jeudi, 03 août 2006

Paris 28 juillet

04h30: Ca sonne! Qui a osé programmer la sonnerie du réveil si tôt ? Pourquoi ? Ecole ? Boulot ? Jugement dernier ? Emerge tout doucement des brumes du sommeil. Paris ! Ah oui ! Se lever…

04h36 : D’accord, d’accord, je vais me lever, mais encore quelques minutes, d’accord ? On n’est pas pressé, le train part dans … pfff, longtemps !

04h42 : En fait, je vais appeler ma Balbette et lui expliquer avec toute la diplomatie dont je suis capable que je n’ai plus envie d’aller à Paris, puis je vais me rendormir jusque 14h, et consacrer le budget initialement prévu pour mon city-trip aux meilleurs restaurants namurois.

04h48 : Le problème, c’est que la veille Q.A. est passé. Briefing sur la nourriture des chats : où sont les croquettes, comment les servir, veiller à avoir de l’eau fraîche en permanence (important par temps de canicule), … Durée du briefing : dix minutes en comptant large. Durée de la dégustation de Bourgogne et de saucissons fumés : trois heures. Pertinence : 0.

04h54 : Gnarf…

05h00 : En plus, il faut encore prendre une douche, finir de préparer la trousse de toilette, remplir une dernière fois les gamelles, passer chez Q.A. déposer les clés de l’appart dans sa boîte aux lettres (J’ai oublié de faire les doubles hier soir en rentrant du boulot !), puis repiquer vers la gare. Quelle heure est-il ? …

05h06 : Lèèèèèèèèèèèèèèèève-toi ! Oh merde ! Serai jamais prêt !

05h36 : Voiiiiiiilà, les clés de l’appart sont dans la boîte aux lettres de Q.A. et moi, suis fin prêt. Les derniers préparatifs ont été menés tambours battants ; efficacité, rapidité. Chemine à présent d’un bon pas vers la gare.

05h37 : Viens de vérifier frénétiquement que mon billet de train se trouvait bien dans ma besace. Soulagement. Poursuis ma route.

05h48 : En nage. Il fait déjà chaud ce matin, surtout avec ce sac atroce dont la lanière me blesse l’épaule et qui pèse 5421 tonnes. Assois délicatement mon séant sur un des bancs rouge vif du quai. Le train est déjà arrivé. Impressionné par le nombre de gens déjà sur le pied de guerre, parés pour une journée de boulot. Sentiment de honte léger (2,5 sur l’échelle de la culpabilité) en pensant que le matin je me lève quand certains atteignent après dieu sait combien d’heures de train leur lieu de travail, et que j’ai encore le toupet de râler. Bâillements.

05h52 : J’embarque dans un wagon peu peuplé (Fort bien !). Seul sur ma banquette, super ! J’ouvre mon bouquin.

06h13 : Une bonne femme assise à quelques mètres de moi sirote bruyamment une boisson énergétique chocolatée. Ai immédiatement envie de prendre la bouteille et de la jeter par la fenêtre.

06h34 : Est monté dans mon compartiment un gros bonhomme qui, à chaque bâillement, émet une odeur fétide. Me demande si je ne vais pas changer de banquette, moi.

06h55 : Me voilà dans le hall de Bruxelles Midi. Dois être le premier. Le Thalys ne démarre qu’à 07h40. Vais aller fumer une cigarette dehors, et manger un petit pain.

06h56 : Hé, mais c’est plein de jolis gars disponibles ici ! Ai eu droit à deux superbes sourires de deux mecs over-mignons sur deux cents mètres. Bon, allez, ça n’engage à rien bien sûr, mais ils n’étaient obligés de me sourire aussi gentiment, surtout à cette heure matinale. Me sens bien, tiens !

07h05 : Petite papote avec Aline arrivée entre-temps. Discutons de la difficulté néo-urbaine d’abandonner ses amis les animaux, à la merci du bon vouloir de celui que nous avons désigné pour les nourrir durant notre absence. Discutons aussi de nos ex respectifs qui ne nous valent évidemment pas et ne retrouveront jamais des êtres aussi exceptionnels que nous.

07h25 : Arrivée de l’autre groupe. Enfin, une partie. Certains sont passés faire pipi et acheter des viennoiseries. Certes. Mais c’est pas un peu juste comme timing pour faire tout ça ? Balbette a l’air overbooké des gens qui organisent un voyage.

07h36 : Les derniers membres du groupe se pointent. Comprends assez vite à qui j’ai à faire.

07h38 : Note : en aucun cas ne prévoir d’activités communes avec ces gens-là une fois sur place.

