jeudi, 21 février 2008

Ute Lemper

Ute Lemper a tout de l’ensorceleuse, de la magicienne ou de la femme fatale. Elle apparaît sur la scène, et son public la voit elle, longue cigale à la carrure imparfaite. Il ne s’inquiète plus du monde du dehors, il n’y a plus qu’elle et lui.
Sa voix chaude parle comme elle chante, chante comme elle parle, sensuelle, note profonde après discours enjôleur et roublard autour d’un boa. Le boa, le serpent qui poussa Eve à commettre le pêché originel, la grande faute, le boa dont Ute Lemper raconte l’histoire drolatique, car elle sait qu’il vaut mieux rire que pleurer.
Ses faux airs de Marlene Dietrich, sous lesquels la diva s’amuse de tout, elle les soigne avec le même soin qu’une vieille fille soigne ses chats teigneux. Ses yeux de braise s’illuminent face à ce miroir enthousiaste, son public, toujours aux aguets, elle se mire dans ses beaux reflets.
Elle reprend Piaf, Brel, Ferré, Brecht, Kurt Weill ; elle utilise le français, l’allemand, l’anglais, la comprenne qui peut, qui veut. Mais son langage est universel, son talent immense, son charme inédit. Elle se permet tout, le jazz est son jardin, le cabaret sa cour, elle appelle à la rescousse l’un puis l’autre, improvise, dynamite l’harmonie pour la reconstruire en un instant.
Ute connaît la magie de la musique, elle l’apprivoise depuis longtemps.
Je l’ai entendue, et j’ai compris que j’avais sous les yeux une de ces chanteuses dont on se souviendra longtemps, et dans les oreilles une musique qui coulera aussi longtemps qu’il y aura des mélomanes pour l’écouter.

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