mardi, 27 novembre 2007

The Host

Film de monstre coréen (2006), réalisé par Joon-ho Bong, avec Song Kang-Ho, Bae Doona, Hae-il Park (Océan Films)

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Pourquoi aime-t-on les films de monstre ? Qu’est ce qui nous attire (ou non) vers ces êtres effrayants, menaçants, venus du fond des âges ou de l’espace, surgissant soudain d’un endroit sordide d’où on ne les attendait pas ? Symbolisent-ils nos peurs modernes, existentielles, ou bien nos peurs primitives qui nous rappellent que nous, êtres humains, nous ne fûmes pas toujours un super-prédateur ?
A moins qu’il ne s’agisse, plus prosaïquement, d’une des formes les plus distrayantes du cinéma, même si les réalisateurs ne conçoivent pas toujours leur film comme tel (Sauf Roland Emmerich – Godzilla – et Steven Spielberg – Jurassic Park II –, peut-être …).

Joon-ho Bong n’a effectivement pas voulu ici réaliser un film de monstre, mais plutôt de monstruosités. Son récit se déroule à Séoul, de nos jours. Un poulpe géant difforme et très agressif surgit des profondeurs de la rivière Han et sème en quelques minutes une terreur sans nom. Il s’empare aussi d’une jeune fille, adorée par sa famille, et l’emporte dans un égout qui lui sert de garde-manger. Aidé par le patriarche de la famille, de son frère alcolique et de sa sœur championne de tir à l’arc, le père de l’adolescente, un homme simple et peu énergique, va tout mettre en œuvre pour la retrouver, et braver pour cela les autorités coréennes, qui maintiennent tous les témoins de l’agression poulpienne en quarantaine, afin d’éviter tout risque de « contagion », le monstre étant selon eux porteur d’un virus mortel.
L’alibi du film est expliqué avec talent par les premières images du film : un scientifique peu regardant fait disparaître des produits hautement toxiques et polluants dans les canalisations qui se déversent dans la rivière Han. Quelques années plus tard, le monstre apparaît, et attaque. La limpidité de cette situation initiale que vient troubler un élément déclencheur permet donc au reste de l’intrigue de prendre ses aises. Le réalisateur ne s’en prive pas, car il va renverser tous les clichés du genre, malmener le spectateur en le faisant sans cesse passer de la frénésie au calme plat.
Une fois la fulgurance de l’attaque passée, d'autres monstruosités se joignent au monstre dont il n’est, finalement, que la conséquence. Les autorités appliquent soudain une répression très sévère, la population se déchire et les proches de la famille rebelle trahissent à tour de bras. En outre, les scientifiques, rapidement conscients qu’aucun virus n’est lié au poulpe transgénique, se taisent et pratiquent d’affreux tests sur les rescapés. L’horreur devient absolue.
Dans les égouts, un récit d’une autre nature prend place. Comme dans un conte, la jeune fille tente d’échapper à son effrayant tortionnaire, accompagnée d’un enfant qui comme elle a survécu à une attaque et a été emmené dans le garde-manger. Le suspens augmente de minute en minute, fuir relève de l’impossible et pourtant il faut tenter le tout pour le tout.

Salué par la critique mais peu diffusé chez nous, The Host est de loin l’un des meilleurs films de monstre jamais vus. Il allie avec bonheur différents styles, de la comédie de mœurs à l’horreur « classique » en passant par une émotion fort juste. L’auteur s’est servi de son don manifeste d’observation et de déduction logique : « Les situations les plus désastreuses ont toujours des aspects tragiques et comiques. Comme les héros du film sont plutôt pathétiques, il était inévitable qu'ils connaissent des situations loufoques. »
Joon-ho Bong donne vie, grâce à sa mise en scène intelligente et horrifique, à un film épatant, qui rend au genre ses titres de noblesse.

