jeudi, 23 mars 2006

Les jonquilles sous la glace

Mon bien cher Double,

Que la nuit a dû vous paraître courte ! Avez-vous éprouvé la volupté de ces petites heures nocturnes volées au grand marchand de bonheur ? Avez-vous envie ce matin de vous réjouir de ce manque de sommeil plutôt que de vous en lamenter ? N’êtes-vous pas à deux doigts de vous sentir comblé par ce miracle naissant ?

Etes-vous bien certain que les grises volutes du début de cette semaine sont passées ? Ne tomberez-vous pas à nouveau dans les ornières de la morosité ? Votre vision vire-t-elle définitivement au bleu ? Etes-vous en mesure de vous épanouir ?

Vous autoriserez-vous le bien-être sans destruction ?

Je veux y croire de toutes mes forces mon bien cher Double, et vous faire pleine confiance. Je vous sais imparfait, je connais les tourments que vous avez traversés, et je vous plains de n’avoir su vous aimer à la mesure de votre valeur. Je ne vous glorifie pas pour vos beaux yeux, que je trouve bien quelconques, mais plutôt pour vous permettre, en vous accordant toute l’amitié que vous méritez en vérité, d’aimer l’Astre que le hasard des rencontres a mis sur votre chemin.

Montrez-vous digne dès aujourd’hui de votre Etoile, n’en attendez rien et veillez scrupuleusement à son épanouissement. Epanouissement que vous ne pourrez garantir qu’en vous montrant à l’avenir indulgent et rigoureux envers vous-même.

J’ai encore dans la bouche le goût du pain noir que vous avez avalé, mon Double. Toutefois les jonquilles qui tardent à fleurir n’annoncent-elles pas la naissance d’une période nouvelle ?

Bien à vous,

BEPP

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