mercredi, 21 novembre 2007

Ni d'Eve ni d'Adam - Amélie Nothomb

« Stupeur et Tremblements pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. Ni d’Êve ni d’Adam révélera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier. » - Amélie Nothomb, sur la quatrième de couverture de son dernier roman.

Amélie Nothomb est une menteuse. Pas plus que dans Stupeur et Tremblements elle ne fut une mauvaise employée mais plutôt la victime d’une supérieure malveillante et carriériste, elle n’est pas davantage fiancée à un jeune japonais du nom improbable de Rinri (Prénom signifiant : morale au Japon !). Car elle ne l’aime pas, elle a du goût pour lui, et on ne peut se contenter d’un sentiment aussi trouble pour se qualifier soi-même de : « fiancée ». Amélie Nothomb est donc bien une menteuse. D’ailleurs, elle n’a cessé de mentir à Rinri. Pour quelle raison se gênerait-elle dès lors pour mener ses lecteurs en bateau ?

Amélie Nothomb s’est fait une spécialité du mensonge vrai. Elle s’invente une biographie parfaitement fantaisiste et incohérente (Pas par sa chronologie, mais par le discours !), pour mieux se jouer des codes d’un art, la littérature, qu’elle adore et auquel elle rend un hommage assez inédit dans chacun de ses récits. Sur tous les plateaux de télévisions, dans chacune des interviews dont elle ne se montre jamais avare, elle clame sa bonne foi, jure ses grands dieux qu’elle n’a jamais rien inventé. Cependant comme je viens de le démontrer avec une facilité déconcertante plus haut, Amélie Nothomb est une menteuse.

Pour se contredire, Amélie Nothomb décrit l’expérience mystique intense, proche de la fusion charnelle, entre elle et le mont Fuji. Une jeune amoureuse pourrait-elle parler en termes si élogieux du minéral et manifester si peu de sentiments pour son naïf « fiancé » ? Non. Amélie Nothomb ment, dès lors. Rinri existât-il d'ailleurs jamais ?

Pour comprendre le génie d’Amélie Nothomb, il faut se garder de vouloir la classer. Affirmer comme je le fais qu’elle est une menteuse constitue le meilleur vaccin contre toute classification. Il s’agit d’une folle inspirée, d’un succube qui produit une œuvre brillante, singulière ; chacun de ses livres apporte au dossier Nothomb un témoignage du dérangement qui l’habite, au service duquel on découvre une langue maîtrisée à l’extrême, qui nous pourrait paraître simple parce qu’elle est exemplaire.

Ni D’Êve ni d’Adam a gagné le Prix de Flore cet automne. Les Editions Albin Michel n’ont pas attendu cette reconnaissance de la profession pour écouler les milliers d’exemplaires mis à la disposition du public depuis fin août.

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Nothomb Amélie, Ni d’Êve ni d’Adam, Editions Albin Michel, Paris, 2007

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