lundi, 26 mars 2007
Paris, le retour
Hé bien voilà, c’est le grand jour, le départ pour Paris en ce jeudi 22 mars par un petit matin froid et humide, en complète contradiction avec l’hiver excessivement doux que nous venons de traverser !
C’est chargé de nombreux sacs et besaces que j’attends le Thalys sur le quai de Namur. Je n’ai pas particulièrement souhaité m’encombrer d’une grosse valise, peu pratique car volumineuse dans le métro. Le métro : ma hantise depuis hier soir. Comment vais-je faire pour trouver mon chemin parmi les souterrains mal éclairés et malodorants, grouillant de monde ? Allons, allons ! Tentons de ne pas paniquer, rien ne peut laisser présager que les choses se dérouleront négativement, bien au contraire. Un peu de prudence (Maintenir mes sacs convenablement fermés, histoire de ne pas tenter les pickpockets ; veiller à mes objets de valeur : portefeuille, appareils photo, etc.) suffira.
A 07h44, le train à grande vitesse entre en gare. Le voyage se passe bien ; confortablement installé dans le fond de mon siège, je lis consciencieusement les deux cents pages (Ah oui ! quand même…) du dernier livre des six essais sélectionné par France Télévisions. Car si je me rends tout seul comme un grand à Paris, c’est bien entendu dans le cadre de l’évènement culturel phare du premier semestre de cette année : le Prix Essai France Télévisions 2007, qui sera décerné après les délibérations du jury (Je compte parmi eux ; * Je me la pète inside *) au cœur même du Salon du Livre de Paris, situé Porte de Versailles. Porte de Versailles, là où se trouve mon hôtel, par ailleurs, là-bas au sud de la ville lumière, à l’opposé de la Gare du Nord la bien nommée où j’arriverai dans quelques instants. La capitale française s’annonce, en effet : des bâtiments immenses, des immeubles, laids pour la plupart, s’agglutinent le long des voies de chemin de fer. Plus de vert, plus de prairie, plus d’arbre, plus d’espace limpide ; justice une symphonie du béton en ut majeur… Ah! décidemment, je constate à quel point je ne suis qu’un sédentaire. Il m’en a fallu du temps pour me rendre compte de combien je serais un jour attaché à mon petit chez-moi.
Toutefois réside en moi une douce âme aventureuse, qui va diffuser dans le hall de gare la dose d’adrénaline suffisante pour pousser ma curiosité vers l’avant. Finalement, c’est carrément avec le sourire que j’achète mon ticket de métro pour la journée, tout en prenant soin de demander un plan global des lignes de métropolitain, histoire de parer à toute éventualité, deux précautions valant mieux qu’une seule, chacun en conviendra. Et d’ailleurs, ce précieux petit plan est immédiatement mis à contribution : j’examine effectivement ce qui, au premier abord, ressemble à s’y méprendre à une assiette débordante de spaghettis et je constate que chacune des pâtes représente un trajet supposé prendre du sens. Malgré cette difficulté (Toute relative, je l’avoue, il suffit de garder la tête froide pour s’y retrouver !), je m’en sors : ligne 4 jusqu’à l’arrêt : « Strasbourg – Saint Denis », puis ligne 8 jusqu’au terminus : « Balard ».
Il n’est que 10h15 lorsque j’arrive, fier comme Artaban, à l’hôtel. L’établissement me semble propret, la chambre et l’accueil chaleureux. Après avoir déposé mes bagages, je me mets en route vers les lieux touristiques. J’ai décidé la veille de visiter le musée du quai Branly, dédié aux arts premiers. J’emprunte à nouveau le métro, qui n’effraie plus du tout le provincial que je suis ; je l’ai domestiqué.
