lundi, 24 mars 2008
Sweeney Todd
Thriller musical américain (2007), réalisé par Tim Burton, avec Johnny Depp, Helena Bonham-Parker, Alan Rickman, Laura Michelle Kelly, Timothy Spall (Warner Bros)

Benjamin Barker, ancien barbier, prisonnier injustement condamné à une peine de bannissement à vie, revient à Londres assouvir sa vengeance à l’encontre du juge Turpin qui l’a envoyé en geôle afin de mettre la main sur sa jeune femme. Barker, qui se fait maintenant appeler Sweeney Todd, occupe la chambre qu’il habitait auparavant avec son aimée ; le lieu appartient à Miss Lovet, une aubergiste spécialisée dans les tourtes, et dont la cuisine est aussi crasse que vide. Elle loue la chambrette à Sweeney Todd, qui rouvre son salon de rasage en ce lieu. Miss Lovet devient sa plus fidèle supportrice.
Un jour, un barbier concurrent de Todd le reconnaît et menace de le dénoncer. L’ancien prisonnier le tue dans un geste de rage et de désespoir. Mais comment se débarrasser du corps ? Avec Miss Lovet, Sweeney Todd le fait disparaître en se servant de la chair du malheureux pour fourrer les tourtes. L’idée vient dès lors aux criminels de combiner cuisine et vengeance, en étendant cette expéditive technique à l’ensemble de Londres d'ici à pouvoir mettre la main sur le juge Turpin.
Histoire taillée sur mesure pour Tim Burton et créée pour Stephen Sondheim, l’auteur du musical Sweeney Todd The Demon Barber of Fleet Street, ce film chanté est une perle rouge réjouissante.
Epais, certes, gore, assurément. L’univers de Burton s’épanouit dans cette vision tout à la fois gothique et truculente de la narration. Songeons à Mars Attacks et à ses morts par milliers, qui font honteusement rire. Ici, le phénomène se reproduit : le meurtre amuse, devient acte léger et presque routinier. Nous ne saurions néanmoins assez nous méfier de cette apparente « légèreté » ; derrière les expéditions punitives de Sweeney Todd filmées avec brio se cache un regard moins baroque qu’auparavant, davantage désabusé. Dans les films précédents, le « héros », au premier abord bizarre, s’avère plus humain que son entourage aux traits normaux. Sweeney, par contre, se résume à un vengeur aveugle, finalement un monstre. Ah ! oui !, Tim Burton s’assombrit sous ses atours de Grimm ou de Perrault moderne. La piéta sanglante qu’il compose à la fin restera d'ailleurs comme une des images les plus fortes du cinéma de genre de ces dernières années.
Rendons grâce à Johnny Depp de ne savoir plus jouer que les dandys excentriques, il compose ici un personnage parfait. Quant à Helena Boham-Parker, elle est sublime, presque belle malgré ses efforts, ou ceux de son réalisateur de mari, pour se salir et s’enlaidir.
Sweeney Todd est un opéra gore à ne réserver qu’aux amateurs ou aux curieux, comme ces peintures de Jérôme Bosch ou d’Arcimboldo qu’on confinait jadis aux cabinets de curiosités des souverains.
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samedi, 22 mars 2008
Quando l'uomo principale è una donna
Jan Fabre compte parmi les artistes les plus avant-gardistes. Ses mises en scène ne passent jamais inaperçues, comme lorsqu’il occupa la cour du Palais des papes à l’occasion du festival de théâtre d’Avignon.
Quando l’uomo principale è una donna est inspiré des performances de Jean Klein, qui utilisait des « femmes pinceaux » pour étendre de la couleur sur les supports.
