dimanche, 10 février 2008

Brillante Europe

Cette année, la grande exposition prestigieuse de l’Espace culturel au Mont des Arts à Bruxelles a pour nom : Brillante Europe. Elle s’inscrit dans le cadre d’Europalia.europa.

Le propos de cette manifestation n’est pas uniquement d’amuser les Imbéciles Heureux, non. Il s’agit aussi de retracer l’histoire de huit cents ans de joaillerie royale, impériale ou plus simplement nobiliaire. Après le bas Moyen-Âge, la cour bourguignonne s’impose comme la plus riche d'Europe à partir de la fin du XIVe siècle, par la finesse et la délicatesse des bijoux qu’elle arbore : camées, diadèmes et couronnes, bagues avec portrait (Jean sans Peur, pour n’en citer qu’un…), chevalières, fermaux (Dont une reproduction des fameux Trois Frères, bijou auquel Charles le Téméraire prêtait des vertus miraculeuses et qui lui aurait été volé la veille de sa première bataille contre les Suisses...), agrafes de chapeau ou : aigrettes (Le Federlin, bijou ayant également appartenu à Charles le Téméraire), etc.
La Renaissance ne renie pas la valeur symbolique des objets de joaillerie : en Angleterre surtout, la reine Elisabeth a à cœur de se parer de ses plus beaux atours pour asseoir son prestige, qu’elle se doit de soigner tout au long de son règne. On peut admirer le Drake Juwel, admirable pendentif en or, rubis, onyx et émail (Qui n’est pas un synonyme de : courriel !) avec miniature du portrait de la souveraine, que cette dernière offrit en signe de gratitude au fameux vainqueur de l’Invincible Armada.
L’époque suivante est celle de la Contre-Réforme. L’Eglise et ses défenseurs créent un art, le baroque, censé lutter contre le protestantisme qui fait florès partout en Europe. Les Habsbourg, champions de la Contre-réforme, font produire des bijoux d’une exceptionnelle qualité. Louis XIV ne demeure pas en reste ; sa cour est la plus brillante du monde. A partir de 1715, date de la mort du Roi Soleil, Versailles devient un lieu de plus en plus coupé du monde réel. La noblesse dépense des sommes folles en objets de joaillerie de toute sorte. Marie-Antoinette, dépensière, est connue pour avoir été mêlée dans l’affaire du collier. En Pologne, Auguste III accorde beaucoup d’importance à sa mise. Frédéric II de Prusse et Catherine la Grande en Russie, en despotes éclairés qu’il furent, imitent leurs voisins occidentaux.
Après la Révolution française, Napoléon Bonaparte et la noblesse d’empire vont faire prospérer les ateliers parisiens. La transition vers la Restauration ne causera d’ailleurs pas trop de dommages au secteur, au contraire de la Révolution de 1830 ; les coquettes attendront plusieurs années avant de vouloir à nouveau se parer de précieuses pierreries.

On constate que les cours européennes ont toujours aimé être coiffés de somptueuses couronnes, qui suivent le cours de la mode et traduisent de nombreux symboles religieux, politiques, militaires, voire philosophiques. Le port des bijoux répondait à un code très strict, en respect des rangs et circonstances.

L’exposition donne à lire des explications fort didactiques. L’aspect posh du lieu (L’Espace culturel ING avait déjà organisé voici deux ans l’exposition fameuse sur les oeuvres de Fabergé et surtout les célèbres œufs !) peut émerveiller ou exaspérer ; il est vrai que peu d’évènements culturels font étalage d’autant de luxe, ce qui plaît au public cible principal de la rétrospective : les admirateurs des têtes couronnées et des grands de ce monde. En gros, Il ne faut pas être allergique à Place Royale.
On s’y amuse toutefois beaucoup, et les œuvres exposées méritent d’être vues au moins une fois dans sa vie, pour qui est de nature un peu curieuse bien entendu.

A voir pendant une semaine encore à l’Espace culturel ING, Mont des Arts, 6 place Royale à 1000 Bruxelles.

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