mercredi, 31 décembre 2008

2008

En 2008, j’ai aimé finir Moby Dick, me promener sous la pluie, voir renaître les belles choses, vivre avec mon B.Q., découvrir la régénération de X-Files, déguster les délices des thés Mariage-Frères, parcourir l’exposition Cranach à Londres, marcher à Londres dans le froid et admirer les vitraux de Westminster traversés par le soleil de février, dormir sur mes deux oreilles, grimper sur la grande roue de la Place Sainte-Catherine, Bruxelles à mes pieds, écrire, caresser Cambouis, sauver Largo d’une explosion interne, m’échapper dans l’après-midi, retrouver du boulot, être là où j’en suis, me souvenir de Venise, chercher des vieilleries dans les caisses des revendeurs de bandes dessinées, courir le long de la Meuse, quitter Namur, placer mes livres dans une nouvelle bibliothèque, m’extasier devant les peintures de Séraphine de Senlis, écouter Maria Stuarda à Liège, laisser mijoter la ratatouille, manger des sushis, des sushis et encore des sushis, faire pleurer de joie ceux que j’aime, accompagner M. à Gand, puis subir par sa faute un film russe tourné à Charleroi, dire du mal de ceux que je n’aime pas, dire du bien de ceux qui le méritent, lire de l’Alexandre Dumas au lit, me goinfrer de Ben & Jerry’s, sourire même quand la situation ne s’y prête pas, tirer des plans sur la comète, admettre que l’optimisme est aussi une voie comme une autre, ne pas plaindre les actionnaires d’avoir perdu tout leur argent en ne faisant rien tout comme ils s’enrichissaient en se tournant les pouces, assister de loin et avec ferveur aux élections des USA, transir devant le dernier Clint Eastwood, accompagner mon neveu au cinéma et le voir happé par les images à peine entré dans la salle, me vautrer dans la fainéantise et prendre mon pied, me lever à 5h30 pour réaliser des revues de presse, m’émerveiller devant l’élégance de Max Ophuls et la prose de Maupassant, m’indigner contre tout ce qui n’est pas juste, purger mon cœur de certaines rancœur, jouer avec Tristé, revoir Paris, siroter de la soupe de poisson dans le froid, rouler à vélo dans Bruxelles, habiter à deux pas de Filigranes, chérir sans leur dire mes amis, prendre et puis jeter ce blog, lui dire au revoir puis le retrouver en lui reprochant de déjà être trop vieux, penser à tous ces boulots affreux qui j’ai enchaîné avant et me réchauffer le cœur en contemplant ce que j’ai obtenu, rire grâce à Tina Fey, ne quasiment rien acheter en vêtement et attendre l’année prochaine, éructer devant les outrages de Catherine Tate, écouter Once.

En 2008, je n’ai pas aimé Cloverfield, Bernard Werber, me demander si on avait bien fait d’emménager dans un loft humide et blanc, assister impuissant à la croissance des chiffres du chômage, sauver Largo d’une explosion interne, me goinfrer de tout ce qui contient du chocolat et du gras, être déçu par la fin de Carnivàle, me dépêtrer de tracasseries administratives interminables, attendre les nouvelles, m’ennuyer dans les théâtres bruxellois, trouver la portière arrière gauche de ma voiture défoncée et entendre mon assureur refuser de m’assurer tandis qu’il frôle la faillite, avoir peur sur l’autoroute, ne plus supporter les caprices de tout le monde, imaginer Sarah Palin vice-présidente des Etats-Unis, me couper du monde, avoir raté l’exposition Bacon à Londres, m’engueuler avec mon B.Q. dans cette même ville, les deux voyages de B.Q. au Mexique, voir l’exposition sur la Piéta de Michel-Ange à Bruxelles, me contraindre aux horaires farfelus de M., devoir gérer des annulations intempestives, constater qu’il y aura jusqu’à mon dernier souffle des contrariétés auxquelles il n’y a rien à faire.

jeudi, 18 décembre 2008

Tout va excessivement bien

Allô, allô, James, quelles nouvelles
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil je vous appelle
Que trouverai-je à mon retour ?
Tout va très bien, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Un incident, une bêtise,
La mort de votre jument grise
Mais à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !
Allô, allô, Martin, quelles nouvelles
Ma jument grise, morte aujourd'hui ?
Expliquez moi, cocher fidèle,
Comment cela s'est-il produit ?