Il tombe quelques gouttes tandis que je quitte la station : « Marceau Alma ». Midi va bientôt sonner et je crève la dalle. Surprise : je tombe nez à nez avec la « Flamme de la Liberté » (devenue célèbre pour avoir protégé de son ombre généreuse les bouquets de fleurs par milliers laissés là par les admirateurs anonymes de la princesse Diana, championne posthume de rallie urbain tragiquement disparue en août 1997 dans le coin…), la Seine (En même temps, je me rends à un quai, il me paraît finalement logique que celui-ci longe une voie, et pourquoi pas fluviale ?) et la Tour Eiffel (J’ai l’impression de vraiment avoir l’air plouc à mort, là…). Je traverse le fleuve, ne résiste point à l’envie d’immortaliser ces instants magiques, jusqu’à ce que mes pas m’amènent à mon objectif initial. Un ami m’en a vanté la beauté récemment, due au génie de l’architecte Jean Nouvel. L’ensemble ne manque pas de classe, j’en conviens. Les formes sont audacieuses, mais harmonieuses. On se situe aux antipodes du Centre Beaubourg. Les couleurs brillent, chatoyantes, et égaient l’endroit, hyper urbain. Le végétal y taille sa place, avec une élégance toute raffinée. Oui, c’est bien le raffinement qui caractérise le mieux cet édifice. Le lendemain, un membre du jury m’expliquera certes que pour bâtir ce caprice d’un Président de la République sur le déclin (Une vieille tradition remontant à Georges Pompidou ne veut-elle pas que chaque chef d’Etat français laisse de lui une trace muséale majeure ? Beaubourg pour Pompidou, Vulcania Pour VGE – hors de Paris, certes -, les grands travaux du Louvre de Mitterrand, le musée du quai Branly, enfin …), il aura fallu détruire des arbres centenaires, mon avis sur cet espace unique ne risque pas de changer.
J’ai faim. Je jette un œil sur le menu de la cafétéria du musée, mais rien ne m’inspire. Je pousse un peu plus loin, en profite pour mitrailler la Tour Eiffel de mes flashes (« C’est tellement laid que j’y déjeune tous les midis pour être certain de ne pas la voir ! », disait Jules Renard en parlant d’elle. Je ne le suis pas trop sur ce coup-là…) puis tombe sur une brasserie. Peu enthousiaste, je détaille le menu. Plat du jour : poitrine farcie. Merci mais non merci. Je poursuis ma route, m’en retourne à la station : « Marceau Alma » où il me semble avoir aperçu moult troquets à la mine ma foi bien sympathique. Las ! Au fur et à mesure que je progresse se succèdent des hôtels de luxe, des boutiques de marques prestigieuses. Si bien que je m’interroge : où suis-je ? Je lève les yeux : avenue Montaigne. Je comprends mieux, du coup, et trouver un bistrot pas cher, convivial et bon enfant dans le coin, laisse tomber ! Je rebrousse une nouvelle fois chemin, repasse la Seine. Mon estomac gargouille à tout rompre. J’arrive enfin devant la cafétéria du musée (Je me suis entre-temps résolu à y déjeuner…). Stupeur ! Une file d’attente de plusieurs mètres s’est constituée durant mon absence. Moi qui déteste patienter, chaque jour un peu plus ! Hé bien ! soit ! Je vais commencer la visite du musée, et vers 14h (Il est alors 12h30…) je reviendrai casser la croûte.
J’avale un bonbon à la menthe pour calmer ma fringale (Compte là-dessus et bois de l’eau claire !), achète un billet d’entrée et loue un audio guide (Anne, ma meilleure amie, me l’a conseillé, car les informations à l’intérieur ne sont guère légion, et vu que j’aime bien apprendre … * candeur inside *). Une gigantesque rampe centrale en colimaçon accueille le visiteur. Véritable cœur du bâtiment, elle s’enroule autour d’un cylindre central transparent d’un imposant diamètre renfermant d’innombrables instruments de musique tribaux. Paradoxalement, l’impressionnante structure n’écrase pas, bien au contraire elle invite à la détente, au bien-être. Au-delà d’un muret arrimé à cette gigantesque ellipse, on aperçoit les salles en contrebas. Des ouvriers s’y affairent. Au sommet, les salles d’exposition. Le sens de la visite propose aux nouveaux arrivants de découvrir les arts, légendes, sociétés et rites des peuples « premiers » (Autrefois, nous disions sottement : « primitifs » !) de quatre continents : l’Afrique, les Amériques, l’Asie et l’Océanie.