Le site officiel : www.thehost.fr

De la Terre à la Lune et Autour de la Lune - Jules Verne

La plupart des œuvres de Jules Verne (1828 – 1905) est consacrée à la science, qu’il découvre après avoir embrassé une carrière littéraire. Après des études de droit sans histoire, il écrit poèmes et pièces, dont l’une d’entre elles sera représentée au théâtre d’Alexandre Dumas. Par la suite, il affinera sa plume en rédigeant de nombreuses nouvelles. Il finira par être engagé par l’éditeur Pierre-Jules Hetzel, grâce à son roman : Cinq Semaines en Ballon. Le succès s’avère à ce point immense que l’éditeur fait signer à sa nouvelle recrue un contrat qui les liera vingt ans. C’est le début de l’aventure des célèbres Voyages Extraordinaires.
Aujourd’hui, les romans de Jules Verne sont des classiques du genre de l’anticipation. En réalité, s’il n’anticipait pas à proprement parlé l’avenir, il mêlait habilement l’imaginaire au réel. Il disait : « Dans mes romans, j’ai toujours fait en sorte d’appuyer mes prétendues inventions sur une base de faits réels et d’utiliser pour leur mise en œuvre des méthodes et des matériaux qui n’outrepassent pas les limites du savoir-faire et des connaissances techniques contemporaines. »

De la Terre à la Lune
(1865) est l’un des premiers romans édités par Hetzel. Il raconte l’histoire d’un projet né d’un pari lancé par des artilleurs américains : lancer un obus jusqu’à l’astre lunaire. Les membres du Gun-club lancent les travaux, tandis que le président Barbicane donne une série de conférence pour convaincre le monde de la possibilité de mener à bien cette folle aventure. Un artiste français, Michel Ardan (Anagramme de Nadar, homme Jules Vernes admirait !), entre en scène et persuade Barbicane de le laisser enfermer dans l’obus. Son enthousiasme convainc chacun des acteurs, et réconcilie même Barbicane avec son ennemi et opposant le capitaine Nicholl, qui ne croit pas aux chances de réussite de ce voyage spatial. Finalement, Ardan décide les deux hommes à l’accompagner vers la Lune.

Autour de la Lune, publié quatre ans plus tard, raconte les conditions de survie de nos trois mercenaires sélénites. Le projectile qu’ils habitent sans trop d’inconfort mais au prix de mille dangers (Une météorite manque de peu de les désintégrer …), n’atteint pas son but, et se met en orbite autour de notre satellite naturel. Néanmoins, loin de se décourager, les scientifiques Nicholl et Barbicane, aidés de l’ineffable Michel Ardan, peuvent observer et étudier en témoins privilégiés les mers, les plaines, les cirques de la Lune.
Mais comment rentreront-ils jamais sur Terre ? Entre humour, savoir et désespoir, le happy end est inéluctable.

Ces deux romans, et particulièrement le second, manquent de ce souffle épique qu’on retrouve par exemple dans Le Tour du Monde en quatre-vingts Jours. Les protagonistes ne nous font que peu trembler, et la science, la véritable héroïne, devient toujours trop omniprésente. Des chapitres entiers sont dédiés à la découverte didactique de la Lune, mettant entre parenthèses le récit d’aventures. Parfois même, des formules mathématiques apparaissent entre les lignes, une ineptie !
Il n’en demeure pas moins que Jules Verne est un fantaisiste exaltant, et que certaines descriptions mêlent tour à tour précision et lyrisme avec un talent certain, maniant même le cynisme sans qu’on l’attende dans ce registre :
« - Ah ! s’écria Michel Ardan, enthousiasmé par cette vue, quelle ville grandiose on construirait dans cet anneau de montagnes ! Cité tranquille, refuge paisible, placé en dehors de toutes les misères humaines ! Comme il vivraient là , calmes et isolés, tous ces misanthropes, tous ces haïsseurs de l’humanité, tous ceux qui ont le dégoût de la vie sociale !
- Tous ! Ce serait trop petit pour eux ! répondit simplement Barbicane. »

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Verne Jules, De la Terre à la Lune, Bookking International, Paris, 1995 - Verne Jules, Autour de la Lune, Edition Paperview, 2007

mercredi, 21 novembre 2007

Ni d'Eve ni d'Adam - Amélie Nothomb

« Stupeur et Tremblements pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. Ni d’Êve ni d’Adam révélera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier. » - Amélie Nothomb, sur la quatrième de couverture de son dernier roman.

