mercredi, 30 avril 2008
Once
Film irlandais (2007), réalisé par John Carney, avec Glen Hansard et Markéta Irglová

Once, c’est l’histoire d’un Irlandais abandonné par sa petite amie, qui chante son chagrin d’une voix poignante dans les rues de Dublin contre quelques pièces de monnaie, et d’une Tchèque immigrée sans le sou, au timbre doux et profond. Lui, l’homme perdu ; elle, la mère célibataire sensible. La rencontre de ces deux personnes donnera lieu à une fusion émotionnelle et musicale, belle et simple.
Once, c’est de la musique romantique sans fioriture, qui va à l’essentiel et qui tient le troisième rôle principal. Elle touche au plus profond de vous-même, cette union de deux organes splendides. Celui de Glen Hansard, aiguë, torturée mais pas mièvre, vecteur idéal pour dire la tristesse de la séparation. Celui de Markéta Irglová, mûr et grave, qui représente l’espoir et le courage.
Superbe film sentimental, qui ne se retient pas et qui ne tombe pas non plus dans la guimauve, Once se paie le luxe de ne jamais sortir de la limpidité, de la clarté. Droit au but, le cœur ; droit au cœur, les sentiments ; droit aux sentiments, la beauté.
Dans la vie, Glen Hansard et Markéta Irglová forment un couple très harmonieux, et chantent en duo. Leurs chansons ont servi de toiles de fond au film de John Carney.
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mardi, 22 avril 2008
Mephisto for ever
Dans l’Allemagne des années trente, une troupe de théâtre répète Hamlet de Shakespeare. Des élections se tiennent ce jour-là, que les nazis remportent. Le metteur en scène, Kurt Köpler, reçoit aussitôt la visite du futur ministre de la culture : en échange de sa complaisance, Kurt et sa compagnie seront autorisés à poursuivre sans entrave leurs activités. Les réactions des acteurs sont immédiates. Kurt cède au doux chantage du nazi. Le spectacle continuera, et si fermer les yeux sur les agissements de la dictature est le prix à payer pour que l’art survive, qu’il en soit ainsi !
Pièce vue il y a quelques semaines au Théâtre des Martyrs à Bruxelles, Mephisto for ever me laisse un souvenir flou, pas déplaisant mais trop fade pour que je m’étende longtemps dessus ; les rapports entre l’art et la politique, la liberté d’expression, le sens de l’histoire, les entremelements de la réalité et de la fiction … tant de thèmes pour une seule pièce ! En revanche, s’il ne fallait retenir que cela, je me rappelerais alors ce qui suit.
Les variations sur le thème de Faust sont innombrables, le thème du pacte avec le diable inspirant aussi bien la crainte que la fascination. Car de quoi s’agit-il d’autre sinon de ces minuscules compromissions qui jalonnent en permanence nos vies ? Pour poursuivre notre but, nous devons faire preuve de pragmatisme, accepter parfois de faire le mal (ou pire, l’absence de bien), quitte à regretter ensuite notre comportement. Conclure un pacte avec Méphisto rime souvent avec lâcheté. Il n’existe pas plus belle et juste métaphore pour illustrer notre penchant à renoncer à la grandeur d’un idéal d’honnêteté envers les autres mais surtout avec soi-même. Choisir ce qui à court terme nous paraît relever du meilleur peut s’avérer le pire ; c’est ce qui engendre chez chaque être humain la rancœur, l’aigreur, la mélancolie.
Le pire étant que personne n’a jamais été et ne sera jamais conscient qu’il signe le contrat diabolique, sauf les très sages, les courageux et ceux qui apprennent de leurs erreurs.
Mephisto for ever, de Tom Lanoye
Adaptation : Alain Van Crugten
Mise en scène : Elvire Brison
Avec : Angelo Bison, Bernard Sens, Itzik Elbaz, Janine Godinas, John Bobrynine, Stéphane Excoffier
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jeudi, 17 avril 2008
Peur(s) du Noir
Film d’animation français (2007), réalisé par Blutch, Charles Burns, Marie Caillou, Pierre di Sciullo, Jerry Kramsky, Lorenzo Mattotti, Richard McGuire, Michel Pirus et Romain Slocombe, avec les voix de Guillaume Depardieu, Nicole Garcia