La production à laquelle j’ai été invité à assister hier m’aura laissé un souvenir remarquable. Entre grand n’importe quoi et approche sensible du mystique, je me suis laissé emporter par le ballet d’une femme, interprétée par Sung Im-Her. Le délire se lance lentement ; tout en chantonnant, la danseuse/comédienne/perfomance-woman suspend à des crochets des bouteilles pleines d’huile d’olive. Certaines laissent échapper goutte après goutte le liquide doré dont les connotations gastronomiques, cosmétiques, médicinales, sacrées sont évidentes. Puis la jeune femme aux longs cheveux de soie noire allume une cigarette, la fume, s’avance enfin et lance un affreux : « Bonsoir Bruxelles ! Goeienavond ! » au public, à la manière d’un humoriste français en tournée. Elle se sert un cocktail, sort du diable vauvert des boules métalliques … et soudain se lance telle une chatte au milieu de la scène, mue par un ressort invisible qui la propulse au loin, la malmène comme une balle.
On se soûle de sa danse de Saint Guy, de ses passages de l’animal à l’humain, de l’homme à la femme, du sage au fou, de l’ange au diable. Elle ouvre alors définitivement les bouteilles ; la substance graisseuse se répand à gros bouillons sur le sol. Nue comme un ver, l’artiste glisse, se jette, s’ébroue et s’épuise dans cette mer d’huile. Une odeur d’olive s’insinue dans les narines de chacun. Les premiers rangs sont éclaboussés par les longs jets poisseux que projettent les cheveux de l’artiste. La musique l’entraîne, des grands coups de notes semblent la propulser contre les parois de la scène.
Sous les poutres ancestrales de la vieille église jadis abandonnée de Brigitinnes à Bruxelles et aujourd’hui réhabilitée en salle de spectacle haut de gamme, la création de Jan Fabre profite des reliques religieuses, de l’atmosphère qu’un lieu de culte dégage toujours ; derrière, à quelques mètres, les trains quittant Bruxelles émettent une complainte étrangement en phase avec le spectacle. La cloche d’une église toute proche sonne. Le monde s’est arrêté pour assister au jeu d’une prêtresse-poupée nue soumise aux désirs capricieux d’anciens dieux.
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mardi, 18 mars 2008
There will be blood
Film américain (2007), réalisé par Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Kevin J. O’Connor, Dillon Freasier (Miramax)

Quel film ! Une fresque épique et foisonnante au cœur de l’Amérique au début du siècle. L’histoire cruelle de Daniel Plainview, prospecteur de pétrole parti de rien. Un roc dur et sec comme les cailloux des déserts où il vit, qui fore, et fore, et fore encore à la recherche d’or noir, traversant les villages perdus en compagnie de son fils, H.W.
Un beau soir vient les trouver un certain Paul. Il les informe qu’à Little Boston, poste avancé de l’enfer où il n’y a rien d’autre à faire que d’écouter les sermons de l’Eglise de la Troisième Révélation (Don’t ask !), du pétrole affleure à même le sol, et attend d’être pompé par le plus avide.
Et en effet, le pétrole ne tarde pas à couler, ses flots charriant avec eux le malheur qui s’abattra sur Daniel Plainview et les siens.
Paul Thomas Anderson (Magnolia) dirige avec maestria un film qui restera dans les tripes de l’histoire du cinéma. Narration maîtrisée, chaque scène est une œuvre en elle-même, un tableau fini indépendant, qui éveille des émotions immenses. Le film s’ouvre sur du muet ; le premier mot ne sera prononcé que longtemps après la première image. Il fallait oser, et mener à son terme une telle audace ; or, mieux réalisé, ça n’existe tout simplement pas. Quant à la bande-son, jamais un esprit sain n’aurait imaginé ce qu’on entend là. Du Brahms… Génial.
Daniel Day-Lewis, artiste dont le talent n’est plus à démontrer, est en outre formidablement dirigé, comme l’ensemble des acteurs d'ailleurs. Tout est mis au service de l’œuvre, pour au final donner un spectacle total, où le gigantesque personnage de Daniel Plainview tombe en déréliction.
En dire davantage reviendrait à sortir de plats lieux communs. Seul le visionnage de There will be blood peut donner du sens aux dithyrambes qu’écrivent les critiques à son sujet. Il est certain en tout cas qu’on nous a donné un film de la trempe de Lawrence d’Arabie.