Amélie Nothomb est une menteuse. Pas plus que dans Stupeur et Tremblements elle ne fut une mauvaise employée mais plutôt la victime d’une supérieure malveillante et carriériste, elle n’est pas davantage fiancée à un jeune japonais du nom improbable de Rinri (Prénom signifiant : morale au Japon !). Car elle ne l’aime pas, elle a du goût pour lui, et on ne peut se contenter d’un sentiment aussi trouble pour se qualifier soi-même de : « fiancée ». Amélie Nothomb est donc bien une menteuse. D’ailleurs, elle n’a cessé de mentir à Rinri. Pour quelle raison se gênerait-elle dès lors pour mener ses lecteurs en bateau ?

Amélie Nothomb s’est fait une spécialité du mensonge vrai. Elle s’invente une biographie parfaitement fantaisiste et incohérente (Pas par sa chronologie, mais par le discours !), pour mieux se jouer des codes d’un art, la littérature, qu’elle adore et auquel elle rend un hommage assez inédit dans chacun de ses récits. Sur tous les plateaux de télévisions, dans chacune des interviews dont elle ne se montre jamais avare, elle clame sa bonne foi, jure ses grands dieux qu’elle n’a jamais rien inventé. Cependant comme je viens de le démontrer avec une facilité déconcertante plus haut, Amélie Nothomb est une menteuse.

Pour se contredire, Amélie Nothomb décrit l’expérience mystique intense, proche de la fusion charnelle, entre elle et le mont Fuji. Une jeune amoureuse pourrait-elle parler en termes si élogieux du minéral et manifester si peu de sentiments pour son naïf « fiancé » ? Non. Amélie Nothomb ment, dès lors. Rinri existât-il d'ailleurs jamais ?

Pour comprendre le génie d’Amélie Nothomb, il faut se garder de vouloir la classer. Affirmer comme je le fais qu’elle est une menteuse constitue le meilleur vaccin contre toute classification. Il s’agit d’une folle inspirée, d’un succube qui produit une œuvre brillante, singulière ; chacun de ses livres apporte au dossier Nothomb un témoignage du dérangement qui l’habite, au service duquel on découvre une langue maîtrisée à l’extrême, qui nous pourrait paraître simple parce qu’elle est exemplaire.

Ni D’Êve ni d’Adam a gagné le Prix de Flore cet automne. Les Editions Albin Michel n’ont pas attendu cette reconnaissance de la profession pour écouler les milliers d’exemplaires mis à la disposition du public depuis fin août.

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Nothomb Amélie, Ni d’Êve ni d’Adam, Editions Albin Michel, Paris, 2007

jeudi, 15 novembre 2007

Lost 3 - Les Disparus

RAS. La saison trois, qui a été diffusée cet été sur une grande chaîne privée française, emplit d’émoi le cœur des fans purs et durs que la saison deux n’a pas fait fuir, et a définitivement dégoûté les détracteurs et les non amateurs de secrets mystico-scientifiques. Plutôt que d’encore donner mon avis, j’ai décidé de restituer la traduction partielle d’un article paru dans le supplément télé du « Knack », « Focus Knack », du 29 août 2007.