Le cinéma et la bande dessinée sont deux univers qui se rejoignent sur tellement de points qu’il n’est jamais étonnant de voir que l’un s’empare de l’autre, et parfois avec beaucoup de succès ; je cite ainsi Persepolis à titre d’exemple, un petit bijou d’humour, d’imagination et d’animation. Peur(s) du Noir ne fait pas exception à la règle et ravira les bédéphiles autant que les cinéphiles.
Certes, je ne connais pas, sinon de réputation, les auteurs qui ont réunis ici leur talent pour réaliser ce film à sketches. Mais mon inculture n’a pas pour autant gâché mon plaisir, loin s’en faut. Se déclinant exclusivement en noir et blanc, les images illustrent le thème de la peur, puisant leur force d’évocation dans la plus ancestrale de toute : la peur du noir.
La première histoire est celle d’un jeune homme timide, narrée par un vieillard alité, ressemblant étrangement à une larve géante. Le freluquet binoclard qui tombe amoureux d’une magnifique demoiselle, dont le comportement commence très rapidement à changer. Un premier effroi attend déjà le spectateur en conclusion. Signé Charles Burns, ce récit initial aux accents cronenbergien frôle la perfection.
Déception par contre pour le deuxième mini-récit horrifique d’une petite Japonaise en proie au sadisme d’un savant fou, d’un fantôme samouraï et de ces petits camarades de classe. Trop touffu, à la limite de l’expérimental, graphiquement peu convaincant, cette partie du film m’a déçu. Un manga qui ne s’assume qu’à moitié, œuvre de Marie Caillou.
Heureusement, un conte sur l’enfance a tôt fait de me donner à nouveau de charmants frissons. De mystérieuses disparitions dans un décor de campagne, entre plaines et marécages, sèment confusion et angoisse au sein d’une petite communauté où un garçon préadolescent passe ses vacances. Lorenzo Mattotti, qui en est l’auteur, glisse sous les vapeurs des marais écrasés par la chaleur du soleil de plomb l’ombre du fantôme de la nostalgie, et prouve par la même occasion que, pour créer la peur, il n’est pas indispensable d’invoquer les orages, le brouillard ou la tempête.
Blutch, le seul nom de moi connu jusqu’alors, réalise une allégorie de la cruauté. Un noble d’âge canonique, habillé à la mode du XVIIIe siècle, traverse ce qui est sûrement ses terres, tiré en avant par une meute de chiens féroces, tous crocs dehors, dévorant d’innocentes victimes (un enfant, un ouvrier, une danseuse) sous le regard révulsé de plaisir du vieillard. Le trait devient nerveux, du crayonné résulte une impression de nervosité, d’insécurité. Seul récit découpé en plusieurs passages, il est le plus abouti au niveau graphique. Hélas, il n’effraie guère, et sa portée de réflexion s’avère trop courte. Qui est ce chenu sadique ? Pourquoi lache-t-il ses molosses manifestement au hasard ?
La peur de tout et de rien, le sublime et le minable, le banal et l’extraordinaire se côtoient dans le monologue-interlude qui constitue au final un cinquième court-métrage en soi, dit par Nicole Garcia, en fond sur une succession de figures géométriques inquiétantes de Pierre di Scullio. Beaucoup d’humour dans ces séquences.
Le dernier sketch, à mon sens le plus réussi, reprend le thème usé jusqu’à la trame de la maison hantée qu’un malheureux quidam visite. Solitude, souvenirs et cadavres dans le placard sont au programme de cette ultime animation que l’on doit à Richard McGuire ; un ravissement pour les sens. Graphiquement, il utilise à la perfection la dynamique du noir et du blanc. Les effets d’épouvante saisissent par leur perfection. Epuré, efficace, novateur sans tourner le dos aux grands classiques du genre, ce dernier passage tient de l’apothéose et confère à l’ensemble une réjouissante cohérence, une gageure dans le genre du film à sketches.
Frileusement reçu par le public, Peur(s) du Noir mérite qu’on le découvre sans plus tarder. Mais sur un marché du cinéma saturé comme on le connaît aujourd’hui, parasité de surcroît par une pléthore de navets dopés à coup de millions d’euros ou de dollars, rien d’étonnant à ce qu’il soit boudé par la plupart d’entre nous. Et c'est dommage.
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lundi, 07 avril 2008
La Marque de Windfield - Ken Follett
Une prestigieuse école dans l’Angleterre de la seconde moitié du XIXe siècle. Un élève trouve la mort en se noyant dans une marre où les jeunes garçons ont l’habitude d’aller se rafraîchir pendant les fortes chaleurs. Sont présents au moment du drame : Micky Miranda, élégant arriviste venu du Cordovay, Edward Pilaster, gros paresseux, et son cousin détesté, Hugh Pilaster. Accident ou meurtre ? Micky connaît la vérité, et du haut de ses treize ans fera chanter la mère d’Edward, Augusta, matriarche retorse d’une famille de banquiers richissimes, puissants, cruels.
Quelques années plus tard, cette terrible journée détermine encore les destins de toute la famille Pilaster. Le vieux Seth Pilaster règne sur sa banque sans partage, dédaignant de se soucier de sa succession. Le père de Micky Miranda, potentat local du Cordovay, dessine de noirs projets qui le mèneront, peut-être, au sommet de cet Etat d’Amérique du Sud. Se tissent au coeur de ce microcosme des liens et des haines indestructibles, au gré desquels les protagonistes iront des vertigineux sommets aux plus profondes dépressions.
La Marque de Windfield est un (trop) épais roman dans lequel Ken Follett fournit une foule de détails pour recréer le Londres de l’ère industrielle, l’ambiance de la City qui bouge au rythme des cours de la bourse, des sacres et des faillites des banques du monde entier.
En outre, la psychologie des personnages surprend par une profondeur qu’on ne voit jamais venir : l’auteur semble y aller à la grosse cuiller, pourtant son récit prend une direction toujours plus intéressante, toujours plus perverse.
Dommage que ni l’écriture ni le style ne suivent : la beauté de la prose de Ken Follet (Si elle existe !) est mise intégralement au service de l’intrigue.
Ce livre aurait pu être un très bon roman de genre victorien, au suspens habilement distillé ; il se révèle un gentil thriller sans prétention, distrayant.

