mercredi, 30 juillet 2008
Eldorado
Film belge (2008), réalisé par Bouli Lanners, avec Bouli Lanners, Fabrice Adde (Versus Production)

Je n’aimerais pas à devoir dire qu’Eldorado, le film de Bouli Lanners, applaudi par les critiques et par le public, est décevant (Rien à voir, mais je conseille quand même vivement l’excellent film de Yolande Moreau Quand la Mer monte ; de l’excellent cinéma, un beau scénario, des dialogues étudiés, bien ciselés et une mise en scène inspirée !). D’ailleurs, ce serait faux. Si on compare avec ce que la Belgique, terreau fertile des Dardenne et autres Benoît Mariage, produit en général, c’est carrément une brise fraîche qui caresse les visages. Toutefois je me garde bien de ne m’en tenir qu’à la comparaison. Analysons-le aussi.
Road-movie wallon, un genre nouveau qui consacre l’association audacieuse d’un américanisme et d’un adjectif régional en diable. Eldorado, c’est l’histoire d’Yvan, un mec ventripotent franchement lourdé de la vie, ferrailleur un peu escroc, qui tombe en rentrant un soir chez lui sur un cambrioleur, qui se planque sous le lit une fois découvert. Yvan le somme toute la nuit de sortir de cette cachette fort peu commode, en vain. Au petit matin, le voyou tente de fuir, Yvan le choppe vivement et le blesse à la papatte, pas gravement, non, mais assez pour qu’un quelque chose indéfinissable, un semblant d’attachement naisse entre Yvan l’ours blessé et Elie, le toxico qui essaie de décrocher et qui vole pour « s’en sortir ». Il voudrait bien rentrer chez ses parents, qu’il n’a plus vu depuis longtemps, mais n’en a pas les moyens ; il lui manque un moyen de transport. La voiture, c’est Yvan qui l’a. La suite paraît donc logique : le tandem improbable embarque pour une virée nostalgique à travers la Wallonie, à la rencontre de ses habitants désincarnés.
Effectivement, notre belle et noble région ne transcende point cette fois l’écran par ses images d’anciens chancres industriels ou par des vues improbables de Charleroi un samedi soir sous le pluie au beau milieu du mois de janvier. Ce sont les beaux panoramas de nos Ardennes, les routes de notre Condroz, les stations essence de notre Hainaut que Bouli Lanners a choisi pour illustrer son film. Et ça, c’est bien.
Par contre, là où je coince, c’est dans ce ton faussement amusé à certains moments. Car, au contraire de ce que j’ai lu ici et là, on ne passe pas « du rire au larmes ». C’est clairement triste à pleurer, c’est Misère au Borinage avec des feuillus et des vallons, c’est quand même encore et toujours Rosetta en classes vertes à Wellin. Non pas que ce soit mal. Franchement pas : un film triste de bonne facture, ça ne court pas les rues non plus ; et Eldorado touche au cœur, un cœur gros de voir que la vie est injuste, dure, cruelle, et qu’on n’échappe pas facilement à sa condition d’esclave. La scène entre la maman d’Elie et Yvan prend littéralement aux tripes, d’ailleurs.
C’est un film qui ressemble à son auteur, même s’il faut bien le reconnaître, je ne le connais pas bien, ce gros Liégeois écorché vif, poète et rond comme un Mister Patato, qui vit sur une péniche et qui a traîné avec les Snuls quand il était jeune. L’histoire d’Eldorado, il l’a piquée à la réalité, après qu’il eut surpris des voleurs en plein dans leur travail en train de vider son bateau de son contenu. Il les avait laissé filer. Ils revinrent plus tard achever leur vilaine besogne. Notez bien que dans le film, ça finit comme ça : on retombe toujours dans son vice. Et ça, comme je l’ai dit, ça ça peut vraiment faire chialer.
17:25 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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