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L'île de la fièvre

« Depuis sa première diffusion il y a trois ans, la série a acquis la renommée de fiction parmi les plus créatives et les plus audacieuses. Créé alors que les séries policières mènent une enquête du début à la fin dans chaque épisode, chaque semaine, Lost ose raconter une histoire complexe qui explore tous les genres, et où religion, science-fiction et existentialisme se mêlent autour d’une dizaine de personnages de chair et de sang. La première saison a remporté un Emmy Award, et a engendré une nouvelle génération de fans comme on n’en avait plus vu depuis X-Files, du temps de sa splendeur. Des discussions sur internet font rage depuis trois ans quant à la signification de chaque détail ; les théories fusent à propos de l’île, du monstre, des nombres mystérieux. […]

Des spectateurs mystérieusement volatilisés

A la moitié de la deuxième saison, le nombre de spectateur a chuté d’un cinquième, malgré tout un marchandising lancé sur le marché : jeux en ligne, roman "écrit" par l’une des victimes du crash, vidéos gratuites sur le web. La production a dû à partir de là faire face aux immenses attentes du public, ainsi qu’à la police hawaïenne. En effet, quelques-uns des acteurs se sont retrouvés derrière les barreaux après avoir conduit en état d’ivresse, ce dont la presse a fait ses choux gras. Néanmoins, ce sont les critiques qui ont porté le coup le plus douloureux à la série, saluée unanimement jusqu’alors. […]
La situation s’est encore empirée à la troisième saison qui, aux Etats-Unis, a été diffusée en deux parties : un premier bloc de six épisodes, suivi de trois mois de pause avant les seize autres volets. C’est principalement la première salve qui n’a su relever l’audience : après un début fracassant, […] la série est retombée dans ses travers : nouveaux mystères toujours plus obscurs. Les conséquences ne se firent pas attendre. […]
Damon Lindelof, scénariste de la série : "Ce n’est pas facile de satisfaire continuellement le public. Parfois, nous sommes nous-mêmes frustrés, et décidons dans ce cas qu’il est temps d’insérer un nouveau pan de mythologie dans le récit. Mais du coup le public réagit, considérant que tout devient beaucoup trop confus. Nous levons le pied alors. Là on nous reproche de ne pas faire avancer l’intrigue assez vite !" […]

Six saisons

Si le rythme de la troisième saison s’est révélé à ce point laborieux, c’est pour deux raisons : premièrement parce que les scénaristes ont voulu lancer de nouvelles questions, afin d’y répondre lors de la deuxième partie. […] (De la saison trois, diffusée en deux parties de l’autre côté de l’Atlantique, mais en une seule fois en Europe. Pourquoi faire simple ?) "Deuxièmement, les réalisateurs se sont trouvés face à un problème : combien de temps Lost allait-il encore durer ? Impossible de déterminer une ligne narratrice claire dans ces conditions. A force de se faire de plus en plus virulemment reprocher la lourdeur de la série, les réalisateurs ont tiré par la manche ABC, chaîne à fois productrice et émettrice. Après des négociations longues de plusieurs mois, les deux parties sont parvenues à un accord : Lost sera produit jusqu’en 2010, pour atteindre un total de six saisons. Les trois dernières ne compteront que seize épisodes, et plus vingt-deux comme pour les trois premières. Ainsi, le nombre complet d’épisodes tournera autour de cent, soit ce que les créateurs JJ Abrams et Damon Lindelof ont toujours considéré comme leur "idéal". "Nous jouons une partie d’échecs", indique Lindelof. "Et nous savons parfaitement quels pions nous devons encore déplacer. Mais en définissant un objectif final, nous donnons aux spectateurs l’assurance que nous savons où nous allons." Une date de fin arrêtée par le diffuseur d’une série à succès, voilà bien une première. […]

Opge-Lost (jeu de mot : le participe passé du verbe oplossen, résoudre, se dit : opgelost.)