09h00 : Arrivée Gare du Nord à Paris. Dans le métro, il y a des gardes armés jusqu’aux dents, sans doute dans le cadre du plan « Vigipirate ». Embarquement dans la rame en direction de Barbès – Château rouge.

09h30 : Avons trouvé l’hôtel sans trop de difficulté. Marche d’un pas décidé, tandis qu’une partie du troupeau reste à l’arrière. L’hôtel est pourri, le réceptionniste, un vieil asiatique, aussi aimable que Laurence Boccolini. En guise de salutations, nous avons droit à un : « OK ». Autre pays, autres mœurs.

09h35 : Sommes à cinq minutes du Sacré-Cœur. Chic chic chic !

10h00 : Le Sacré-Cœur s’avère aussi laid en vrai que sur les cartes postales. Art néo-byzantin kitshissime. La quintessence du style pompier. Mais tellement parisien, tellement incontournable. Photos. A l’intérieur, une myriade de touristes, une bonne sœur qui se signe en passant devant l’autel. Un confessionnal sur lequel des touristes font semblant d’avouer leurs pêchés. M’aperçoit avec horreur que c’est la Balbette et deux de nos « convives ». Vais me sauver avant que le vicaire ne se ramène et n’excommunie ces trois païens. Pas envie de m’attirer les foudres divines aujourd’hui, tiens ! Q.A. m’envoie un message : il a bien trouvé la clé dans sa boîte aux lettres. Fort bien, les brigands seront donc ravitaillés. De l’autre côté du monument, vue imprenable sur la ville lumière. Me plaît bien, ici… Punaise, qu’est ce qu’il fait chaud !

10h30 : Séparation officielle du groupe. Aline, son frangin, Sylvain Ier, un pote à lui, Thibaut, moi, descendons vers la ville. Passe devant le carrousel vu dans « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Photos.

12h00 : Après avoir marché d’un bon pas, avons atteint les galeries Lafayette, les « chères galeries » des Parisiennes. Pluie d’enseignes chiques de grands magasins : Dior, Chanel, Vuiton, Dolce & Gabana, Armani, Cartier. Orgie de luxe. Me demande si j’étais parisien si je viendrais souvent claquer mon argent ici. Oui. Ben oui, bien sûr. Dès que j’en aurais. Admiration devant le puits de lumière. Beau. J’ai faim.

12h10 : Arrivée au restaurant « panoramique » des galeries, au dernier étage. Vue sur l’opéra Garnier. M’offre une copieuse assiette de crudités. Paris oui, mais ligne aussi. Faut absolument faire disparaître ces kilos en trop que j’accumule comme d’autres thésaurisent leur magot. Faut que j’arrête de faire du gras !

13h : Coup de pompe passé, on s’en va. Zou, à l’opéra Garnier. Comique, des panneaux d’information électroniques informent les passants que la chaleur règne sur Paris. N’aurais jamais pu le deviner, sans eux. Conseils : se tartiner de crème solaire (Zut ! Dans mon sac dans la consigne de l’hôtel. Enfin, consigne est un grand mot, plutôt dans un petit coin de la réception, pas du tout sécurisant, ça…), se couvrir la tête (Vais mettre un haut-de-forme. Sacrés Français !) et porter des lunettes de soleil. J’en ai ! Esprit, en plus, les lunettes. Un sur trois, c’est pas si mal.

13h14 : Devant le palais Garnier. Beau. Programmes sympas pour la prochaine saison ! Me demande si je vais pouvoir m’offrir une petite escapade de vingt-quatre heures cet hiver. Ca me ferait plaisir, ça. Voudrais visiter l’intérieur. Sur le parvis, quand on s’approche trop de l’entrée et qu’on y traîne trop, deux vigiles nous invitent poliment mais fermement à nous diriger vers la sortie.
« - Monsieur, la sortie c’est par là.
- Oui, mais je voulais juste…
- Vous ne pouvez pas rester là, monsieur. »
Rentre dans le bâtiment pour l’embêter et blesser son orgueil de mâle dominant. Admire ce temple de la bourgeoisie du grand siècle. Beau aussi. Mais faut pas croire que tout est beau, à Paris, même si j’ai l’air de l’insinuer. A commencer par les odeurs. Pas étonnant qu’on vende du parfum à tous les coins de rue dans cette ville, ça schlingue partout. Et il y a des nuances dans la puanteur : l’odeur de poisson pourri, l’odeur des gaz d’échappement, l’odeur de transpiration des badauds. Vais discrètement me filer un petit coup de déodorant.

