mercredi, 05 novembre 2008

Barack Obama

Je n’ai pas dit un mot de Barack Obama. J’ai même un doute au moment d’écrire son prénom, je suis quasiment sûr qu’il y a un c entre le a et le k, mais j’en doute, en même temps. Mais de cette incertitude je me revendique. Parce qu’il n’y a d’abord pas eu matière à pavoiser, en tant qu’Européen, et ensuite parce que justement, j’ai considéré comme dangereux l’amour inconditionnel professé par l’Europe tout au long de la campagne du candidat démocrate. Et ça m’aurait énormément le même schéma se reproduise qu’avec John Kerry en 2004 : adoré de ce côté de l’Atlantique, ignoré plus ou moins poliment chez l’Oncle Sam.
La victoire toute fraîche de Barack Obama m’est donc un grand réconfort. Pas parce que John Mc Cain m’était très antipathique. Il était républicain, ce qui déjà est une tare pour qui n’est pas Américain, mais il était également très mal entouré, représentait plus ou moins malgré lui l’héritage de W. (Le plus exécrable souvenir de l’histoire politique des Etats-Unis ; son bilan réhabilite à lui tout seul Nixon …), et vit sans doute un tout petit peu à côté de la plaque en ce qui concerne l’argent. Sarah Palin aussi. Mais elle, elle vit dans un monde bien à elle, avec des croyances bien à elle, des valeurs bien à elle, et elle baigne dans une inculture sombre et une ignorance crasse de tout ce qui ne constitue pas son monde. A elle. Sinon, elle est sympathique.

Hier, les journaux jouaient encore à se faire peur. Et si, finalement, Barack Obama ne l’emportait pas ? A cause de la bêtise des électeurs, du système électoral étrange en vigueur, de la mobilisation des fondamentalistes religieux et des bouseux du fin fond de Salt Lake City, de la couleur de la peau des candidats, de la trop faible mobilisation ? Et nous, on s’est dit : « Ca m’étonnerait pas que finalement, ce soit Mc Cain qui gagne ! » Il est vrai que le grand écart entre Bush et Obama donne le vertige. Mais enfin, notre presse nous persuadant doucement que les Américains étaient assez idiots pour encore une fois voter pour les Républicains contre toute attente pour le plaisir de démentir les sondages, on se demandait si la perle rare n’allait pas nous passer sous le nez. Sauf qu’il y avait quand même des signes assez clairs pour se permettre de se montrer un peu plus affirmatif : les déclarations de l’un ou l’autre intellectuel US (Oliver Stone, Jonathan Demme, …), les budgets phénoménaux dont disposaient les Démocrates à une encablure de l’élection. Bref, tout ça pour dire que la presse européenne avait surtout la trouille de se planter et entretenait une espèce de superstition à trop vouloir « y croire ». Point de réserve, mais bien de la peur. Or, la peur ne fait pas bien écrire, et n’éclaire pas très loin.

Maintenant, on ressasse les difficultés qui attendent le 44e président. On ne pense pas à saluer le vote très citoyen des Américains, qui ne sont pas tombé dans le piège de l’effet de chose, qui veut que les gens ne votent pas comme ils l’indiquent quand on les interroge avant le scrutin (Sheriff, fais-moi peur !). On ne pense pas à signaler qu’en Europe, on n’a pas un seul chef d’Etat de couleur, et qu’on n’est pas prêts d’en avoir un. C’est une belle victoire que l’Amérique fête ce soir, c’est un signal très positif qu’elle envoie au monde entier, c’est du respect que m’inspire ceux qui ont voté pour le candidat le plus apte en remplir le job. Ce qui est une révolution par rapport à l’incurie de l’administration Bush et au foutoir qu’elle laisse en héritage à la planète.

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