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samedi, 15 mars 2008
Juan Muñoz – A Retrospective
Écoutons la pauvre histoire de la voix la plus familière du métro londonien. Elle appartenait à une demoiselle très douée pour prononcer des phrases anodines, dont la plus célèbre est : « Mind the gap. » Attention à la marche (Ce sont les autorités de la ville qui ont estimé qu’il était nécessaire de prévenir les navetteurs, car chaque année, plusieurs centaines d’entre eux se blessaient, parfois gravement, en chutant entre le quai et la voie - Je me demande quand même comment ils font leur compte -). Il semble que la malheureuse ait, malgré son propre avertissement, trébuché sur le trottoir de la renommée phonétique. En effet, la speakerine cultivait un sens de l’humour fort particulier ; or, au lieu de le garder pour elle et son cercle d’amis qu’on imagine nombreux, car elle appartenait au cercle très fermé des voix archi-connues dont le visage reste à jamais anonyme, elle diffusait ses bonnes blagues à grande échelle sur son blog. Là, l’inconsciente pastichait les messages qu’elle annonçait d’habitude avec grâce à l’attention des voyageurs : au lieu de phrases telles que : « Le métro arrivera dans quelques instants », ou : « À la suite d’un incident technique indépendant de notre volonté … », on pouvait entendre des messages fantaisistes et mensongers : « Si vous attendez depuis deux heures une rame de métro qui n’arrive désespérément pas alors que vous avez déjà derrière vous une dure journée de travail, sachez que c’est parfaitement normal, et qu’on s’en fout ! » ; et autres effronteries du même tonneau. Hélas, la société de transport londonienne finit par découvrir les activités coupables de son employée star. On la remercia sur le champ, et on la remplaça par une voix masculine, tout aussi chaleureuse. Ainsi s’achève la longue et triste histoire de la fille qui disait : « Mind the gap. »
Néanmoins, cette longue introduction n’a rien à voir avec l’exposition dont je vais à présent parler. Juan Muñoz – A Retrospective, se tient à la Tate Modern jusqu’au 27 avril 2008.
Juan Muñoz est un artiste contemporain. Né en 1953 en Espagne, il étudia à Londres et à New York. Il atteignit la notoriété au début des années 80. Sculpteur, sa peinture n’en est pas moins remarquable, tout comme sa maîtrise de l’écriture (Il s’inspirait aussi souvent de poèmes…). Décédé inopinément le 28 août 2001, cet artiste complet laisse derrière lui un univers inédit, mystérieux et caressant à la fois.
Son art était celui d’un conteur d’histoires effrayantes et dérangeantes. La manière dont il installait ses créations, avec minutie, donnait lieu à des scénarios ambigus, dont le sens peut s’interpréter de différentes façons. Cette méticulosité traduit la préoccupation de Muñoz de faire participer activement l’observateur à la scénographie : le sens que ce dernier donnait à ce qu’il voyait importait énormément, même si les jeux de perspectives et d’échelles avait pour but de désarçonner, et de réinterroger notre perception du vrai.
La splendide exposition présentée à la Tate Modern s’étend sur quatorze salles. Passionné par l’art minimaliste (Il admirait par exemple Donald Judd et Carl Andre) et l’art baroque (Le courant artistique de la dramatisation scénographique par excellence !), Juan Muñoz concevait que l’occupation de l’espace devait primer sur les œuvres en elles-mêmes ; les commissaires de la présente rétrospective n’ont bien entendu pas délaissé cet aspect essentiel de l’œuvre : la mise en scène s’avère tout simplement extraordinaire, et permet aux pièces exposées d’exprimer toute leur force. Ainsi, les balcons en fer soudé de ces débuts, associés à une architecture urbaine familière, fixés haut sur les murs, créent une ambiance de rue ; leur exposition en hauteur force le visiteur a lever le nez, pour s’élever lui-même entre sol et ciel, entre le réel et l’illusoire. Ainsi aussi la sculpture Hanging Figures : deux hommes suspendus par la bouche au plafond de la salle. La menace de leur ombre glisse sur les murs, imprègnent le public d’un malaise certain. Même inconfort devant (Au milieu, devrais-je dire !) de Many Times, ensemble de cent statues d’homme identiquement habillés, modelés d’après un buste en céramique Art Nouveau représentant un personnage aux traits asiatiques que Juan Muñoz avait découvert dans un hôtel. Les statues, en interaction les unes avec les autres, forment une foule compacte à travers laquelle les visiteurs déambulent, dans l’espace vide justement qui crée la tension présente au sein du groupe de statues. On se pose soudain la question : suis-je celui qui voit, ou bien celui qui est vu ?