Follett Ken, La Marque de Windfield, traduit par Jean Rosenthal, Robert Laffont (1993), réédité au Livre de Poche, Paris, 2007
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vendredi, 04 avril 2008
Le Bam se dévoile - De la collection à l'exposition
Le musée des Beaux Arts de Mons, le Bam, organise sa deuxième exposition depuis sa réouverture l’année passée. Après plusieurs années de travaux, le lieu est devenu une petite merveille architecturale (Fruit du travail de l’architecte Christian Menu) qui à elle seule vaut déjà le détour. Par phénomène d’osmose peut-être, la première exposition Le Surréalisme en Belgique s’est classée parmi les plus réussies de 2007. Le Bam se dévoile – De la collection à l’exposition remplit très honorablement sa mission de deuxième évènement d'envergure, souvent considérée comme un test, confirmant ainsi la grande motivation de la cité montoise, et traduit sa grande ambition : devenir capitale européenne de la Culture en 2015.
En cette période de célébration de CoBrA, il était pertinent de se positionner parmi les organisateurs prestigieux de rétrospectives consacrées à ce mouvement pictural. Le Bam a donc mis à disposition ses cymaises pour accueillir la collection Neirynck. Un ensemble d’œuvres particulièrement intéressantes, qui rassemble beaucoup non seulement des artistes CoBrA, mais aussi des suiveurs et des contemporains issus d’autres courants picturaux, comme la Jeune Peinture Belge, ou les différentes écoles d’abstractions. Un parcours passionnant, baptisé : CoBrA Passages, propose au visiteur de découvrir l’histoire de la peinture belge depuis la Deuxième guerre mondiale, à travers ses grands thèmes, ses principaux questionnements et ses approches essentielles : le travail de la matière, le lyrisme abstrait, l’abstraction lyrique, la passion de la géométrie, le pouvoir de la couleur. Les artistes ont pour nom : Serge Vandercam (A découvrir de toute urgence, j’ai l’intuition que la renommée de ce peintre ne va cesser de croître !), Pierre Alechinsky (Tiens !), Jo Delahaut, Victor Vasarely, Christian Dotremont, Henri Michaux, Louis van Lint, auteur de cette magnifique phrase, que j’ai envie de méditer : « Le mystère de la peinture n’est autre que celui qui est en nous. »

Moi et les Masques - Hommage à James Ensor - Serge Vandercam
La seconde collection qu’expose le Bam est celle des époux Duvivier, qui ont fait don de leur œuvre à la Communauté française de Belgique. Là, je me prononce de manière moins enthousiaste : des œuvres beaucoup moins intéressantes à mon avis, trop facilement « modernes » ; il me semble qu’il y a dans cette accumulation « d’objets » pas mal de rebus qui ne résisteront que difficilement au passage du temps.

Le Bam se dévoile – De la collection à l’exposition se tient jusqu’au 17 août 2008 au Musée des Beaux-Arts de Mons.
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