Dans cette architecture résolument organique, je me déplace en toute liberté. Il existe certes des parcours, des voies à suivre, toutefois une certaine « insouciance » règne, à mille lieues d’un académise qu’interdit et invalide la distance, géographique aussi bien que temporelle, des sujets abordés. N’étant pas fondamentalement inconditionnel des arts premiers, je sors pourtant enchanté de la balade colorée, mystérieuse et assez mystique que je viens d’effectuer. J’avoue par contre avoir délaissé souvent l’audio guide, tant il m’est apparu plus important de laisser prévaloir l’esthétique des pièces par rapport au savoir érudit. La magie et l’évasion, pures.
Ceci dit, mon portable indique qu’il est maintenant 14h15, information confirmée par mon système digestif, affligé du chômage technique auquel je le contrains. Un petit passage par la boutique de souvenirs (Ben oui, je suis touriste, non ?), puis zou ! à la cafétéria. J’engloutirais bien un gnou, un éléphant, une baleine bleue, un…
Incroyable ! Il y a encore une courte file devant les portes du restaurant. J’estime néanmoins que le temps d’attente ne s’éternisera pas. Cinq minutes passent. Dix. Onze. Douze. Rien ne bouge, tout demeure immobile comme si la mire s’était installée à demeure sur l’écran de ma faim. Agacé, je renonce et me retourne. Surpris, je découvre une assemblée de vieillards désagréables elle aussi figée, pareille à un monolithe mégalithique. Je force le passage, tant pis. Un bonhomme décrépi me jauge et me jette à la figure, méprisant : « Il y a une sortie de l’autre côté ! » Je réplique aussitôt : « Veuillez m’excuser, je fréquente peu l’endroit, et là je suis déjà engagé, pardon ! » En fait, il faut traduire mes propos comme suit : « Vire-toi, et vite, sinon j’te pète les genoux ! » Ceux qui me connaissent savent que quand j’ai la dent et que je sens comme un coup de pompe m’envahir, mieux vaut ne pas me contrarier. Or, un second octogénaire chenu m’apostrophe avec agressivité : « Mais on vous dit qu’il y a une sortie de l’autre côté ! » Je nie, bien que la moutarde me monte au nez, comme il se doit. Je continue ma progression, et une vioque à la voix chevrotante juge bon d’ajouter de sa voix doucereuse : « Il y a une sortie de l’autre côté ! » Ma réponse fuse : « Merci, madame, je pense qu’on me l’a déjà signalé ! » Des murmures indignés s’élèvent. Très bien, si la guerre est déclarée, allons-y allégrement. Je fonce, bouscule. Et quand le mécontentement atteint son paroxysme, juste après mon passage, j’articule bien fort à l’adresse de ces oreilles malentendantes : « Pardonnez-moi ce léger désagrément, messieurs dames, mais c’était bien plus facile de faire demi-tour parmi vous pour voler au passage vos portefeuilles que d’employer l’autre sortie ! » Sur quoi je me retourner et fonce droit devant moi, jouant à mon tour la comédie du jeune homme sourd comme un pot. Rétrospectivement, je suppose que j’aurais pu faire preuve de moins d’entêtement. Mais je me serais privé d’une chouette tranche de vie, et je ne le souhaite pas.
Je finis (enfin !) par manger un pavé de bœuf dans la brasserie qui ne me plaisait qu’à moitié et proposait de la poitrine. Le repas s’avère plus qu’honorable.
