jeudi, 08 janvier 2009

Le Festival de Cannes - Frédéric Mitterrand

Ce livre a un jour atterri chez moi, il a toute une histoire, et je me suis senti le devoir de le lire. Non pas parce qu’il m’intéressait, non pas parce qu’il promettait, mais simplement parce qu'il avait été offert à mon père, et que le geste m’avait touché. C’était une collègue de mon Père qui le lui avait donné, pendant une hospitalisation. C’était le don d’une personne qui souffrait à une autre personne qui souffrait. Cette collègue est aujourd’hui décédée. Papa a tenté de lire, ce bouquin, puis a arrêté, parce qu’il a le bon sens d’arrêter une lecture quand elle lui déplait, à l’inverse de moi. Et puis, j’avais besoin que ce livre n’augmente pas le volume incommensurable des livres non lus. Un livre non lu est un livre qui n’a pas d’essence, ni d’âme. Il n’est qu’un objet. Il fallait que celui-ci en est une.

Un cadeau, c’est de l’espoir.
Ce livre, c’est le désespoir.

C’est le crépuscule d’un faux modeste qui a beaucoup aimé le cinéma. Alors il plante sa plume dans le sable de la Croisette, le temps de jouer les présidents d’un jury d’enseignants à l’édition 2006 du Festival. Ses impressions se répartissent dans la gamme des tristes, des misérables, des insignifiantes. Il focalise son attention sur des souvenirs volontairement crasseux, désabusés. Le spleen est son fond de commerce, le dégoût le parfum de son infusion dans laquelle il trempe des tas de petites madeleines, homo-érotiques toujours. Des fantasmes où le fils d’Erol Flynn joue le rôle de sa vie, où Brad Pitt revêt des frusques de gigolo affectueux, quelle pauvreté d’imagination.
Il faudra bien penser à s’ennuyer pendant que les autres s’amusent, surtout. La mélancolie sied bien à ceux qui n’ont rien à raconter. A l’ombre du père, pour commencer. Le fils Flynn, donc, qui n’a su respirer à l’ombre du gargantuesque père. A l’ombre de la mère, en guise d’épilogue, le fils d’une actrice italienne, j’ai oublié qui, ça m’ennuie de penser à ça. Mitterrand veut se le faire. Il veut se faire tout le monde, il aimerait qu’on l’aime. Raté.

Mais ce livre ne serait plus le désespoir grâce à un tour de magie de ma composition. Il suffirait d’attendre qu’il fasse plaisir à quelqu’un. Qu’on l’offre encore. Ou qu’on l’oublie sur la banquette d’un bus, avec un post-it posé dessus, où l’on aurait écrit : « Lisez-moi. » Que quelqu’un le lise et pense : « Mais c’est merveilleusement bien écrit ! », ou : « Quelle émotion ! »

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Mitterrand Frédéric, Le Festival de Cannes, Editions Robert Laffont, Paris, 2007

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