vendredi, 14 novembre 2008
L'Allée du Roi - Françoise Chandernagor
La vie extraordinaire de Madame la marquise de Maintenon, née Françoise d’Aubigné, petite-fille de poète voyou, fille de voyou, mariée à l’écrivain Paul Scarron, devenue veuve Scarron, remarquée dans les Salons par les grands de l’époque, entrée par la petite porte à la Cour du roi de France, préceptrice des bâtards de celui-ci avec Françoise Rochechouart de Mortemart, Athénaïs, marquise de Montespan, rivale de celle-ci dans le cœur du roi et aux prérogatives de favorite, épouse de Louis XIV.
Elle avait l’intelligence vive et l’amour des enfants, à l’éducation desquels elle dédia beaucoup de son énergie, intrigant comme une folle parfois, manœuvrant subtilement à d’autre pour obtenir du pouvoir royal ce qu’elle désirait. C’était bien modeste, par ailleurs, car Madame de Maintenon n’était pas très dépensière, pas très joueuse et toujours anxieuse de subir la disgrâce, malgré ce mariage morganatique clandestin qui l’unissait avec le grand monarque du XVIIe siècle classique. Elle n’était pas peu fière, et en même temps lui collait à la peau cette image de souillon parvenue à de trop hautes sphères, un je ne sais quoi de fausse noblesse qui jurait dans le paysage, mais somme toute qui l’autorisait à concevoir quelque orgueil de self-made-woman. Elle n’était pas très gaie non plus, la veuve Scarron, un peu moralisatrice souvent, vaguement dévote mais guère bigote ; c’est pour ne plus vivre dans le pêché que le Roi-soleil, si volage, décida d’épouser sa maîtresse. Tout à fait cartésienne, au demeurant, elle tomba des nues quand les cabales de l’Affaire des Poisons éclata et éclaboussa les petits « de » de Versailles, elle qui ne s’était même jamais fait dire les lignes de la main.
Finalement, partie des égouts pour finir sous les dorures, battues par les mêmes courants d’air, Madame de Maintenon regrettait sa bourbe, comme les carpes que Louis XIV adorait tant qu’il leur offrait dans les bassins impeccables de ses fontaines des bijoux et des privilèges, et qui, au grand dépit de leur bienfaiteur, ne faisaient jamais long feu.
Françoise Chandernagor admire le personnage, je suis sûr qu’elle aimerait lui ressembler, il y a des chances qu’elle y parvienne. Un vrai travail d’archiviste est à la base de cette biographie romancée d’une très grande qualité historique et littéraire, qui fait la part belle à la plume de Madame de Maintenon elle-même en reprenant autant que possible des passages de sa riche correspondance (Ce qu’il en reste !). Très rigoureuse, cette reconstitution dresse un portrait intense de femme forte. Il ne tombe jamais dans les travers du féminisme anachronique, flirte parfois avec l’hagiographie, mais au moins Françoise Chandernagor ose-t-elle exprimer un point de vue.

Chandernagor Françoise, L’Allée du Roi, édition Julliard, Paris, 1981
11:22 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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