vendredi, 06 avril 2007

Paris, le retour - Part II

Le bruit des premiers clients pénétrant dans la salle à manger de l’hôtel me réveille et me renseigne sur la minceur des parois de ma chambre, la seule au rez-de-chaussée. Néanmoins, je ne m’en suis pas aperçu durant la nuit ; j’ai dormi comme une bûche. Je m’éveille lentement, profitant de la tiédeur des draps. Je pense avec beaucoup d’excitation à la journée qui m’attend à quelques centaines de mètres d’ici.
Je sais depuis la veille que deux autres membres du jury logent dans l’hôtel. L’un d’eux a même déposé sa carte à l’accueil, à mon attention. J’apprécie l’initiative. Comme moi, il vient de Belgique. Je me sens presqu’en terre connue.
Je me douche puis range déjà mes petits effets personnels, refais le lit (Ca donne bonne impression, non ? Quand on quitte sa chambre en ayant pris soin de ne pas laisser le souk derrière soi. Non ?) et passe à la salle du petit-déjeuner. Le réceptionniste, après m’avoir souhaite la bonne journée, m’indique que mes « collègues » de France Télévisions (C’est pas tout à fait ça, mais enfin rêvons un peu, il n’y a pas de mal !) m’attendront à 9h00 dans le hall. Génial, on me prend en charge, j’adore !
Le petit déjeuner est excellent, quant à lui : pain croustillant, petites viennoiseries, craquelin (J’ignorais que les Français étaient déjà si évolués qu’ils servent du craquelin … * chauvinisme inside * Ils n’appellent peut-être pas ça comme ça non plus …), du gruyère, du Kiri (« Ooooooh ! les vaches ! * culture pub inside *), du Nutella en barquette, … Je me cale bien l’estomac.
A 9h00, fin prêt, je laisse en otage mes bagages à l’hôtel, règle la facture et fais connaissance avec mes fameux « collègues » : mon compatriote, et un petit bout de femme corse d’adoption, débordante de peps, poétesse à ses heures. Nous nous mettons en route vers le palais des expositions, que nous trouvons d’ailleurs rapidement grâce à mon stupéfiant sens de l’orientation que je me suis découvert la veille. On arrive un peu trop tôt, mais ça ne fait rien, on peut discuter justement de notre (nos) coup(s) de cœur parmi les six challengers. Madame Corse et moi défendrons le même bouquin : fort !
A 9h30 précises, les portes du « Sérail » s’ouvrent. Le cerbère se montre d’emblée très pointilleux quant à la sélection à l’entrée entre ceux qui seront autorisés à passer ce portique de ce qui ressemble au Saint-des-Saints-des-mégas-VIP-je-me-la-pète, vu comment on est scrutés, et les refoulés, les damnés de la terre. Je sors mon invitation-France-Télévisions-y-a-aucune-raison-pour-que-je-me- la-joue-pas-non-plus : si jamais on ne me laisse pas accéder librement à l’intérieur, je fais un scandale. De plus, je suis armé d’un sac plastique classe rempli de six lourds essais qui pourraient bien se reconvertir en objet contondant le cas échéant pour assommer les agents récalcitrants. Méfiance !

10h00. Tout s’est finalement bien passé, mes livres seront défendus, par le verbe, et ne serviront pas de massue barbare. Les vingt-cinq membres du jury (quinze femmes et dix hommes) ont été invités à patienter dans des salons privés terriblement colorés, tellement qu’ils sont beaux et trop trop tendances. Enfin, je me moque, mais c’est sympa. Je ferais pas ça chez moi, mais c’est sympa ! Puis on nous a conduit, en rang d’oignons quasi (Mais je rassure tout le monde, je n’ai pas senti la moindre velléité de me rebeller, j’ai bien suivi la mouvement tout comme il fallait !) à un forum tout sérieux, à un mystérieux second étage, sans ascenseur en état de marche. Je n’aurais rien trouvé à y redire s’il ne s’était pas trouvé parmi nous une dame à mobilité réduite. Notez bien que France Télévisions n’y pouvait mais, ce sont les organisateurs sur place qu’il faut blâmer. Néanmoins, avec les moyens du bord, tout ce petit monde s’achemine vers la salle Tagore.
Là, tout n’est que paix, luxe, calme et volupté. Nous sommes reçu par les éminences de la télévision publique française, Olivier Barrot en tête. Et … ah, comment dire ça sans froisser personne n’y cracher dans la soupe ? Hé bien, disons que M. Barrot ne rayonne pas de jovialité. Je préfère la compagnie des jurés et des croissants, petits pains et autres mis à notre disposition.
Parmi les jurés, on trouve de tout. Moi, déjà, mais il s’agit là d’un sujet déjà abordé en abondance sur ce blog, il ne me semble pas nécessaire d’y revenir (Pour connaître mes précédentes aventures, clique un peu partout sur ce site !). Je découvre autour de moi un lettré pédant, bavard et narcissique, une jeune demoiselle tétanisée par le trac, un entrepreneur de gauche, une esthète passionnée de Pasolini, une dingue des mots (C’est le meilleur endroit pour en parler !), une folle de lecture à lunettes, un commercial dans le chocolat ex-libraire, une épicière, une enseignante, un deuxième enseignant, une norvégienne vivant en France depuis méga longtemps, une nana qui trouve que lire six livres c’est quand même du boulot (Heu…), un gars barbu bien sympa et qui me semble être un parfait humaniste, une fan de poésie, une amatrice de prophéties apocalyptiques, une bonne vivante se délectant de second degré, un diplômé, un germaniste profondément antipathique, une blonde, une jeune maman, un timide, … Bref, plein de monde.
Enfin la voix tellement consensuelle d’Olivier Barrot perce à travers le micro qu’on lui a installé. Autour de la table en U gravitent une foultitude de cameramen, de preneurs de son, et plein d’autres techniciens encore. Chacun aura le droit d’exprimer son point de vue sur son livre favori (Et basta, on n’est pas dans un club de lecture, ici, Madame !). Oh ! certes, dans le dossier de presse, on a peut-être prétendu qu’on pourrait parler de tout, mais enfin soyons logique, on n’aurait jamais le temps de tout faire, nous ne disposons que de deux heures.