Tout en mastiquant, je décide de visiter ensuite le musée du quai d’Orsay. Après un tout petit détour par la pyramide de verre de Pei, je rejoins le fameux musée renfermant les merveilleuses toiles des maîtres du XIXe siècle. Pendant deux heures, peut-être davantage, je m’offre une promenade enchantée parmi Courbet, Millet (J’imagine que si son « Angélus du Soir » m’émeut tant, c’est parce que la reproduction qu’en possède ma marraine Jeanne – Enfin, c’est pas vraiment MA marraine, mais je ne vais pas entrer dans les détails, nous nous égarerions – me fascinait déjà alors que j’avais cinq ans…), Manet, et surtout les splendides impressionnistes : Monet, Pissarro, Sisley, Caillebotte, Guillaumin, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Toulouse-Lautrec, Renoir, Degas, Gauguin, Van Gogh, …
L'Angélus du Soir, Jean-François Millet
Déjeuner sur l'Herbe, Edouard Manet
Coquelicots, Claude Monet
Avenue de l'Opéra, Camille Pissarro
L'inondation à Port-Marly, Alfred Sisley
Raboteurs de Parquet, Gustave Caillebotte
Paysage de Neige à Crozant, Armand Guillaumin
Le Berceau, Berthe Morisot
La Mère et l'Enfant, Mary Cassatt
Seule, Henri de Toulouse-Lautrec
Le Bal du Moulin de la Galette, Pierre-Auguste Renoir
Dans un Café : l'Absinthe, Edgar Degas
Femme de Tahiti, ou : Sur la Plage, Paul Gauguin
L'Eglise d'Auvers-sur-Oise, Vincent Van Gogh
Sympatoche aussi : les expositions temporaires du musée sont librement accessibles (Ou en tout cas, personne ne m’a demandé ce que je faisais là…). C’est ainsi que j’ai eu la chance de voir l’exposition (de taille réduite, il est vrai) consacrée aux autoportraits de Léon Spilliaert, complément à la rétrospective consacrée à l’artiste par le Musée des Beaux-Arts de Bruxelles.
Avant de quitter le musée du quai d’Orsay, j’écrirai encore une ou deux lignes sur une initiative intéressante de l’institut baptisée : « Correspondances ». Des artistes contemporains sont ainsi invités à revisiter une œuvre classique de leur choix, et à ensuite exposer les résultats de leur expérimentation à côté des originaux. J’ai ainsi pu admirer une « redécouverte » signée Pierre et Gilles. Le célèbre couple de photographes ont relooké une œuvre d’un artiste « officiel » du XIXe, aujourd’hui parfaitement oublié, Vincent Feugères des Forts : « La Mort d’Abel ». Au final, la relecture propose un triptyque sensuel,lové par de lourds cadres dorés, kitsch au-delà de toute mesure, cernant la sculpture originale dont le socle est rehaussé d’un gazon synthétique et de délicates fleurs fluo en plastique. Magnifique, plus profond qu’il n’y paraît et abordable pour tous. Un éphèbe mort sous quatre angles différents.
La Mort d'Abel - Vincent Feugères des Forts (1865), réinventé par Pierre et Gilles (2007) ; pour une vue d'ensemble, n'hésitez pas à cliquer ici.
Le soir tombe. Le ciel s’irise de teintes rosées très tendres. Les légendaires monuments parisiens se découpent à la manière d’ombres esquissées à l’encre de Chine. Je vais voir Notre Dame, en effectuant un détour par l’Hôtel de ville.
J’ai à présent bien mal aux chevilles. Je regagne mon auberge, me rafraîchit un peu, regarde les Guignol de l’Info à la télé. Je dîne d’une énorme et délicieuse salade auvergnate, suivie d’une tarte tatin maussade, quant à elle.
Il est 21h40, je ferme définitivement (pour ce soir) la porte de ma chambre. Il me reste des pages et des pages du mon dernier bouquin à avaler pour demain. Pas question d’arriver en ignorant la moindre ligne.
Suite au prochain épisode …
21:35 Publié dans Paris tout ce que tu veux | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
J'ai adoré ton aventure avec les vieux ;-)
Vivzment la suite !
Ecrit par : christelle | lundi, 26 mars 2007
Comme je te comprends, moi aussi quand j'ai faim, je deviens... comment dire... agressif / intraitable / mauvais / impatient / autre (cochez les mentions inutiles).
Pour le musée d'Orsay, je le trouve tout simplement génial.
Ecrit par : Elie | mardi, 27 mars 2007
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