dimanche, 15 novembre 2009
Agora
Film historique américano-espagnol (2009), réalisé par Alejandro Amenabar, avec Rachel Weisz, Oscar Isaac, Max Minghella, Ashraf Barhom, Michael Lonsdale

Alejandro Amenabar ressuscite le destin tragique d'Hypatie d'Alexandrie dans un film beau, mais froid. Le réalisateur espagnol, sans doute l'un des plus fameux après Pedro Almodavar (Ce qui n'est pas justice, le premier étant plus talentueux que le second), a fait appel une nouvelle fois à son scénariste fétiche, Mateo Gil.
Agora raconte la résistance d'une femme éclairée à la montée du christianisme chargé d'intégrisme au cours du IVe siècle après la naissance du Christ. Hypatie enseigne dans l'enceinte de la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte, la sagesse antique à ses élèves (et aux esclaves), pour certains tentés par la nouvelle religion, la science, l'astronomie, et l'art de questionner son âme. Quant à la sage fille de Théon, il est une question qui la taraude : la place de la Terre dans l'univers, par rapport au soleil. Le temps presse pourtant pour les derniers fidèles à l'ancien monde : les forces obscures des Chrétiens déferleront bientôt
Le nouveau bébé du réalisateur de Tessis, The Others ou encore Mar Adentro, avait reçu un accueil plus que frais au dernier festival de Cannes, où la rigueur avait remporté les suffrages d'Isabelle Huppert et Le Ruban blanc de Michael Hanneke la Palme d'or. Après avoir été remonté et substantiellement modifié, revoilà Agora présenté fin octobre en France. La critique se montre plus clémente par rapport à ce péplum d'un genre original. D'où vient en effet qu'Alejandro Amenabar n'hésite pas à visiter les genres (drame, épouvante, histoire ...) sans jamais narrer deux fois la même histoire ? Sans doute d'une insatiable curiosité, et aussi d'un désir parasite de plaire, au risque de s'éparpiller et de perdre de vue son propos. En l'occurrence ici, la tolérance, sur fond de cosmologie.
L'interrogation du ciel par Hypatie consacre la flamme de liberté de pensée qui anime les héritiers des savoirs grecs et latins. Face à eux monte, enfle et tempête la colère des Chrétiens, tous de noir vêtus, petites fourmis armées de sabres aiguisés. Décidés à écraser les païens, ils saccagent au cours d'une des rares scènes d'action pure la Bibliothèque d'Alexandrie. Leur victoire sera totale : les précieux documents perdus, brûlés par la foule en colère, entame une nouvelle ère de quasi clandestinité pour Hypatie, et une conversion plus ou moins sincères de ses fidèles, parmi lesquels Cyrille d'Alexandrie, les des premiers patriarches de l'Eglise, et Oreste, préfet de la ville. Si dans un premier temps, il parvient à éviter le manichéisme en donnant une image positivez de la charité chrétienne, Amenabar finit par dresser le clan des Lumières contre le clan des Ténèbres. Illustrant à gros traits la méchanceté foncière de l'armée du Christ, le réalisateur dépense de longues minutes à décrire la persécution des Juifs alexandrins. Par des images varsoviennes parfaitement déplacées dans ce contexte, Agora devient pendant quelques instants une pâle tribune à un propos engagé, mais anachronique. Une faiblesse d'autant plus regrettable que la volonté affichée d'Amenabar de réfléchir sur notre époque grâce au reflet des ultimes limites du monde de l'Antiquité ne l'autorise absolument pas.
Parmi ce tumulte et ces cris, l'amour brûle les cœurs d'Oreste, l'élève d'Hypatie devenu préfet timoré, de l'esclave Davie, ardent chrétien dévoré de frustration et doté d'une défaillante conscience. Ces deux hommes se disputent les faveurs de leur belle, mais celle-ci, ayant fait vœu de chasteté, ne cède pas aux avances. Soulignant la virginité de l'héroïne, ces amours-là sentent un peu l'astuce scénaristique, le canevas un rien trop serré.
Fin d'un monde, début d'un autre, moins beau mais plus religieux, l'obscurantisme en réponse à la philosophie... Tel est le portrait pessimiste qu'Amenabar peint, dans des tons froids mais habiles, avec une réelle intelligence mais une pusillanimité qui frise la maladresse. Ainsi ces vues vertigineuses, ces focus de la Terre à l'Espace et de l'Espace à la Terre, qui auraient été astucieux s'ils avaient été savamment dosés, s'ils avaient marqué des chapitres, alors que malheureusement elles apparaissent sans raison ni annonce. En revanche, on retiendra le feu et la finesse du jeu de Rachel Weisz, impressionnante dans le rôle d'Hypatie. Autour d'elles, des seconds rôles masculins bien campés et un Michael Lonsdale qui fait le minimum syndical mais qui s'amuse beaucoup. Alejandro Amenabar tient le bon bout, mais Agora n'est pas encore son grand film. The Others ne faisait peur que grâce à l'interprétation de Nicole Kidman, Agora n'émeut que grâce à Rachel Weisz.