Comment Lost s’achèvera-t-il ? Découvrirons-nous jamais le secret de l’île ? Les trappes. Les nombres. La firme néerlandaise qui, il y a vingt-cinq ans, y mena une expérience psychiatrique. Les rencontres fortuites entre tous les personnages présents durant le crash. Toutes les pièces du puzzle se mettront-elles en place, ou bien Lost finira-t-il par s’écrouler sous le poids de sa propre mythologie, à l’instar de Twin Peaks ? […]
"Comment allons-nous résoudre le mystère central sans laisser s’évaporer l’essence de la série ?", s’interroge Lindelof. "Regardez Twin Peaks ! Non, nous conclurons la série comme nous l’entendons. Nous verrons bien si le public appréciera, mais nous trouvons d’ores et déjà la fin cool, et ça a été notre seul critère. Mais je vous dirai ceci : seul une personne extrêmement dérangée pourrait imaginer une chose pareille." (Cool ! Non, je ne me moque pas !)
Quoi qu’il en soit, les scénaristes invitent les fans à se garder de lier entre eux chacun des détails. […] Certains crossovers et certains flash-backs jouent évidemment un rôle […], mais d’autres […] ne sont que des clins d’œil adressés au public. "Nous n’avons jamais promis qu’il y aurait une théorie qui cimenterait l’ensemble des énigmes", ajoute Lindelof. "Beaucoup de réponses sont parsemées ici et là, et au final le spectateur comprendra l’île ; toutefois tout ne peut pas être ramené à une seule explication." » (Dans le genre : je me débine …)

Source : traduction et adaptation de : Stefaan Werbrouck, d'après Newsweek, in : « Focus Knack », 29 août 2007, pages 10 et 11. (En fait, je viens de m’apercevoir en indiquant les références que j’ai fait la traduction d’une traduction. Dans le genre sérieux, je ne me prononce pas. Je sais même pas si je vais pas garder cette note dans mes brouillons…)

mardi, 13 novembre 2007

Hannibal Lecter, les Origines du Mal - Thomas Harris

Hannibal Lecter, Les Origines du Mal constitue ce qu’on appelle en marketing cinématographique et littéraire une prequel, soit un volet qui raconte le passé, souvent l’enfance, d’un personnage fameux. Ici, c’est Hannibal Lecter qui s’y colle. Découvrez comment un petit garçon a pu devenir un monstre cannibale, quels traumatismes l’ont construit.

Le livre, paru à peine quelques mois avant que le film ne sorte, sent le scénario à plein nez, pire, le roman de commande. Il est vrai que le nom de Thomas Harris est synonyme de succès.
Ceci dit, ce label n’excuse pas des passages comme celui que voici : « Ce qui laisse peu de doute sur la manière dont Dame Murasaki a obtenu leurs billets : l’inspecteur Popil, bien sûr ! » Moins cryptique et évocateur que ceci, difficile à écrire ! Venant d’un orfèvre du thriller horrifique, un comble. En revanche, les chapitres consacrés au meurtre des bourreaux de la famille Lecter se révèlent un régal (Ce sont également les scènes les mieux réussies du film éponyme !), et le personnage de la tante de Hannibal, japonaise distinguée à la beauté merveilleuse, vaut le détour.

Espérons que Thomas Harris va bientôt accepter de cesser de massacrer le mystère qui tourne autour de son personnage maléfique, de se complaire dans un fétichisme ennuyeux à la longue. Mieux vaut créer une autre légende, non ?

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Harris Thomas, Hannibal Lecter, les Origines du Mal, Albin Michel, Paris, 2007

lundi, 12 novembre 2007

Der Zug war pünktlich/Le train était à l'heure - Heinrich Böll

Der Zug war pünktlich, considéré comme un des plus grands classiques du XXe siècle en Allemagne, constitue en quelque sorte la bible de la littérature des ruines, Trümmerliteratur. Le mouvement, initié par les jeunes auteurs marqués par l’abomination nazie et le feu des forces alliées, consistait à témoigner de la réalité et de l’horreur de la Seconde guerre mondiale. Le Groupe 47, Gruppe 47, compta parmi ses rangs Heinrich Böll, Günter Grass, Wolfang Borchert, Anna Seghers.