14h : Place Vendôme. L’ai déjà vue. Pas top. Mais ça aussi, c’est Paris. Troupeau de pétasses, la démarche empruntée à Naomi Campbell, l’air prétentieux aussi. Suis sûr qu’en vrai, elles habitent dans un deux pièces pourri en banlieue, et que là elles jouent juste un rôle. Enfin, presque certain. Puis on s’en fout, j’vaudrais toujours mieux qu’elles !

14h30 : le jardin des Tuileries. Fraîcheur à l’ombre des… arbres (N’ai aucune idée de leur marque, disons des platanes). Granita à la framboise. Au diable le régime et mes bonnes résolutions. De toute façon, avec ce que j’ai déjà sué depuis ce matin ! Une douce torpeur m’envahit…

14h58 : Remise en marche, progression vers le Louvre. Le Louvre !! Youpie !

15h03 : Pause repos.

15h04 : Remise en marche.

15h10 : Pause repos. Dégouline.

15h15 : devant le Louvre. Magnifique. Somptueux. Prodigieux. Emouvant. Du haut de ces pyramides, des siècles nous contemplent. Wahooooou ! Trop beau ! (Là c’est du lourd, warning !). Suis tout fou. Le plus grand musée du monde. Mais de l’extérieur, on ne dirait pas que c’est un musée. Ce qui émane de l’édifice, c’est la puissance d’un régime ancien, la puissance du roÿ de France ! Suis tout fou, cherche à réaliser la photo parfaite. Finit par obtenir un résultat satisfaisant.
Et on aperçoit la Tour Eiffel aussi, de l’autre côté. Suuuuuuper ! Suis content.

15h30 : Pyramide de Pei. Beau. Comme quoi, les grands travaux du premier septennat de Mitterrand, ça a porté de beaux fruits.

15h40 : Pyramide inversée, en sous-sol. Moins beau. Croise des Américains armés du Da Vinci Code. Un pèlerinage, en quelque sorte. Drôle.

15h57 : M’assieds le long de l’aile Dunon, à l’ombre. Bouquine un peu. Délicieux instant. Ai complètement oublié les soucis du boulot. Me sens en vacances. Elévation de l’esprit. Dommage qu’on ne soit pas en hier, j’adore les city-trip par 0 / -5 degrés Celsius. Ca serait quand même plus chic, Paris, engoncé dans mon super manteau Hugo Boss (Suis né pour porter de l’Hugo Boss, moi...).

16h30 : Retour à l’hôtel avec Aline. Laissons les jeunes gens entre eux. Me débrouille comme un chef dans le métro. Admire les Parigots qui ne se tiennent pas comme les naufragés du radeau de la Méduse sur à une barre, qui lisent même en portant trois sacs à dos et qui ne tombent même pas. Vais essayer discrètement, tiens ! Me casse presque une dent. Recommencerai plus tard.

18h00 : Après avoir découvert la chambre (Beeeeeeeeerk ! Mais c’est que pour dormir et se rafraîchir, finalement, donc pas grave… ), prends une bonne douche.

18h25 : une de nos accompagnatrices, Nancy, me lit un mail de son patron reçu sur son Bloody Mary, ou un truc du style, je sais pas quoi, c’est un téléphone portable très perfectionné en fait : « J’ai rêvé que tu montrais ta queue à mon ex. Je ne savais pas qu’on était si proches. » Finalement, je prendrais bien aussi un Bloody Mary.

18h26 : « Tous ensemble » autour d’un verre (Les boissons sont hors de prix à Montmartre!) sur la terrasse d’un petit bistrot typique, genre « Les triplettes de Belleville ». Il ne manque qu’Yvette Horner et son accordéon. Grandes retrouvailles. Tout le monde raconte sa petite journée. Moi j’m’en fous. Introspection, mais pas trop. Les membres de l’autre groupe me déplaisent souverainement. Il y a là deux couples de beaufs, exemplaires ! Les deux bonnes femmes, surtout. Hormis leur différence d’âge, la couleur de cheveux et la teinte de la peau, on jurerait les mêmes. Bien en chair (Pas grave !), le visage vulgaire (Pitoyable !), les yeux dans le fond desquels on pourrait voir l’express de 27h68 passer (Mais quelles plaies !), une moue dédaigneuse au bord des lèvres (Vomitif !). Comment dire… J’peux pas ! Je croise leur regard, j’ai envie de les secouer.
Hum !
Passons à autre chose. Un Perrier citron !

19h15 : Promenade à Montmartre. Arrêt chez un bouquiniste sympa. Achats. Pas bien.

19h45 : Retour à l’hôtel. Mets une petite chemise chique de chez Springfield pour dîner dans un lieu « mythique » de Paris : « Chez Michou ».

19h46 : Cette chemise est affreuse, chiffonnée. Je vais pas y aller.