Les thèmes de la violence et du désastre furent souvent abordés par l’artiste. Depuis ses premières créations jusqu’aux dernières, il suggère un univers faisant suite à un accident. Ces sculptures d’êtres humains dont le buste semble emprisonné dans une sphère trahit très bien cette obsession du post-traumatisme, de l’esprit prisonnier du corps, de la matière.
Juan Muñoz appartient à cette classe d’artistes dont l’emprunte marquera la suite de l’histoire de l’art. Voir son travail est un honneur, une expérience, un plaisir. Je souhaite aux amateurs de pouvoir découvrir la rétrospective londonienne, ils ne devraient pas en ressortir indemnes.

Many Times

Towards the Shadow
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vendredi, 14 mars 2008
C'était Marie-Antoinette - Evelyne Lever
Il n’existe que peu de personnages à ce point tragiques, pour ne pas employer l’adjectif : pathétiques, dans l’histoire de l’humanité. Certes, des souverains furent tués par leur peuple avant Marie-Antoinette, qui à l’heure de monter sur l’échafaud n’était plus que la « veuve Capet » ; mais ni Marie Stuart, ni Charles Ier pour ne citer que les deux premiers exemples illustres qui me viennent en tête, ni l’un ni l’autre ne furent amoindris au point que l’on ne reconnût plus leur dignité de roi ou de reine. Marie-Antoinette dut endurer cela.
Son histoire commence, on le sait, comme le plus charmant des contes de fées. Sa mère l’impératrice Marie-Thérèse, Habsbourg jusqu’au bout des ongles, mena sa politique étrangère à coup de mariages et d’alliances. L’hyménée de Marie-Antoinette et de Louis Auguste, futur Louis XVI, répondait à cette logique. Leur union participait de l'espoir de faire souffler sur l'Europe un vent nouveau : sceller l’alliance de la France et de l’Autriche.
Marie-Antoinette n’était guère plus qu’un instrument entre les mains de sa puissante mère. Son devoir : influencer son époux, lui imposer ses vues, favorables aux intérêts autrichiens bien entendu. Ses juges se souvinrent au jour de son procès du rôle d’agent double que la souveraine déchue joua. Ils ne retinrent pas en revanche qu’elle fut une diplomate maladroite, qui défendait ses « vues » au moyen de caprices infantiles, avec inconséquence et versatilité. Elle ne comprenait en réalité rien à rien au monde qui changeait drastiquement hors Versailles.
Son existence s’articulait autour de ces amusements plus ou moins innocents : le théâtre et le chant, les spectacles à Paris, les jeux d’argents, les tenues, bijoux et coiffures extravagants, l’éducation de ses enfants après la consommation ô combien tardive de son mariage, entretenir de troubles liens avec de charismatiques hommes et femmes … Le protocole de la cour l’ennuyait. Elle ne le respecta que contrainte et forcée, aussi peu que possible. Les nobles s’en offusquaient. Ils n’appréciaient pas ses amitiés. Ils ne l’aimèrent point.
Si elle passait pour rebelle, elle n’en oubliait pas pour autant qu’elle était reine, que ses sujets lui devaient respect et obéissance. Elle s’acquit bien vite une réputation de femme hautaine. « L’Autrichienne », capable des pires agissements, des turpitudes les plus viles, fille d’impératrice avant d’être reine de France, instigatrice de tous les complots, de tous les troubles, de toutes les misères…
Les libelles dirigés contre elle la traînèrent dans la boue, l’insultèrent de manière indigne ; indigne non pas eu égard à sa qualité de souveraine, mais simplement parce que personne ne mérite à ce point d’être maltraité. Marie-Antoinette était une femme gâtée au-delà de toute mesure, de peu de conséquence, étourdie ; en aucun cas une criminelle. Mais à chaque révolution son bouc émissaire. Le roi Louis XVI paya la dette laissée par son prédécesseur, Louis XV, dont le règne s’avéra désastreux. Oui, l’incapacité de la royauté à s’adapter aux réalités de son temps lui fut fatale. Cependant, c’est son impopularité seule qui présida à la fin tragique de Marie-Antoinette.
