on de dévorer ? Danny Boyle, qui avait réalisé auparavant un film de zombies, y va à pleine dent pour bâfrer, avaler sans mâcher un plat trop délicat pour son palais. Et le plus étonnant, c’est que tout le monde le suit. Nous sommes des goinfres et des incultes d’acclamer Slumdog Millionaire. Dérangeante cette impression de néocolonialisme qui entoure l’aura d’un film dickensien au scénario picaresque, inventif mais au propos assez limité.
Un gamin des taudis de Mumbay, Jamal Malik, participe à la version indienne de Qui veut gagner des Millions, et connaît toutes les réponses aux questions, un « phénomène » que personne, à part lui, ne pourrait expliquer. Des soupçons de tricherie évidents pèsent sur lui ; le présentateur du quizz à vingt millions de roupies le fait coffrer pour qu’il soit interrogé. Cet interrogatoire, pour le moins musclé, permettra aux enquêteurs de découvrir comment et pourquoi Jamal semble savoir tout ce qu’il doit savoir au bon moment, et pourquoi, question subsidiaire, il veut gagner des millions.
En fait, Jamal a vécu mille vies, et de son sens inné de l’observation lui vient un savoir qu’il ignore posséder. Mais ce n’est pas le sujet du film. Le sujet du film, c’est la destinée. Réponse D, c’est le dernier mot.
Mais finalement, c’est moins le film que l’objet filmique qui intéresse au plus haut point notre société de consommation en proie plus que jamais au doute et à la soif d’ailleurs. Moins ailleurs que la Chine, dangereuse, moins touristique que la Thaïlande (Où l’espiègle Danny Boyle avait déjà posé sa caméra jadis …), l’Inde est la terra incognita rêvée. L’exotisme pourrait donc bien être le pourquoi de cette pluie de récompenses qui s’est abattue sur Slumdog Millionaire, titre par ailleurs effectivement assez irrespectueux et condescendant.
Le film qu’il fallait au bon moment, stupéfiant et accidentel effet miroir : Danny Boyle, comme Jamal Malik, n’est pas censé être couronné à la fin. Mais il l’est, contre toute attente, et malgré une concurrence plus intéressante mais beaucoup moins attractive niveau timing. On y soupçonnerait bien une tentation opportuniste du chef d’Hollywood, mais l’analogisme doit bien s’arrêter quelque part.
Dany Boyle a donc gagné des millions, ses acteurs beaucoup moins. La question s’avère éthiquement intéressante : le film a donné sa chance à des gosses de jouer la comédie au lieu de mener une vie de misère, et les a payés honorablement. Mais le succès commercial énorme justifierait à présent que leurs émoluments soient revus à la hausse. Ils le réclament, enfin surtout leurs parents. Et leur appât du gain me paraît assez justifié ; qui agirait autrement à leur place ? N’est-il pas gênant dès lors de nous asseoir dans nos belles salles obscures pour s’extasier devant leur misère chatoyante et bollywoodienne, sachant cela ? Que deviendront ces stars du moment ? En fait, qui connaît leur nom ?
Montage sauvage et épileptique, polémiques autour du film, succès de foule et succès critique… Faut-il vraiment voir Slumdog Millionaire ?
11:34 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
tres beau film je viens de le voir avec des amis indiens famille et enfants tout le monde est unanime ce film terrible est un chef d’oeuvre et montre aussi la realité de L’Inde et ce que l’on ne veut pas montrer. Un tres grand film, pour info aux donneurs de lecon on peut faire le meme sur les roms habitants les bidonvilles de paris dont les enfants sont mordus par les rats, n’ayant ni eau ni electricite et encore moins de wc...et que la police ne gere pas avec angelisme..
Ecrit par : THIERRY | dimanche, 12 avril 2009
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