Il n’est pas nécessaire de critiquer à proprement parler une œuvre aussi fondamentale que ce court roman, dans lequel un jeune soldat, Andreas, réalise l’absurdité de sa mort au front, qu’il devine imminente. Comme une bête qu’on mène à l’abattoir, il ne se rebelle guère, au contraire, il s’achemine vers son trépas avec la résignation d’un automate. Malgré la terreur que son destin lui inspire : « Ich will nicht sterben », schrie er, « ich will nicht sterben, aber das Schreckliche ist, dass ich sterben wird… bald ! ». La force du destin affreux dépasse toutes les autres. Voilà le message délivré par Heinrich Böll, Prix Nobel de Littérature par ailleurs.
Je ne me prononce pas, comme je l’ai dit, sur les qualités du Train était à l’heure, néanmoins je tiens à préciser, si besoin en est, à quel point l’ombre de la mort plane sur cet écrit, et combien il y a de désespoir et de lourdeur. Peut-être n’a-t-on jamais délivré un dénonciation aussi épouvantable de la guerre, de la boucherie. Car, et c’est sûrement là que Heinrich Böll quitte la casquette de remarquable écrivain de langue allemande pour devenir l’un des auteurs récents majeurs de l’humanité, son œuvre transcende les époques, les frontières, pour devenir parfaitement universelle.

Que signifie l’existence si nous en acceptons l’inéluctable fin sans nous battre, nous confronter à notre volonté la moins avouable, la plus secrète, la plus noble ?

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Böll Heinrich, Der Zug war pünktlich / Le Train était à l’heure, Kiepenheuer & Witsch GmbH (1949) et Denoël (1969 pour la version française), Gallimard (1993 pour la présente édition bilingue), réédité chez Folio, France, 2003

lundi, 05 novembre 2007

Bulles

Huit petits savons qui forment un nom,
Huit lettres, du j au s, qui sentent bon.
Huit raisons de se réjouir : bien nous nous trouvons,
Huit façons de chasser fatigue, lassitude et poison.
Je me lave les doigts de huit bulles, huit sons.
Le prénom de mon amour, dont je me languis,
Comme un amour nettoie ses mains, mon cœur, et sang
De ma vie.

dimanche, 04 novembre 2007

Rubens - L'Atelier du Génie

« Rubens - L’Atelier du Génie », la grande exposition de cet automne aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles, propose une quantité très large d’œuvres du maître Pierre-Paul Rubens, de sa main propre ou produite en atelier, ainsi que d’autres de ses contemporains.
A l’origine de cette rétrospective, il y a les dernières études entamées par les Musées Royaux, portant sur l’ensemble des œuvres dont ils ont la propriété. « Il s’agissait d’une part de réévaluer les œuvres attribuées à Rubens et d’autre part d’approfondir la question du processus créatif et de la répartition des tâches entre le maître et ses collaborateur » (In : Guide du visiteur – Rubens – L’Atelier du Génie).