Evelyne Lever, historienne, a fait de Marie-Antoinette son personnage de prédilection, lui a consacré de nombreux ouvrages. Elle a même été engagée comme consultante par Sofia Coppola pour son film fameux, avant qu’une incompatibilité d’humeur n’altère leur bonne collaboration et n’y mette un point final (Du moins ce sont les rumeurs qui ont circulé à l’époque). Sofia avait lu le livre qu’Evelyne Lever avait écrit à l’attention du public américain, et qu’elle a ensuite publié sous le nom de C’était Marie-Antoinette. Que j’ai lu.
Qu’en dire, sinon qu’il s’agit d’une biographie assez peu réussie finalement, très attachée à des détails de peu d’importance et dépourvue de psychologie ? Par ailleurs, la maison Fayard n’éprouve aucun scrupule à faire sortir des presses des livres coûteux bourrés de fautes d’orthographe. N’emploie-t-on aucun correcteur chez eux ?
Plutôt que de se lancer dans cette lecture, je conseille de se plonger dans l’ouvrage infiniment plus intéressant de Simone Bertière, Marie-Antoinette l’insoumise, paru aux Éditions du Fallois (2001).

Lever Evelyne, C’était Marie-Antoinette, Éditions Fayard, France, 2006
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samedi, 01 mars 2008
Lust, Caution (Se Jie)
Film sino-américain (2007), réalisé par Ang Lee, avec Tony Leung Chiu Wai, Joan Chen, Anupam Kher, Lee-Hom Wang, Wei Tang, Johnson Yuen, Chih-ying Chu (UGC Ph)

Dans la Chine des années 40 occupée par les Japonais, un groupe d’étudiants engagés va monter un coup d’éclat, dans le but de participer à la libération du pays. Pour parvenir à leurs fins, les jeunes résistants chargent la troublante Wong de séduire Monsieur Yé, un collaborateur chinois puissant et intransigeant. Elle joue si bien son rôle de vamp que le trouble s’installe en elle ; Monsieur Yé ne la laisse pas indifférente…
Mal préparé, le projet des étudiants échoue lamentablement, mais leurs agissements n’ont pas échappé à la Résistance. Des années plus tard, elle contacte à nouveau Wong, et lui offre de poursuivre ce qu’elle a entamé jadis.
S’il est un compliment qu’on peut adresser à Ang Lee, c’est bien d’avoir réalisé un beau grand film épique, un mélodrame comme le cinéma en produi(sai)t de magnifiques. Et fait formidable, ce n’est pas à grand renfort d’effets spéciaux et de reconstitutions de vues d’époque qu’il y réussit, mais simplement grâce à l’accumulation de mille et un détails : tenues, intérieurs, ambiances, … Bref, Ang Lee se révèle très académique. Inspiré, aussi ? Assez ; le réalisateur de Brokeback Mountain excelle dans l’art de magnifier tout ce qu’il touche. Le thème de l’amour au cœur de la manipulation, broyé par des forces qui lui sont supérieures malgré leur absurdité, ne pouvait que l’inspirer.
Alors, conquis ? Pas tout à fait. Malgré de beaux acteurs, malgré une jolie bande-son, malgré le soin apporté à la reconstitution historique, le spectateur moyen (moi) n’entre pas dans le film. La passion dévorante entre les deux protagonistes ne s’explique finalement pas ; il faut accepter l’attirance bestiale mutuelle, l’envie de jouir. Soit. De là à y voir une forme d’amour, par contre … Non, vraiment, elle n’existe pas. Dommage, car c’est de son existence qu’est censé dépendre l’issue du film.
Je ne demeure pas moins enthousiasmé néanmoins par Lust, Caution ; une œuvre courageuse, à contre-courant, peut-être juste trop classique pour toucher les cœurs.
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