20h00 : Me suis finalement laissé convaincre. Une chemise froissée ne tuera personne. Puis je connais personne ici, donc ma réputation restera sauve.

20h14 : Devant « Chez Michou ». Un couple constitué d’un transsexuel et d’un mec très laid, mais alors laid de chez laid, vient de rentrer dans l’établissement.
Il est encore temps de ficher le camp. Envie de crier : « Aaaaaaaaaaaaaaah ! Sauve-toi ! »

20h15 : Suis quand même entré. Jusqu’ici, tout va bien.

20h16 : J’ai faim ! Oh cool ! on a une table juste à côté de celle du couple susmentionné. Encore heureux que les couples ringards sont pas venus.

20h17 : Me rends compte avec violence que Largo et Cambouis me manquent. Ah, on apporte les apéros. Tiens, les serveurs ont déjà mis leurs faux-cils et leur maquillage.

20h18 : Pas mauvais, ce petit cocktail. Un subtil dosage de champagne, de jus d’orange et de Grand Marnier.

20h20 : « Vous nous mettrez une bouteille de Bordeaux, et un bon petit rosé. »

20h30 : Entrée : tomates mozzarella. Bon. Un petit verre de rosé, là-dessus. Comiques les serveurs. Ils papillonnent autour de tout ce qui porte un pantalon. Adorables. Mais pas un physique facile. Moyenne d’âge : 45 ans, je dirais. Bah ! C’est bon enfant, finalement, cette cour des miracles. Ca c’est Paris, aussi.

20h50 : un serveur trouve que « je fais la gueule ». Ca doit être mon fameux air : « on a pas gardé les cochons ensemble ». Peine perdue, ils sont très familiers. Petit doigt du serveur pour me faire esquisser un sourire sur le bord du visage. Ne pas mordre. Je souris.

20h51 : Plat : souris d’agneau avec des petits légumes. Bon. Passe au rouge. Sympathique, ce Bordeaux.

21h00 : Qu’est-ce qu’on s’amuse ici ! Entouré de mes amis.

21h30 : J’ai eu droit à un bisou du serveur pour avoir bien mangé toute mon assiette. Qu’il est gentil ! Un petit coup de rouge, tiens.

22h00 : Le brie qu’ils ont servi ne doit pas avoir vu le frigo une seule fois de sa vie. Il va sûrement entamer un numéro de music-hall sur mon assiette. N’y touche pas. Rien que l’odeur me rappelle l’odeur des ordures chauffées à blanc par le soleil à la station Barbès tout à l’heure. Je redoute une remarque de mon ami le serveur.

22h09 : Non, finalement, il s’est abstenu. J’ai bien insisté sur le fait que j’étais vraiment désolé.

22h30 : le spectacle commence.

00h30 (On est déjà demain !) : Ben fortiche, leurs numéros. On a eu droit à une imitation de Madonna, de Marilyn Monroe (Pas pensé à vérifier si l’artiste avait poussé le mimétisme jusqu’à adopter les orteils crochus), de Jeanne Moreau, de Liane Foly, de Dalida, de Céline Dion, de Charles Aznavour (Je sais, c’est un mec, me pose plus de question…), de Zizi Jeanmaire, j’en passe. Aaaaaah, quelle belle soirée ! Ils savent y faire, à Paris. Ah ça, c’est pas des ploucs ! Aaaaaaah !

00h31 : Aaaaaaaah l’addition ! On laisse à nous cinq cinq cents euros sur la table.

Trackbacks

Paris 28 juillet

nice..

Trackback par : phelan1 | vendredi, 04 août 2006

Commentaires

T'as pas eu une petite envie de crier "haaaaaaaa sauve-toi ! -moi aussi je fais mon numéro-" en voyant l'addition ? ^^

Ecrit par : christelle | jeudi, 03 août 2006

Non, compte tenu des dimensions plutôt nanomillimètriques de la salle de fête de chez Michou, toute tentative de fuite aurait été vouée à l'échec.

Ecrit par : Cédric | jeudi, 03 août 2006

Ravi de faire connaissance

Paris-Le Louvre-Montmartre-Michou : t'hésites pas à suivre les cars de touristes japonais, toi ! A croire que tu l'as fait juste pour le plaisir d'écrire cette note, avoue...

Et j'espère que ton chat se remettra bientôt

Ecrit par : Sam | vendredi, 04 août 2006

A ma grande honte, j'l'ai fait en grande partie exprès... C'est grave, docteur?

Ecrit par : Cédric | vendredi, 04 août 2006

Encore!
T'as un don mon gars! Ne le lache surtout pas.
Vite, je vais lire la suite de tes aventures!
Amicalement.
Laurent.

Ecrit par : Hanakin | dimanche, 06 août 2006

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