vendredi, 16 octobre 2009

Je n'ai rien oublié.

J’ai mis l’enveloppe en équilibre, contre l’écran plat de l’ordinateur, devant une tasse bleue vide. J’avais la souris en main quand l’enveloppe est tombée. Elle s’est entrouverte, laissant apparaître un seul nom inscrit des cartes de remerciement que je dois envoyer depuis des jours : « Cédric ».

Moi aussi, je pense à lui.

lundi, 21 septembre 2009

Contes du Lundi - Alphonse Daudet

Ces beaux contes, que l’on trouve, croit-on se souvenir, uniquement dans Les Lettres de mon Moulin, on les a dans l’oreille depuis toujours. Ces beaux contes, Alphonse Daudet nous les rend familiers quand nous le relisons, nos chers vieux amis. Mais comme s’ils avaient attendu que nous soyons prêts à les écouter, ils ne sont pas pressés. Ils glissent lentement sur nos écailles, pénètrent l’âme dépenaillée. Terreau fertile, nous sommes à présent dépositaire d’un vieux cadeau, un trésor de la littérature.

Alphonse Daudet n’est plus trop populaire depuis quelques temps. Il ne serait pas étonnant de découvrir qu’il a été trouvé trop poussiéreux durant cette dernière décennie. Et puis, l’engouement pour la Provence, pour les Pagnol, Giono, Mistral, Daudet, a passé.

Mais ils n’ont pas pu vieillir, ces chers contes d’Alphonse Daudet ! Les écoute-t-on encore dans les classes de primaire, dits par Fernandel ? Sa diction rocailleuse, elle, appartient à la nostalgie et au passé. Point la prose.

J’en veux pour preuve ce passage d’une grande sensibilité, admirable de justesse et d’observation. Alphonse Daudet met son art du naturalisme au service de l’émotion poignante, vive, instantanée ; il décrit les malheurs éclairs que l’on croise dans la ville, peints sur les visages et les formes, pour lesquels on prend une compassion aussi immédiate que fugace : « Je pensais à cela l’autre matin – car c’est surtout le matin que Paris montre sa misère – en voyant marcher devant moi un pauvre diable étriqué dans un paletot trop mince qui faisait paraître ses enjambées plus longues et exagérait férocement tous ses gestes. Courbé  en deux, tourmenté comme un arbre en plein vent, cet homme s’en allait très vite. De temps en temps, sa main plongeait dans une de ses poches de derrière et y cassait un petit pain qu’il dévorait furtivement, comme honteux de manger dans la rue. »

Les Contes du lundi, c’est encore le cri d’un Français nationaliste pour sa mère-patrie, bafouée par un autre nationalisme, l’allemand en 1870. Sur cette base d’un certain point de vue stérile et vain, c’est pourtant l’occasion de faire une série de portraits, de célébrer les valeurs de la fidélité familiale, de l’intégrité. Comme dans Le Siège de Berlin. La même trame quand pour le film allemand Good Bye Lenin : une jeune fille ment à son grand-père grabataire sur la débâcle française et l’arrivée imminente des troupes ennemies dans Paris. On pense aussi au Mauvais Zouave, ou encore aux Fées de France, qui témoigne de la possibilité de l’existence du naturalisme, soit une description par des termes empruntés au vocabulaire scientifique, et de la poésie du fantastique. Les Trois Messes basses constituent le chef-d’œuvre de cette cohabitation harmonieuse.

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Daudet Alphonse, Contes du Lundi, éditions Fasquelle, réédité au Livre de Poche, Paris, 1977

mardi, 25 août 2009

Puisqu'il le faut

Puisqu’il le faut. Puisqu’il le faut continuons sur la voie qui est tracée. Elle ne date pas d’hier, on peut s’y fier, même s’il ne faudra pas trop regarder en arrière. Puisqu’il le faut. On pourrait bien dire que les choses ne vont pas dans le bon ordre qu’on n’y changerait rien. Il n’y a pas que les feuilles des vieux chênes qui tombent, il n’y a pas que les saisons qui passent, il en va ainsi des regards et des soupirs. Le ciel de granite, il le faut bien supporter, ainsi que tout, les vitres, les pièces sombres. Il ne nous restera un jour plus qu’une trace peu vivace du goût, des odeurs, des paroles et de la voix, et il faudra bien faire avec ce qu’on aura gardé. Pas trop, car pour les longs voyages, on ne s’encombre pas de l’inutile.  Nos larmes conservent l’essentiel de l’essentiel, ce qui ne peut pas chuter à l’automne, ce que les boîtes en argent renferment jalousement. Notre regard à peine voilé, déjà il faut avancer. Mais où ? Vers où avons-nous marché ? Que ne donnerait-il pas pour le savoir, le voyageur qui s’est déjà débarrassé des vieilleries qui l’alourdissaient. Se délester pour progresser, toujours plus loin, toujours, toujours, c’est la volonté de l’ordre universel, pas une étoile qui n’avance, rien qui n’échappe au déroulement des évènements, ces éléments qu’on appelle vie. Marche, marche, marche, vers le plus tard et le plus loin, au plus loin et le plus tard possible, marche vers ce qu’y t’a attiré, marche sans trop souvent repenser aux  lèvres jaunes. Il faudra bien.  Puisqu’il le faut, j’oublierai jusqu’à la froideur des nuits du sang.

En cas de nausée, respirez du fond du ventre, pensez à un champ, dans lequel poussent des bleuets, des coquelicots et des marguerites.