mercredi, 04 février 2009

Louise-Michel

Film français (2008), réalisé par Gustave de Kerven et Benoît Delepine, avec Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, Mathieu Kassovitz, Philippe Katherine, Francis Kuntz

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Louise-Michel annonce la couleur ; le film ne flirte avec aucun consensus, ne tolère aucune compromission. Il ne s’agit pas d’un nouveau biopic sur la vie de la pasionaria des masses prolétaires du XIXe siècle : c’est une référence, un hommage, mot tant à la mode, qui autorise en fait le plagiat ou le pillage, c’est selon. Voilà au moins un des rares mérites de ce triste mélange lourd dingue d’extra-méga-gauche ; Louise Michel, la vraie, aura servi de maître à penser, ou de muse.

Pour le reste, il faudra bien avouer que c’est parfaitement imbuvable. Se rattachant à un courant de films mixant avec plus ou moins de bonheur le drame social, la fantaisie, le surréalisme et le cynisme, Louise-Michel va aller se perdre sur des sentiers le long desquels il faudrait refuser de les suivre. Le seul aspect à sauver, c’est sans doute le portrait au vitriol des grands patrons, tous un peu voyous, dans le fond, si l’on en croit le couple Gustave de Kerven et Benoît Delepine, deux anciens Grolandais. Et le contexte actuel de leur donner mille et une fois raisons. Les salariés jouent aux dindons de la farce. Ce n’est pas drôle. Or, ce qui n’est pas drôle fournit souvent la meilleure matière première de la comédie.

Vous avez dit comédie ? C’est en tout cas sous cette dénomination que l’on nous a vendu la chose. Bien sûr, le qualificatif « social » permet de prendre des libertés et de donner un poids à ses propos. Or, la comédie n’est pas drôle. Ce n’est pas fin, ce n’est pas vraiment grossier, ce n’est pas extrêmement choquant ; un journal télévisé de 19h30 m’offusque bien plus. Ce n’est pas non plus « bien trouvé ». Finalement, le scénario est assez indigent, et tire des ficelles usées jusqu’à plus soif. Des pauvresses du Nord qui perdent leur job à la suite d’une délocalisation sauvage et hypocrite, et qui engagent un tueur à gages (maladroit) pour dégommer les responsables, on a l’impression de l’avoir déjà vu, lu, entendu.

Les rebondissements, alors, l’histoire, les personnages ? Les personnages sont indéfinissables. Des caractères répugnants, des losers cauchemardesques, des affreux jojos. Et patatra ! Voilà Yolande Moreau qui se prend les pieds dans le tapis, avec son jeu « cross-over » entre les Deschiens et Groland. Puis notre gloire nationale, Bouli Lanners, pas mauvais, accompagné du guest incontournable pour qui dit « provocation » : Benoît Poelvoorde, qui reconstitue dans son jardin de camping les attentats du 11-Septembre. Ca devrait nous faire rire (jaune), mais non, ça nous afflige.

Gustave de Kerven, Benoît Delepine, Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde ; toute une petite famille qui aurait dû donner le meilleur d’elle même, mais qui répète ce qui existait déjà. Louise-Michel se veut décapant, un concentré de vitriol. Il n’en est rien. Il s’agit d’un film qui rumine une envie de révolte, mais qui ronronne comme un vieux chat mou plus très agressif.

Oui, certes, « en ces temps de crise », comme on l’écrit souvent, un film de cette trempe peut réveiller les consciences. Mais il en faut plus, plus que des méchancetés gratuites et inoffensives, pour faire changer les choses. Etait-ce vers cela que Louise-Michel tendait ? Si non, alors cela prouve l’indigence de l’anarchie, qui brasse surtout du vent. Si oui, il y a de quoi être perplexe.

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