Non, ça n’a pas été dit comme ça. Olivier nous a simplement ( Celui qui croit sincèrement que ce mec peut s’exprimer de manière concise sans s’écouter parler aura un gage !) expliqué qu’on aurait donc quelques minutes pour causer de son chouchou. Allez, c’est parti top chrono on commence !

Je ne vais pas me lancer dans la fastidieuse reconstitution de ses deux heures. Juste pour vous décrire :

1) Comment on vote. A la majorité absolue. A chaque tour de vote, le livre obtenant le moins de voix et impitoyablement éliminé. Au dernier tour restera donc deux essais en compétition ; le gagna sera couvert de gloire ; le perdant hué par la foule en délire.

2) Les six livres en compétitions sont, pour rappel :

- « Une brève Histoire de l’Avenir », de Jacques Attali ;
- « L’Art de raconter », de Dominique Fernandez ;
- « Comment parler des Livres que l’on a pas lus ? », de Philippe Bayard (Je rappelle qu’il ne s’agit toujours pas d’un gag…) ;
- « Marcel Duchamp », de Judith Housez ;
- « Antimanuel d’Economie », de Bernard Maris ;
- « Le Verbe contre la Barbarie », d’Alain Bentolila.

Le dernier-né de Jacques Attali est balayé dès le premier tour. Peu se sont montrés sensibles au millénarisme « éclairé » du grand homme qui de toute façon, ne se déplacera pas pour l’évènement. Le talonne de près le bouquin de Dominique Fernandez. Troisième, le guide du lecteur paresseux, de Philippe Bayard. Contrairement a ce que j’aurais cru, il a pu compter sur pas mal de défenseurs, séduits par le second degré de l’ouvrage. Quatrième à devoir s’incliner, la biographie de Judith Housez ne convainc pas la majorité ; certains s’interrogent même sur la pertinence de joindre une biographie à des essais pour la sélection. Enfin, le dernier tour, l’affrontement de deux survivants : il ne peut en rester qu’un ! Les partisans de Bernard Maris (Moi et mes soldats qui se sentent concernés par le monde qui les entoure et les dérives du capitalisme …) et ceux d’Alain Bentolila (Les autres, qui se sentent concernés par l’illettrisme et qui croient au pouvoir des mots contre la violence et l’injustice…) vont s’affronter dans une lutte sans merci. Oui, mais strictement réglementée par l’arbitre, Maître Barrot. Et finalement, c’est « Le Verbe contre la Barbarie », d’Alain Bentolila qui l’emporte. Nous allons à présent rejoindre le stand de France Télévisions pour remettre le prix à l’auteur, devant les caméras et les flashes et en présence de Dominique Fournier, directeur de l’action culturelle. On nous prie de ne rien dévoiler avant l’annonce officielle. Je ne peux m’empêcher de penser que franchement, très honnêtement, tout le monde s’en fiche un petit peu quand même.

Et c’est la grand messe, à midi tapant. On proclame le vainqueur dans le journal télévisé de France 3 en direct (Ma maman elle dit qu’on n’a rien vu de tel…). Puis les auteurs (Ceux présent, trois sur six, si je ne m’abuse, bonjour le snobisme ici !) déambulent parmi les invités au walking-dinner. Je me délecte des délicieuses petites choses offertes, du champagne, du vin blanc, de tout ça. Je discute avec Bernard Maris, que je trouve véritablement charmant : modeste, agréable, et tout. Il me dédicace même mon exemplaire de son antimanuel. Je berdelle encore avec un peu tout le monde, je joue au mondain (J’avoue que je me débrouille plus que convenablement…). Avant de partir, j’échange mon mail avec quelques uns des autres participants avec qui j’espère demeurer en contact.
Alors, au final, bonne expérience ? Je dirais même plus : excellente, unique, exaltante, géniale. Qui a l’occasion de se permettre ça ? Même si l’évènement ne dure que quelques heures, il en vaut indiscutablement la peine.