Impossible de rater une exposition avec de telles pièces d’exception, et un maître de pareille ampleur. Encore faut-il veiller à la réussir, et dans quelle mesure. Ainsi, je salue la présence de nombreuses études de visages, de corps et de compositions, ainsi que de dessins préliminaires et de croquis intéresseront les amateurs de baroque, car ce sont ces supports-là qui portent le secret du mouvement : l’essence de la voluptuosité de l’art de la contre-réforme y est scellée.
Néanmoins, l’enthousiasme me fait défaut quant à la mise en valeur de l’art de Rubens. Certes, il peut y avoir un intérêt certain d’expliquer, preuves à l’appui, ce en quoi consistait un travail en atelier, quelle était la contribution du maître, quelles associations d’artistes pouvaient s’opérer. Oui, j’ai été conquis par les toiles d’Antoon van Dyck, de Brueghel de Velours et de Jan Brueghel son fils. Mais ces prétextes ne concourent qu’à observer le travail de Rubens par le petit bout de la lorgnette. Qui, en sortant du musée, aura l’impression d’avoir mieux saisi la nature du génie de l’atelier ?
De plus, la profusion de toiles a pour conséquence de les faire s’étouffer les unes les autres ; un choix plus rigoureux aurait pu être mené, de manière à laisser parler la beauté époustouflante, la maestria des scènes, qu’il s’agisse des supplices des martyrs ou des extases des saintes, la palette richissime du maître d’Anvers.
Enfin, détail peut-être : une biographie n’aurait pas été superflue ; une date de naissance et une autre de décès n’éclairent que peu sur un destin, surtout celui dont il (n’)est ici (pas) question.

Une exposition magistrale manquée (Pas de si peu, malheureusement, ...), un rendez-vous toutefois indispensable avec un peintre merveilleux, un esprit brillant qui a marqué son art et son temps.

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A voir jusqu'au 27 janvier 2008 aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

jeudi, 01 novembre 2007

A 55 ans, le génie semble n'être né que ce matin.

Gare au gorille


C'est à travers de larges grilles,
Que les femelles du canton,
Contemplaient un puissant gorille,
Sans souci du qu'en-dira-t-on.
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement ma mère
M'a défendu de nommer ici...
Gare au gorille !...

Tout à coup la prison bien close
Où vivait le bel animal
S'ouvre, on n'sait pourquoi. Je suppose
Qu'on avait du la fermer mal.
Le singe, en sortant de sa cage
Dit "C'est aujourd'hui que j'le perds !"
Il parlait de son pucelage,
Vous aviez deviné, j'espère !
Gare au gorille !...

L'patron de la ménagerie
Criait, éperdu : "Nom de nom !
C'est assommant car le gorille
N'a jamais connu de guenon !"
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau,
Au lieu de profiter de la chance,
Elle fit feu des deux fuseaux !
Gare au gorille !...

Celles là même qui, naguère,
Le couvaient d'un œil décidé,
Fuirent, prouvant qu'elles n'avaient guère
De la suite dans les idées ;
D'autant plus vaine était leur crainte,
Que le gorille est un luron
Supérieur à l'homme dans l'étreinte,
Bien des femmes vous le diront !
Gare au gorille !...

Tout le monde se précipite
Hors d'atteinte du singe en rut,
Sauf une vielle décrépite
Et un jeune juge en bois brut;
Voyant que toutes se dérobent,
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vieille et du magistrat !
Gare au gorille !...

"Bah ! soupirait la centenaire,
Qu'on puisse encore me désirer,
Ce serait extraordinaire,
Et, pour tout dire, inespéré !" ;
Le juge pensait, impassible,
"Qu'on me prenne pour une guenon,
C'est complètement impossible..."
La suite lui prouva que non !
Gare au gorille !...

Supposez que l'un de vous puisse être,
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre,
Lequel choisirait-il des deux ?
Qu'une alternative pareille,
Un de ces quatres jours, m'échoie,
C'est, j'en suis convaincu, la vieille
Qui sera l'objet de mon choix !
Gare au gorille !...

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l'amour vaut son prix,
On sait qu'en revanche il ne brille
Ni par le goût, ni par l'esprit.
Lors, au lieu d'opter pour la vieille,
Comme l'aurait fait n'importe qui,
Il saisit le juge à l'oreille
Et l'entraîna dans un maquis !
Gare au gorille !...

La suite serait délectable,
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c'est regrettable,
Ça nous aurait fait rire un peu ;
Car le juge, au moment suprême,
Criait : "Maman !", pleurait beaucoup,
Comme l'homme auquel, le jour même,
Il avait fait trancher le cou.
Gare au gorille !...

Musique et paroles : George Brassens

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