vendredi, 10 octobre 2008
Requiem vénitien - Vincent Engel
Requiem vénitien, un beau titre, un livre délicat d'un auteur dont je soupçonnais la vertu de sa plume, et qui ne me déçut point. Vincent Engel a rédigé un roman de facture splendide, avec la juste mesure de décadence, de romantisme, d’intrigues et d’Histoire (notez la majuscule). Voyez venir à vous l’art maudit du musicien humaniste plongé dans les affres violent de la guerre d’indépendance contre les armées autrichiennes ; mais avant cela, parcourez le prélude, l’exil berlinois d’Alessandro, vieillard à la dent dure et tranchante, et emboîtez le pas de Jonathan, son pupille, en partance pour Venise la chavirante.
Fouiller dans le passé d’un homme, son art si merveilleux soit-il, porte toujours à conséquence. Jonathan découvre l’an 1848, l’an révolutionnaire. Avec son cortège de portraits vénitiens : le comte Bulbo, à qui toute expression artistique déplaît souverainement ; Frédéric, librettiste dépourvu de talent mais non d’ambition ; son épouse, arriviste jusqu’au bout des ongles ; un orphelin dépenaillé à travers la voix de qui Dieu chante des notes ultimes ; une ribambelle de gens secoués par les soubresauts du soulèvement de la cité lacustre. Enfin la fuite loin des boulets, du choléra, des malades, des morts, de la magnificence en état de décomposition avancée. Et la perte de ce qui fut beau, et ne pouvait pas survivre.
L’exil d’Alessandro ne le sauve pas des eaux des canaux. Venise le hante, l’habite. Il la hait, mais la haïr c’est se détester soi-même. Vincent Engel le sait peut-être mieux que personne. Ses phrases semblent l’attester. Que de grâce dans ce style, que de gravité, que de liberté. Requiem vénitien est de ces dons d’élégance que l’on savoure, et dont on s’enorgueillirait presque, qu’il nous appartienne ou non.

Engel Vincent, Requiem vénitien, Fayard, Paris, (2003) réédité chez Le Livre de Poche, Paris, 2004
09:07 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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