Ensuite, balade à travers les centaines d’éditeurs présent. Les grandes maisons d’édition prennent presque toute la place, du coup j’ai un peu l’impression de me déplacer dans une Fnac géante. Heureusement, je finis par tomber sur une petite maison de Lille, « Le Riffle », qui propose des livres (Qui l’eut cru ?) à la couverture très belle. Je lie langue avec eux, et finis par me laisser tenter par une de leur publication.

A 16h00, n’y tenant plus, je sors. Beaucoup de gens, pas beaucoup d’intérêt, la foire du livre de Paris ne provoque guère d’émotions en moi. Faut dire que là j’ai quand même eu ma dose. Je me rends dans un petit bistrot du coin, et commande une crêpe au Nutella, j’ai méga faim. Je commence à lire mes quelques nouvelles acquisitions. Une petite heure se passe ainsi. Dehors il pleut à torrent. Je repasse une dernière fois à l’hôtel et vais chercher mon métro.
Ligne 8 jusqu’à « Strasbourg – Saint Denis ». Là, je cherche la ligne 4. Il fait noir de monde, et je prends la place de deux éléphants avec tous mes sacs. En plus, je suis fatigué. Je ne trouve pas cette fichue correspondance. Je fais deux fois le tour de la station. On me bouscule en tous sens et j’en ai marre, ça m’énerve. Je commence même à paniquer un peu ; certes mon train ne part que dans trois bons quarts d’heure, mais bon, à ce train-là, je risque pas d’y être. Je décide de sortir. Je me sens un peu mal de me savoir sous terre et perdu. Et je fais bien : à peine sorti que la ligne 4 vers la Gare du Nord est indiquée. Ben merci, bravo l’organisation, comment je peux le deviner, c’est comme ça nulle part sauf ici, non mais franchement, Paris quelle ville de fous !
On l’aura compris, je râle sec. Et ce n’est pas tout. Au portique, il y a vraiment des grappes humaines pour passer. Pas le choix, je m’y engage. Je glisse mon ticket que j’ai acheté vingt minutes auparavant (Hé non ! Je ne fraude pas à Paris ! Question de priorités…) et… le portique demeure fermé, tandis que derrière moi, il y a déjà au moins dix personnes. Tant pis. Demi-tour et je bourre dans le tas. J’achète un nouveau ticket (Il faut du courage pour travailler là !), et repars. Miracle, ça s’ouvre. Là, c’est un parcours du combattant pour joindre la ligne. J’ai l’impression de parcourir des kilomètres et des kilomètres. J’en viens même à me demander s’il ne s’agit pas d’une liaison piétonne directe entre cette station et la Gare du Nord. Mais non, finalement j’arrive à quai. J’embarque dans le métro bondé, mais bondé comme j’ai jamais vu quelque chose d’aussi bondé. Mais il n’y a que deux arrêts jusqu’à ma destination, donc je prends mon courage à deux mains et plonge.
On est pas lancé de dix secondes que… le métro s’arrête ! Aaaaaaaaah ! A chaque fois que je quitte cette cité de rontudju, ça arrive ! Quelle horreur. Céd, tu ne paniques pas, surtout tu restes calme, il va repartir, c’est une question de seconde, regarde les gens autour de toi ils ne manifestent aucun signe d’angoisse, ça leur semble normal, tout au plus un peu agaçant, allons détends-toi, dans cinq minutes tu retrouves l’air pur…
Après un temps abominablement long, le serpent urbain redémarre. Je n’ai jamais été aussi heureux de voir quelque chose redémarrer ! Il est grand temps que je regagne ma petite ville de province.

A la gare, j’attends pendant une petite vingtaine de minutes en dévorant le livre acheté aux éditions du Riffle l’après-midi. J’achète un café avec mes derniers cents et attends impatiemment l’arrivée du train.
Un peu avant 19h00, celui-ci entre en gare. Je fonce à ma place, et m’assieds. Aaaaaaaaaaah, quel bonheur ! L’aventure : cool, mais le repos du guerrier : merveilleux !

Une fois rentré chez moi, épuisé et affamé à nouveau, je range mes petites affaires. A chaque objet qui transite dans mes mains, des souvenirs neufs affluent déjà…

Commentaires

Hé ben dis donc... C'est une folle avanture que tu as vécue, surtout le métro du retour. Paris, ville lumière assez cahotique je dois dire. Je lui préfère 100 fois Londres, et 1.000 fois (que dis-je 1.000 fois, un million de fois!!!!) la Ville Eternelle...

Ecrit par : Elie | samedi, 07 avril 2007

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