mardi, 29 janvier 2008
Youth without Youth
Film américain (2007), réalisé par Francis Ford Coppola, avec Tim Roth, Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara (American Zoetrope)

« 1938, en Roumanie. Dominic Matei, un vieux professeur de linguistique, est frappé par la foudre et rajeunit miraculeusement. Ses facultés mentales décuplées, il s’attelle enfin à l’œuvre de sa vie : une recherche sur les origines du langage. Mais son cas attire les espions de tout bord. Dominic Matei n’a d’autre choix que de fuir. Au cours de son périple, il va retrouver son amour de toujours, ou peut-être une femme qui lui ressemble. » (Extrait de : Cameo, ciné passion)
Envoûtant, ébouriffant, intrigant, virevoltant, hypnotisant, grisant, labyrinthique, intemporel … Il y en existe des façons de qualifier Youth without Youth, ou la recherche du temps perdu et retrouvé porté à l’écran par Francis Ford Coppola. Comme il respecte son spectateur, comme il fait appel à son imagination et à sa réflexion profonde ! Sans en appeler sans cesse aux références comme pas mal de ses contemporains, le réalisateur effroyable (Comment le définir autrement ? Effroyablement intelligent et sensible !) nous amène aux confins du monde et du temps, là on nous n’avons plus pied et où la moindre lame, la première des vagues venues pourrait nous emporter vers le délire. C’est un regard clair, celui d’un enfant muni de l’expérience d’un vieillard peut-être, que porte Coppola sur le voyage inédit, intime et universel à la fois de Dominic à travers l’amour et le temps. Et pour raconter cette odyssée, Coppola utilise la poésie, la plus belle expression humaine pour parler de choses incompréhensibles avec des mots que tout à chacun saisit. Quel homme, sinon un génie, parviendrait à filmer de la poésie ? Coppola le fit.
L’intrigue qui se déroule au cœur du XXe siècle, au cœur de l’Europe, nous interroge sans cesse sur la valeur de la vie, sur la finalité de nos obsessions. Pourquoi notre choix nous porte-t-il vers telle objectif, non vers un autre ? Coppola nous dit-il autre chose que : ce qui importe, ce n’est pas le temps qui passe et dure, mais ce que nous faisons du temps qui nous est dévolu. D’ailleurs, à l’arrivée, y a-t-il autre chose que … le présent ?
J’aimerais, car il en parle mieux que quiconque, citer quelques passages écrits par l’Homme de mes jours, à propos de Youth without Youth ; on comprendra aisément, eu égard à la qualité et la pertinence du propos, que je ne pouvais garde jalousement cet avis visionnaire pour moi. Son court texte, il l’intitule en poète qu’il est : La troisième Rose.
« Edgar Allan Poe disait que le problème de l’infini est que pour pouvoir cerner sons sens, il faut le penser tout le temps. Et c’est ni plus ni moins le problème auquel s’attaque le dernier film de Coppola. Il décide de prendre le chemin inépuisable de la poésie, de la poésie filmée. La simplicité ou l’illisibilité que le publique reprocherait au film, montre une perplexité face a une narration qui s’adapte à la logique de l’impossible. Le personnage, un aventurier borgésien, se met à explorer l’infini par ses deux « bouts » inexistants. D’un coté, l’origine du langage, de la pensée, le Verbe.
Quelle terrible déstabilisation si ce Coppola, cet auteur fou, veut faire une autopsie existentielle, s’il a compris que la connaissance pratique s’avère limitée, faillible. Quelle choc si derrière les viscères, derrière les bandages, se cache une âme, indétectable sous les appareils de dernière génération des experts des quatre coins du monde ! Sans presque le comprendre, le personnage s’attaque alors à l’autre « bout », le sens ultime de l’existence. L’amour ? Il a toutes les conditions pour être la troisième rose, mais Dominic comprend qu’aussi l’amour le plus pur peut être destructeur, chargé de finitude, et il doit, dans une emouvantissime paradoxe, abandonner son aimée pour mieux préserver son amour. Dominic ferme le cercle : il visite, maintenant, à son age, le même café, voit les mêmes amis, mais tout semble chargé d’une nouveauté imprévue : il prête attention à ce moment quotidien. (« It is always now », disent aussi les personnages d’Allen dans Cassandra’s Dream ). Cette renversante et désintégrante simplicité ne peut pas être une autre que celle du moment lui-même, arraché des perversions et des trames du temps, fixé par notre conscience : la plénitude, la réalisation de notre existence comme attitude, et non plus comme propos. Dominic (Un nom qui signifie en latin : ce qui appartient a Dieu...) découvre la grâce : et il ferme les yeux pour voir et comprendre que la grâce est infinie. Il a trouvé, à la fin (Ou au début ?) des escaliers de sa vie, le nom de la rose, de la troisième rose. »
Site officiel : ici !
21:30 Publié dans My two Cents | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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