jeudi, 26 juin 2008
Le Mystère des Dieux - Bernard Werber
Bernard Werber a déjà eu l’honneur par deux fois d’un billet signé de ma plume. L’un pour Le Papillon des Etoiles (Papillon de lumière … Non, je confonds !), l’autre pour le tome précédent celui dont je parlerai aujourd’hui, et qui avait (a toujours) pour titre : Le Souffle des Dieux.
Si l’année passée, je me défendais encore de traiter Bernard Werber d’escroc, je sens pourtant cette retenue céder. Qu’on écrive encore et encore sur un même sujet, pourquoi pas ? La littérature est-elle autre chose que cela ? Ce n’est pas cet angle-là que j’attaque. Non, ce que j’entends dénoncer, c’est une certaine malhonnêteté intellectuelle, un manque de respect pour le lecteur (Il est en droit de ne pas tenir compte de celui qui le lit, mais la conclusion du Mystère des Dieux engage Werber au-delà d’une relation auteur/lecteur, dans la mesure où il le prend en otage. !) et en réalité, un ego qui croît en proportion du chiffre de vente de ses romans.
Un ego démesuré, Bernard Werber ? Lui, si simple, si profond, si gentil ? Lui qui justement, fustige les prétentieux pour mettre en avant les généreux, ceux qui offrent avec leur coeur et leur esprit ? Lui qui écrit sur le peuple des dauphins ? Il y a de quoi nier en bloc, avancer ces arguments-là et clouer le bec du rabat-joie. Certes. Mais moi, j’ai vu, entre les lignes, un autre personnage, un Bernard Werber incohérent et suffisant.
Illustration. Le personnage principal, Michael Pinson, ancien homme, ancien ange et ancien dieu en herbe, est redevenu un homme. Il atterrit sur la terre qui lui servait de terrain de jeu, à lui et à ses camarades apprentis dieux, et s’incarne dans un écrivain à succès. Voici, dès lors, ce que le sieur Werber écrit. La scène se passe entre notre héros, nouvellement rebaptisé : Gabriel Askolein, et un auteur reconnu par ses pairs, membre d’une sorte d’Académie Française. C’est ce dernier qui parle : « Tu sais pourquoi je te déteste personnellement ? A cause de ma fille. Elle ne lisait pas. A 13 ans elle n’avait toujours pas terminé un seul roman. Et puis un jour elle a découvert un de tes livres, conseillé par un de ses copains de classe. Elle l’a ouvert et l’a lu d’une traite toute la nuit. Puis un deuxième. Elle les a tous lus en un mois. Tes quatorze romans. Et alors elle a commencé à nous parler de philosophie et d’histoire. Et elle s’est mise à lire des essais philosophiques et historiques pour compléter ce qu’elle avait lu chez toi. C’était toi qui lui avais donné envie de lire. » (page 215)
Plus fort. En réaction à une critique d'un de ses détracteurs, Gabriel Askolein/Michael Pinson pense : « Jonathan Swift disait : "Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui." » (page 219)
Soit j’ai le fond mauvais, soit Werber est en train de se tresser sa propre couronne de lauriers et le lecteur, estomaqué par la prose du flagorneur narcissique, s'en aperçoit. On connaît en effet le goût prononcé de l'auteur de l'Arbre des Possibles (Il en fait la promotion dans le roman, je jure que c'est vrai !) pour les références, les mises en abyme, les clins d’œil. Difficile, du coup, de ne pas établir, selon les propres règles qu’il a mises au point depuis le premier volet de la trilogie des Fourmis, difficile de ne pas établir un lien, et de ne pas comprendre que cet auteur de best-sellers qui amène les jeunes à la lecture, c’est Bernard Werber lui-même. Ce qui, en réalité, n’est pas faux : quand j’étais adolescent, mes amis qui n’aimaient pas lire, je les ai parfois surpris, sans obligation parentale ou professorale, un exemplaire des Thanatonautes en main, par exemple. Mais chanter soi-même ses propres louanges, de manière quelque peu clandestine, c’est inacceptable. Surtout quand, cerise sur le gâteau, la dédicace du roman résonne ainsi :
« A tous les lecteurs qui, malgré l’attrait
de la télévision
d’Internet
des disputes de famille
des jeux vidéos
du sport
des boîtes de nuit,
du sommeil,
ont trouvé quelques heures pour que nous rêvions ensemble… » (page 7)
Flatter pour mieux tromper. A moins qu’il ne s’agisse de se convaincre soi-même.
Ca et les considérations littéraires imbuvables qui remplissent du vide entre les pages 210 et 213, pour ne citer que celles qui me tombent en premier sous les yeux ; ça et les extraits de l’Encyclopédie du Savoir relatif et absolu ; ça et les interminables histoires d’amour absolu avec trois femmes (et demi) différentes dans un seul tome ; tout ça a fini par me faire franchir la barrière et brûler ce que j’ai adoré : non, Bernard Werber n’est plus un auteur que je veux défendre. Non, je ne veux plus privilégier ses élans de créativité pour mieux passer l’éponge sur le style ballonné (La fin du roman aurait pu être, je le concède, une bonne nouvelle isolée. Evidemment, pour clôturer une saga qui dure depuis plus de dix ans, ça ne peut qu’alourdir encore un peu plus le pudding !), sur des fautes de mauvais-goût, sur une culture désordonnée qui évoque plus le chaos wikipédiesque que l’encyclopédie raisonnée. Le postulat de départ : « Vous trouvez que dieu est imparfait ? Essayez vous même de faire mieux ! » est proprement noyé dans ce bouillon de culture vomitif.
L’année prochaine, ou plus tard, peu importe, quand sortira son prochain bouquin, je ne l’achèterai pas. Ce Mystère des Dieux achève de manière pitoyable une série qui volait de moins en moins haut au fur et à mesure que ses protagonistes, eux, s’élevaient.

Werber Bernard, Le Mystère des Dieux, Eidtions Albin Michel, France, 2007
23:50 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



Commentaires
Tu dis que Werber a un style ballonné mais le tien est ampoulé. Finalement tu critiques quelque chose dont tu te rapproches... le pudding.
Ecrit par : billy | mercredi, 02 juillet 2008
good try Monsieur Werber, good try . ou je dois dire "billy"? lol
Ecrit par : alicesback | jeudi, 03 juillet 2008
Faut arrêter de vous la péter, je ne suis pas Werber et je doute qu'il se donne la peine de vous visiter un jour...
Ce blog, on dirait un vieux roman poussiéreux. Hé les gars, on est en 2008!!!
Ecrit par : billy | jeudi, 03 juillet 2008
Toute littérature est contemporaine pour le lecteur qui sait lire.
Ecrit par : alicesback | jeudi, 03 juillet 2008
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