jeudi, 31 août 2006
Comme dans un rêve...
J’ai rêvé d’une chute il y a deux nuits.
La nuit s’avance déjà, et dehors les formes ne se distinguent plus très bien les unes des autres et se confondent. Je m’aperçois de l’absence d’un de mes chats, tandis que l’autre revient de sa promenade qu’il affectionne de faire, une fois la lune apparue.
M’inquiétant, j’ouvre la porte menant dans la cour, appelle Cambouis, sans résultat. Je ressaye une seconde fois en agitant l’un de ses jouets, une minuscule souris verte à l’intérieur de laquelle une petite bille produit un son qui les amuse, en arpentant la petite terrasse.
Dans mon rêve, je me résous à me hisser sur le premier muret de la cour, où j’ai disposé une jardinière, et qui s’élève à environ un mètre soixante du sol. Là s’offre à ma vue une large étendue de toits luisant de pluie. A ma droite la rotonde d’un bâtiment moderne se plante tel un phare inquiétant. Devant moi, je distingue la grande croix de l’église Saint Nicolas, les fenêtres éclairées d’immeubles voisins. A l’horizon, on devine la masse sombre de la citadelle. J’entends au loin le bruit de la circulation, une sirène qui se presse.
J’appelle à nouveau le chaton dont j’ai la responsabilité, mais mes cris se perdent à nouveau dans le vide. Mon grand gamin se joint à moi, cherche lui aussi. Je le sens inquiet, ou déçu que sa compagne de jeux lui a fait faux bond. Je le caresse, puis enjambe le second muret sans hésitation, sans peur.
Je marche à présent sur cette plate-forme de tôle ondulée, en plastique ou un autre matériau trop peu résistant. Mais dans mon rêve, les anges ont oublié de me glisser dans le creux de l’oreille que mon poids me trahira avant d’avoir retrouvé la petite chatte égarée.
Je m’accroupis afin d’éviter les fils électriques, sûrement dangereux, entends sous mes pas le craquement de la tôle, poursuis mon cheminement vers la droite. J’atteins, après avoir passé les fils, un toit plus solide. Je marche avec assurance. Le vide ne m’effraie pas, étrangement, et la lueur orangée du haut lampadaire qui illumine la rue des Tanneurs, perpendiculaire à la mienne, m’aveugle un peu et renvoie, à au moins dix mètres sur ma gauche, mon ombre dédoublée et celle de Largo sur mes talons.
Dans mon rêve, il me scrute, interloqué, peut-être admiratif que je condescende à m’éloigner sur son domaine, là où seul lui se risque. Je marche, je tente de repérer une forme dans cette obscurité, contraste entre la zone lumineuse et les nombreux points d’ombre.
Rien.
Bredouille, je fais volte-face, moins souple que mon chat, pour qui l’opération ne signifie que peu, guère plus qu’un réflexe. Toujours à ma suite, il m’observe toujours aussi attentivement. Je sens bien que ma place n’est pas ici mais sur la terre ferme. Je me penche à nouveau très bas pour ne pas toucher les fils, et pose un pied sur la mince couche de tôle ondulée faisant office de toit à un grand entrepôt en partie couvert.
Je chemine vers le mur mal ardoisé sur lequel je m’assoirai bientôt. J’avance, et sans que je n’en sois conscient, une vague inquiétude, indéfinissable, me sert la gorge.
Croyant simplement que l’absence de Cambouis peut expliquer ce malaise, j’atteins sans encombre le muret. C’est alors que ma tête se tourne encore vers la gauche, par là où, à trois ou quatre mètres plus loin, la tôle s’arrête, laissant le sol à ciel ouvert pour ne plus former qu’une cour abandonnée et envahie par de mauvaises herbes.
Il y a, à ma hauteur, un renfoncement, que j’aperçois en penchant la tête. Peut-être la petite chatte s’est-elle faufilée par là.
Dans mon rêve, je marche alors d’un pas mille fois trop franc vers cette alcôve, lorsque soudain, le son d’un craquement plus grave s’écrase contre les murs de brique et me renvoie le bruit alarmant du danger auquel je me suis sottement exposé. Je comprends alors à une vitesse fulgurante que le pan de la plate-forme sur laquelle je me trouve maintenant ne tiendra plus une seconde de plus.
Une idée de refus s’impose à mon esprit, je ne veux pas tomber, mais il est trop tard, le craquement se poursuit, la solidité branlante de la tôle s’évanouit, et mes pieds la transpercent. Mes mains agrippent sans doute encore le pan suivant, avec pour seul résultat de me griffer. Je chute alors de tout mon poids, mes mains se recroquevillant sur ma tête pour la protéger.
Dans un rêve, le temps s’écoule doucement, et ma chute semble s’éterniser, pourtant je ne pense à rien. Sinon à combien de temps cette aventure, mal embarquée, va durer.
Le choc m’étonne. Il n’est pas aussi terrible que je l’avais redouté. Immédiatement, je me relève, et m’avance, du côté de la cour, espérant m’en échapper par une petite allée discrète que je n’aurais jamais encore vue auparavant. En vain. A contre cœur, mais prestement, je vais alors vers le noir, vers cet entrepôt qui cache je ne sais quoi. Je ne réalise en rien ce qui m’est arrivé, et si je ressens quelque douleur, j’en fais abstraction. Je veux simplement quitter cet endroit, me retrouver chez moi, me laver, me soigner, faire en sorte que ma mémoire oublie à quel point je suis bête de m’aventurer sur un toit tenant uniquement par habitude, je veux me glisser dans mon lit, et que demain tout redevienne normal, comme dans la vie de tous les jours où personne ne va sur un toit sous un clair de lune étincelant.
Dans mon rêve, je me heurte dans le noir à une haute porte de bois, que je force avec facilité, au bout de deux coups d’épaule vindicatifs, et suis précipité par mon élan dans la rue des Tanneurs, illuminée par le haut réverbère à la lumière orangée. Je tâte alors ma poche, y trouve mes clés de voiture et songe un instant à m’y réfugier, car cela me semble plus facile. Puis, mon esprit et ma raison reprenant leurs droits, je me dirige plutôt vers l’immeuble, et sonne chez ma voisine, qui m’ouvre.
Je m’aperçois alors que je ne porte pas de chaussure, alors que le trottoir est mouillé par la pluie qui n’a cessé de tomber toute la journée. Je m’excuse platement, la laisse là, monte au palier entre le premier et le second étage, et de la fenêtre qui se trouve là, enjambe l’appui de fenêtre et descends sur le petit muret d’où j’étais parti.
Largo m’attend. Cambouis n’est pas revenue.
Dans mon rêve, il me reste à panser mes écorchures et à soigner mes hématomes…
20:30 Publié dans Débridage de Zarlobes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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