Cela n'est rien, madame la Marquise
Cela n'est rien, tout va très,
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Elle a périt dans l'incendie
Qui détruisit vos écuries
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Pascal, quelles nouvelles
Mes écuries ont donc brûlé ?
Expliquez moi, mon chef modèle
Comment cela s'est-il passé
Cela n'est rien, madame la Marquise,
Cela n'est rien, tout va très bien !
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Si l'écurie brûla madame,
C'est qu'le château était en flamme,
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, allô, Lucas, quelles nouvelles
Notre château est donc détruit ?
Expliquez moi car je chancelle !
Comment cela s'est-il produit ?
Eh! bien voilà, madame la Marquise
Apprenant qu'il était ruiné
A peine fut-il rev'nu de sa surprise
Qu' Monsieur l'Marquis s'est suicidé
Et c'est en ramassant la pelle
Qu'il renversa toutes les chandelles
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut
Le vent souflant sur l'incendie,
Le propageant sur l'écurie
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre jument
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Ray Ventura

Pour tous, et avec un peu d'avance, une excellente année 2009.

jeudi, 11 décembre 2008

The Changeling

Film américain (2008), réalisé par Clint Eastwood, avec Angélina Jolie, John Malkovitch, Michael Kelly, Jeffrey Donovan, Jason Butler Harner (Universal Pictures)

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The Changeling est certainement l’un des films les plus colériques de cette année, signé par un réalisateur au sommet de son talent, de ses sommets d’où l’on ne retombe plus : dans la légende du cinéma, il s’est déjà taillé une place, à côté de John Huston et John Ford.

Le récit de cette maman célibataire, volontaire et forte, à qui son petit garçon est enlevé, révèle ce que l’espèce humaine a de plus pernicieux. Les Années folles, Los Angeles. Un soir, Christine Collins constate en rentrant du travail que son fils a disparu. Elle entreprend le plus calmement possible de le retrouver dans le quartier, mais revient bredouille et appelle les services de police. La procédure veut qu’on attende vingt-quatre heures avant d’entamer des recherches. Las, l’enfant ne réapparaît pas, et les jours passent. Tiraillée entre le désespoir et l’angoisse, Christine prend tous les jours contacts avec les autorités, les hôpitaux, les orphelinats, demande si l’on n’a pas accueilli un garçonnet d’une dizaine d’années qui ressemblerait au sien. Rien. Jusqu’au jour où la police lui apprend la nouvelle qu’elle n’attendait plus : son fils a été retrouvé. Or, cet enfant, ce n’est pas le sien. Elle le clame, elle l’affirme, elle refuse, mais les forces de l’ordre, dont l’image est désastreuse, rongée qu’elles sont par la corruption et l’incurie, ne donnent pas suite aux suppliques de la mère trahie. Leur agacement ne fera qu’aller croissant…

Il y a vraiment une colère énorme qui sourde en Clint Eastwood, la colère d’un homme d’expérience, d’une grande intelligence, qui voit que le monde se nourrit de la pourriture produite par l’injustice. Et c’est un film sur cette ordure qu’il réalise. Mais en artiste fin, il réalise avec délicatesse. Il aime la reconstitution, il la soigne. De là à parler d’un film qui sent la naphtaline, il n’y a qu’un pas, que certains critiques qui ne savent pas trop voir et regarder, ont franchi allègrement. Je crois au contraire que The Changeling dégage une virilité, une vitalité incomparables. De la modernité ? Non. De la conviction, de la belle mécanique, oui. Les « genres » se confondent, mélo, thriller, horreur ; colère, encore et toujours.

Il faudrait aussi défendre l’interprétation d’Angélina Jolie et la façon dont elle est mise en scène. A la facilité d’en faire des tonnes, l’actrice la mieux payée d’Hollywood préfère la retenue et l’introspection. Tout est dans le regard, dans la pose. Son personnage lance un défi à la société, contrainte et forcée mais courageuse : il faut voir la détermination dans son corps, filiforme, spartiate, qu’Eastwood capture à la caméra comme si elle était l’incarnation d’une peinture d’Egon Schiele. A eux deux, Eastwood et Jolie inventent une nouvelle virilité, elle très masculine, lui vieux taureaux révolté dont la sensibilité l’a toujours amené à poser un regard compatissant sur les malheureux et les oubliés.

vendredi, 05 décembre 2008

L'antre prise

Ce qui me frappa tout à coup, c’était à quel point les décideurs de l’entreprise se désintéressaient d’un projet sitôt qu’il était mis sur les rails. Ils le considéraient comme révolu, le laissaient aux rouages des travailleurs. Les maladresses mangeaient les interrogations, on se demandait à quoi ça servait, mais les roues dentelées qui servent à effectuer le travail, ça n’est pas conçu pour poser des questions, alors les travailleurs se taisaient. A côté, les décideurs échafaudaient autre chose, négociaient et imaginaient les plans de nouvelles machines à sous. Les rouages tournaient, mais ce n’était pas gai d’être le maillon d’une chaîne, avec les visses, les écrous et les bras métalliques, préoccupés par des pensées de visses, d’écrous et de bras métalliques. A cette heure, j’aurais volé dans les airs pour être sous le soleil, à paresser et à ignorer tout de la machinerie de l’entreprise humaine.

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