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vendredi, 13 novembre 2009
Le Violon d'Hitler - Igal Shamir
Paris. Un soir de 1940. La France est occupée. Gustav Schultz, jeune violoniste allemand enrôlé malgré lui dans l’armée nazie, est appelé pour jouer devant les huiles du IIIe Reich, dont le diplomate nazi Joachim von Ribbentrop, réunies dans la Nièvre en France. Le violoniste ignore que le Führer lui-même assistera à sa représentation et succombera au charme de son talent et de son répertoire : Strauss, Mozart, Wagner, Monteverdi … et un certain Salomone Rossi.
Se croyant dans les petits papiers d’Adolf Hitler, Schultz ose demander à ce dernier une faveur. Jusqu’ici affable, courtois, presqu’aimable, Hitler se transforme soudain en une bête en furie, hurle au complot juif et, de rage, brise puis jette au feu le violon de Schultz, qui assiste à son arrêt de mort avec terreur. Il sera exécuté dans les heures qui suivront.
Un enfant a assisté de loin au déferlement de la folie du loup Hitler. Il a tout vu, mais n’a rien entendu.
Des années plus tard, ce témoin, devenu évêque en poste à Rome, contacte lors d’un concert vénitien Gal Knobel, ancien agent des services secrets israéliens spécialisé dans la traque d’anciens nazis et violoniste virtuose. Il lui demande de se remettre sur la piste de ce mystérieux conciliabule maudit. D’abord réticent, Knobel accepte.
C’est un personnage hautement sympathique et intéressant que ce Gal Knobel, géant nuage en pantalon qui enseigne aux enfants l’art du violon à la Schola Cantorum de Paris (Une école de musique fondée au XIXe siècle par Vincent d’Indy, qui jouera un rôle dans le récit) entre deux enregistrements de CD, rattrapé par son propre passé d’ex-agent et confronté à la récurrence de la souffrance que la deuxième guerre mondiale a laissé sur la surface du globe. Tant du côté des bons que des méchants, qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Et, à tout bien y réfléchir, Gal Knobel n’oublie pas l’oppression des Juifs, sporadique dans l’histoire de l’humanité. Salomone Rossi, la clé de voûte de l’enquête du Violon d’Hitler, vécut sous la protection de Claudio Monteverdi. De la redécouverte de son influence et de son importance dans l’histoire humaine naîtra, pour Gal Knobel, amour, amitié et désillusion.
Le thriller que propose Igal Shamir, lui-même violoniste et ex-agent du Mossad, calque une histoire que lui-même a vécue. Et l’on est tenté de le croire, même si l’on sait qu’en littérature, le maquillage de l’imaginaire en réel est à la base de toutes les mystifications et de quelques chef d’œuvre. On prête crédit à la véracité surtout des sentiments qui sont décrits avec beaucoup de subtilité, qualité rare dans un genre qui souvent tolère trop les caricatures et les approximations laborieuses. On pensera notamment à ce personnage d’ancien nazi témoin clé de l’exécution de Gustave Schultz, lui-même très attachant. Artiste rattrapé par l’histoire, il sert un régime totalitaire avec lequel il n’a aucune filiation. Ou encore à l’évêque français, genre de doux aristocrate bon vivant et mélancolique à la fois.
Sacrifiant parfois aux incontournables du thriller historico-philosophico-artistico-métaphysique et plus si affinités (course-poursuite, entremêlement par trop artificiel du passé et du présent), Igal Shamir enchante son roman et son lecteur. Chose rare même, il parvient à amener aux oreilles des lecteurs les sonorités de musique qu’il n’a jamais entendue par la magie de son verbe. La fin, sombre, prouve que l’auteur est un écrivain populaire mais redoutable, inspiré et inspirant.

Shamir Igal, Le Violon d’Hitler, Plon (2008), réédité chez Points, Paris, 2009
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vendredi, 16 octobre 2009
Je n'ai rien oublié.
J’ai mis l’enveloppe en équilibre, contre l’écran plat de l’ordinateur, devant une tasse bleue vide. J’avais la souris en main quand l’enveloppe est tombée. Elle s’est entrouverte, laissant apparaître un seul nom inscrit des cartes de remerciement que je dois envoyer depuis des jours : « Cédric ».
Moi aussi, je pense à lui.
14:29 Publié dans L'Antre de la Panthère | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


